COMPTOIR DES IMPRIMEURS-DNIS
QOAI MALAOCAIS, iS.
INTRODUCTION
Les soixante dernières années de l'histoire de l'Europe sont une preuve manifeste du déclin des monarchies. Mais, de tous les événements qui ont précipité ce déclin , le plus décisif, c'est la chute de l'empire de Napoléon.
Ce trône, élevé par la volonté de la nation la plus brave, la plus civilisée, la plus intelligente de la terre, et par le génie d'un grand homme, héritier
II INTRODUCTION
des triomphes et des forces de la révolution; ce trône, qui avait recomposé en quelques jours une sociélé dissoute, porté l'héritage de Louis XIV du Rhin au Tage, et la gloire des armes françaises de Cadix a Moscou ; ce trône, enfin, qui s'avançait dans l'avenir éclatant de gloire militaire , d'admirables institutions civiles, de créations gigantesques, de chefs d'œuvre et de lumières, disparut en quinze ans, comme s'il avait épuisé la sève de quinze siècles. C'est que, pour étouffer l'anarchie, Bonaparte avait tué la liberté, et que là où la liberté manque . tout doit périr. L'empire des Césars mit, il est vrai, cinq siècles à s'écrouler, mais Dieu avait marqué son heure; il envoya un soufQe de sa colère et le despotisme romain s'évanouit.
bans un livre dont celui-ci h'est (jue le {urologue (1), j'essaierai de dire les ^iblssitbdes du règiie dé Napolébfa , et de dérouler les causes successives dé sa l*ulrïe.
Quelques mots cependàtlt sur ce grand naufrage •
(1) L*aufeur publiera Incessamment une Histoire du Consulat tt de V Empire français.
INTRODUCTION. III
Entre toutes les falalités attachées à la Fortune de i'empereiir des Français, la plus funeste à soii pouvoir, la plus féconde en résultats désastreux , est celle q\x\ se personnifie dans Charles-Jean, dernier roi de Suède et de Norwége. Voilà poiirquoi j'écris séparément l'histoire de Bërnadotte.
L'homme, grand par la fortune, médiocre par le génie, dont l'orgueil offensé et l'ambition déçue purent renverser l'Empire, se rattache de trop près au plus grand événement du siècle, pour que la génération actuelle ne veuille pas, des aujourd'hui, prendre sa niéuiolre à partie.
D'dlUeurs Beriiadotte est mort ; là postérité a commencé pour lui.
Mais comment cet homme parvint il à changer les destinées de l'Europe? Par quelles saturnales de la fortune, par quelle méprise de la consr^ience publique, un soldât, ^ontrélévatibn nesecomjpiose que d'accidents, fut-il couduit à décider du sort de là France.
Pour résoudre ce problème, il faut étudier Jës péripéties à travers lesquelles s'éleva la fortune de Bernadette. Il faut remonter aux causes de
IV INTRODUCTION
cette grandeur anormale, rechercher leurs rapport$9 leurs liens,. leur dépendance, sortir du vague des accusations , saisir les actes et exercer la justice de l'histoire comme s'exerce la justiœ des lois, sans prévention et sans colère.
Tels sont les devoirs que je me suis imposés en écrivant les pages qu'on va lire; et s'il advient que je sème quelques réflexions dans le tissu des faits dont se compose L'histoire de Charles Jean, elles ne me seront dictées ni par l'amour, ni par la haine. L'historien doit, s'il le peut, se montrer philosophe, peintre, homme d'Etat, jamais homme de parti ; et Tacite lui-même n'a pu se faire absoudre de sa partialité, par la beauté de son génie et ses profondes peintures du cœur humain.
La vie de Bernadotte comprend trois phases distinctes.
La première appartient à la religion de la liberté, et se mêle à tous les souvenirs de notre révolution de 1789, la plus grande des révolutions du monde. — Je dirai tout ce que Bernadotte fit de glorieux dans les rangs des armées de la république et du consulat.
INTRODUCTION
La seconde est occupée par la passion de la renommée et la soif du pouvoir, par une rivalité insensée avec le premier capitaine du siècle, par l'insupportable tourment de se voir le sujet d'un héros, et par le développement d'une amVition délirante qui aboutit au plus irrémissible des crimes, l'oubli de la patrie. — J'achèverai de déchirer le voile qui enveloppe encore la politique de Bernadette, et je traduirai le coupable devant le tribunal de la postérité.
La troisième période de la vie de Bernadette semble demander prdon pour la seconde. 11 y a, dans la royauté de Charles-' Jean , des motifs de consolation pour l'humanité. Le soldat couronné ose s'isoler de l'Europe despotique et avouer son drapeau , sa morale et son culte pour la liberté des Suédois. — Aussi, raconterai-je avec bonheur son respect pour les droits des citoyens, sa tendresse et ses sollicitudes pour les misères liu peuple.
Charles-Jean sortit noblement d'une vie pleine d'épreuves,. d'angoisses et, peut-être, de remords. ^>— On le verra s'occupant, à la dernière heure.
VI INTRODUCTION
d(3 ses devoirs de roi , s' entretenant sans (rouble des choses de rélerni té et mourant ep sage.
Soldat inconnu sous l'ancienne monarchie, Bernadotle s'était trempé aux feux de (a révolution, et, grâce à la liberté, il était devenu un de ces guerriers qu'on peut comparer aux généraux les plus vantés de l'antiquité. Mais, pour apprécier sa carrière militaire, il faut d'abord se rendre compte des circonstances auxquelles il emprunta sa valeur et sa gloire , car la jjloire e\ la valeur (jes honimes de la révojution est bien plutôt une question d'époque qu'une question de personnes.
Et quelle époque, quelle révolution que celle de 1789!
Par elle, une vieille nation, — chez jaquejle tout paraissait usé, politique, sciences, arts, littérature, industrie, passions, — retrouvant en un jour les ardeurs de la jeunesse, fut tout ^ coup saisie (l'im sublinie enthousiasme pour toii| ce qu'il y a de noble et de généreux dans |a vie humaine : l'amour de la patrie et de la liberté, la haine de la tyrannie, une profonde sympathie pour les opprimés et un dévouement
INTRODUCTION. Vil
imrnei^sc aux intérêts dos peupjes. Ec[iaufl[e par les promesses d'une espérance sans bornes, soutenu, dans ses efforts, par Tintime conviction du triomphe de régalité , chacun croyait fonder, en France , une ère de grandeur et de prospérité pour l'univers entier. Cette pensée était dans toutes les têtes; ^lleagitait toutes les âmes, et, dps le 14 juillet, l'héroïque peuple de Paris disait, avec l'accent d'une certitude prophétique : La révohition fera le tour du monde.
Alors la France possédait, sans le savoir, une race d'hommes d'élite, remarquables par la diyersité de leurs aptitudes, et auxquels la révolution communiaua une niagnanité et un courage qu'ils n'auraient jamais trouvés, dans leur cœur, sous le feane djeis privilèges.
La révolution suscita cette généi^atiqn ^ov^l^ leui-s quj fit, de la tribune natipn^e de ^rance, laprepiière fribun^ du monde. La Révolution lem* donna jpoifr chef ce géapt de ja parole qui )ançajl les gerbes de son éloquence sur les pajais des rois , et conquérait une armée avec i|p ç}^cours adressé, comme un hpnimage d'î respect
VIII INTRODUCTION
de FÂssemblce et comme une menace du peuple, au descendant de Louis XIV.
C'est la révolution qui tira, du milieu de ce peuple , une foule de tribuns à son usage , improvisateurs de chaque jour, exaltés dans leurs passions, pénétrants dans leurs conjectures et dont rénergie et Taudaoe soutenue abaissaient d'un mot les ambitions rivales, faisaient taire Tintrigue, déconcertaient les complots et imprimaient une impulsion irrésistible à la chose publique. Immense prédication de la liberté qui, embrassant la France entière et ralliant tout un peuple à un centre commun, exprimait, sous mille formes diverses, la volonté de vingt-cinq millions d'hommes! Bientôt sans doute on appréciera, avec une reconnaissante équité, les travaux de tous ces citoyens, — uniquement occupés des intérêts, des besoins et des dangers de la France , — qui , dans les administrations^ dans les tribunaux, dans toutes les parties du service public, donnèrent l'exemple de tous les genres de dévouement et de sacrifices, sans attendre d'autre salaire que le témoignage de leur conscience et les regards de Dieu.
INTRODUCTION. IX
Quel Français^ aujourd'hui même, pourrait, sans tressaillir d'orgueil, se rappeler le sublime mouvement de 1792 : ces légions d'artisans, de laboureurs, d'enfants de toutes les classes, coui*ant rejoindre une armée déshabituée de la gloire et insuffisante pour couvrir nos frontières ; ces vétérans de la monarchie , heureux de recevoir dans leurs rangs les jeunes soldais de la république, qui, sans avoir jamais vu la fumée d'un camp ennemi , venaient apprendre la guerre en face des vieilles bandes de l'Europe, et imprimer aux lieutenants de Frédéric II l'immortel affront de Valmy, présage de toutes les humiliations qui- attendaient l'Europe dans une autre guerre de Trente Ans?
Chose remarquable ! pas une réputation ili* taire ne marchait à la léte de nos armées Les grands généraux qui allaient éclore se cachaient dans la foule des soldats, ou, tels que Moreau, Gouvion-Saint-Cyr, Pichegru^ Jour- . dan , Kléber , Masséna et Desaix , n'étaient que d^ officiers improvisés par les sufïrages de la levée en masse. Quant à celui qui devait le^
INTRODUCTION
surpasser loiis, il sorlajt à peine fj'uno école militaire.
Ce fut, cepeiidaot, un moment d'une solennité terrible, que le jour pu la France, appuyée sur ces enfants héroïques , se leva pour attendre l'Europe. On ne yit plus alors que les rois d'une part et un peuple de l'autre.
Et,- quelques mois plus tard, quan(| laRépubjique, assaillie sur les Alpes, sur les Pyrénées, en Belgique, ^ur le Haut et Bas-^hiu , sur la ^euse ej; l|i Rlpselle , dans la Vendéo , dans |e palv^^dos , cjaixs la Bretagne, à Cordeaux, à Lyon, \ Marseille et h Toulon, éprouva des revers; quand , après la désastreuse bataille de Nerwinde et la défection de D|imouriez, les armées de la Convention étaient battues a\i Nord ^t au Midi, avec quelle majestueuse audace la France ne fit-elle pas face à tant d'ennemis! Quelle abnégation dans le sacrifice 1 quelle sublimité dans le dévouement ! « Tops les Français , » tous les sex^s, tous les âges, avait ditBarrère, » sont appelés par la pairie à défendre la jiberté. » Tpjutes les facultés physiques ou niprales, tous >* les moyens politiques ou industriels, lui sont
IMTRODIJCTION. XI
0 acqjiis; tous les métaijx, ^ousles éjéqfients sont 0 ses Ki^utaires. Que chacun ocçiipe son ppste n dans le mouvement nations^} et mi|it:)ife qi)i » se prépare. Les jeunes geps combaltropt, les » hommes mariés forgeront les armes, transpof- » feropt les bagages et Varti)leriQ, prépareront )e§ » subsistances; les femmes travailleront aux b^bit^ » (|es soldat^, (ei^on^ ^es tentes et porjeront leurs » soin$ (lospi^liers (tans les asiles dei^ blessés ; {{^ » enrai)|;s mettront le yieiî^ lingç en çh^rpje; e( » ]ç§ vîeilla}*ds, reprenant la (pission qi|'i|s ayaiep( » chez les apciens, se fergnl; porter syr )qi^ placer 2) pi^bljqqç^ : Us enflanf^n?^>^PP<^ ^ <^PVfn^g^ ^^^ » jei^nes g^erf jers , \\f\ propagefont Ja haiije (Jes » rpî§ et \un\te dejjj li^pq^lique. l^çts maisons paï) tjpnalçs sef ont convertjes Qp casernps, les i^^çes » publiques ep 2fte|iers, le sol des caves çeryii^ à » préparer le sjaipêtre , tou^ jei^ d^çv^ux de selle ») sef qn| çequiç poiir (a cavalerje^^ ^çps \e^ cheyauç » (|.o voiture pour rartillerie; leç fusils de chasçe, » de luxe , les armes blanches et le^s pjqyes servi- » ront pour le service de rinlérieur. La républî(juc • n'est ^|us qn'unc grande ville assiégée; il faut
Xll INTRODICTION.
» que la France ne soit plus qu'un vaste camp. » Et, à la voix du grand comité de salut public, la Révolution avait enfanlé quatorze armées et douze cent mille soldats pour la défendre: les uns lui donnaient leur industrie , les autres leur fortune; ceux ci leurs conseils, ceux-là leurs bras; tous, leur sang.
Sans doute, hélas ! ces convulsions héroïques entraînèrent avec elles des excès épouvantables et des déchirements horribles. Sans doute, de cette vaste guerre contre la liberté, la France et la révolution, surgit une dictature populaire, inquiète, ombrageuse, oppressive et cruelle ; mais la révolution, la liberté et la France furent sauvées. « Le mouvement » révolutionnaire une fois établi, dit M. de Maistre, » la France ne pouvait être sauvée que par le jaco- » binisme. . . Nos neveux, qui s'embarrasseront très- » peu de nos souffrances et qui danseront sur nos » tombeaux , riront de notre ignorance actuelle ; » ils se consoleront aisément des excès que nous » avons vus et qui auront conservé l'intégrité du » plus beau royaume. »
Que fût-il arrivé au contraire , si , apr^ le 3 1 mai ,
INTRODUCTION. XIII
le mod'ërantisme Teût emporté sur la dictature révolutionnaire, dans la lutte du peuple contre l'étranger et les partis? o II est douteux, suivant un historien dynastique (i), que les Girondins eussent triomphé, même en se montrant unis, et surtout qu'en triomphant, ils eussent sauvé la révolution. Gomment auraient-ils vaincu les ennemis étrangers sans fanatisme, comprimé les partis sans épouvante, nourri la multitude sans maximum, alimenté les armées sans réquisition? Si le 31 mai avait eu lieu en sens inverse, on aurait probablement vu dès lors ce qui se montra plus tard : le ralentissement de Taction révolutionnaire, les attaques redoublées de l'Europe, la reprise d'armes de tous les partis , les journées de prairial sans pouvoir repousser la multitude, les journées de vendémiaire sans pouvoir repousser les royalistes, l'invasion des coalisés , et , d'après la politique d'usage à cette époque, le démembrement de la France, a La France arrachée à l'invasion, la liberté sauvée,
(i) Mignet, msMre de la Révohttioii,
XIV INTRODUCTION
rhumanile rachetée, vôllà ce qui reslera éternellement des fureurs passagères d'un peuple soulevé par la tyrannie. Que reste- 1-11 au contraire des lureurs Hii despotisme? L'ordre dans le mal et un viûii si- Hlutdcre dé fjrospérité dans la misère ei de sécurité dans la honte. Voyez plutôt l'Europe.
î^érdu jusque-la datîs les rsihgs obscurs de la vieille ârmëe , Bernadolle était un de Ces hommes d'avenir que la révolution allait révéler et illuslreK Il là Servit avec lafdeîir qu'inspiraient, dans ce temps-là ; l'atrioilr de la liberté et la passion de là gloire, tomme tous les autres ciioyëns, que leiir îhtelligence et leilt courage sigrialaierlt aux regards de la hàtion^ii arriva d'uti bond au coinmàtidèmeht dès phalanges républicaines: Il se fit remarquer sbûs le téméraire et màlheurettx Custines; il eiit pour anil Kléber qui, devinant à seà premiers codps ceux qu'il porterait tin jout, témoigna de sa valeiit et commença sà fortune militaire; il servit avec ^clat sous les ordres du niodeste Jourdan , que l'iinihortelle victoire de Fleurus ne put enorgueillir. Dans la campagne de l'an III , il protégea la retraite de ce vertueux général, abandonné par
INTRODUCTION. XV
Môreàu et tombé dans la clisgrâcë de Càriiot, par suite de la réaction qui commençait à poursuivre tous les palriotes accusés d'un ardent républicanisme. Dans les conseils, dans là presse, parmi tous lés noiiirnes ihCdëtes à la cause cle la liberté, il était de oiode alors d'exalter l'armée du ribrd aux (lépeiis de larniée de âambre-et-Meusê; etlebirectoire lul-niériië n'était pas exempt de toute prévention couirë les braves qui la commandaient.
Celle l-emarque est d'autant plus essentielle, qu'elle peut servir a expliqiiei' ce qui se i)assait déjà dans l'&me de Bernadette, ici , je le sais , je vais rehcontrèr (les préjugés vivacès, et heurter lihe opinion d'autant plus enracinée que les géîîératioiis l'ont reçue, toute failej d'une réactibh intéressée à anéantir la révolution , a diffamer ses œuvres et effacer sa gloire. Depuis qùaranté-cinq ans, sous le Directoire, sous l'empire, sous les Bourbons, on n'a cessé de calomnier cette époque de notre histoire , que quelques écrivains faméliques adomnient encore.
Il laut oser le dire cependant : malgré l'ombre sanglante que la terreur et ses cruels holocaustes
XYI INTRODUCTION.
projettent sur 1793 et 179i, ces deux an* nées n'en sont pas moins, avec 1789, 1790, 1791 et 1792, la plus belle, la plus grande, la plus magnifique époque de notre histoire. Jamais, en effet, le peuple français montra-t-il plus de courage, de dévouement, d'héroïsme et.de constance? La conjuration politique et la conjuration armée de l'Europe, la guerre étrangère, la guerre civile , la famine^ toutes les privations, tous les fléaux, tous les sacrifices, ne purent triompher de la vertu de ce peuple dans la crise la plus forte du laborieux enfantement de son indépendance.
L'avènement inattendu de la démocratie, en face des ruines de la monarchie , donna une trempe encore plus énergique au caractère national. A peine le mot république fut -il tombé du ^ haut de la tribune , que chaque citoyen leva la tète au ciel avec un indicible orgueil. Et, quand la liberté eut voulu , quand la loi eut parlé , rien ne parut plus impossible aux Français. C'est qu'alors aucune passion lâche, aucun intérêt vil, aucune ambition criminelle ne luttait contre l'intérêt général. On se dévouait tout entier à la patrie, on lui donnait
INTRODUCTION. XTil
son temps, ses veilles, sa fortune, le sang de ses enfants et sa propre vie.
Les armées étaient faites à l'image du peuple. Point d'orgueil dans le commandement , point de servitude dans l'obéissance. Animées du même enthousiasme que les citoyens, pleines du même désintéressement, rompues aux plus grandes fatigues comme aux plus dures privations , elles offraient un spectacle unique dans l'histoire militaire des peuples modernes : on eût dit les légions romaines des Camille et des Fabricius.
Prodigues de leur vie^ comme les soldats, les généraux donnaient, l'exemple d'une simplicité antique. Modestes après avoir improvisé les plus magnifiques conceptions de la guerre et triomphé' des plus grandes années de l'Europe, aucun d'eux n'eût trouvé dans son cqeur une pensée d'usurpation; et, si elle eût pu y germer, il l'aurait bientôt abjurée en regardant, autour de lui, ce peuple ombrageux qui avait les yeux ouverts sur tout ce qui s'élevait, et ce comité prévoyant et jaloux qu'une salutaire défiance du pouvoir, militaire n'abandonnait jamais.
XVIII INthODl'CTlÔN.
Sous lo8 yeux db ce gouvernetneiil, qui am'SiH osé — même après la reprise des lignes de Weissenijonrg et la bataille de FlourUs, — s'at- Iribuei' la gloire de ik république? Hoche, malgré, ses triomphes , fot arraché à Tarmée de la Moselle, parce que, dans ce soldat de vingt-quatre ans, Saint-Just avait deviné le génie du gouvernement réuni au génie des batailles. Malheur à Bonaparte, si son front de penseur et d'ambitieux fût tombé sous les regards investigateurs du proconsul!
Tous les généraux de cette époque obéissaient Si la république sans murmurer. Bemadotte était soumis et fidèle comme eux. Naturellement impatient du joug, il obéissait peut-être en frémissant , mais il obéissait et ne. voyait rien encore au delà d^ Thorl- SKon de la république. Si, après le 9 theitnidor, un gouvernement stable et fort , un gouvernement appuyé sur la souveraineté populaire et l'autorité abtolue de la \ck , eût succédé au comité de salut public, les ambitions prétoriennes qui ont désolé la France n'auraient pu se produire, et Bernadotte^ resté pro* bablement une des gloires les plus pures de la répu-
INTRODtCTIOM. XIX
Uique, repoi»?rait aujourd'hui aux Invalides à côte des cendres de Napoléon.
Malheureusëmeiit > la journée du 9 thermidor ^ qui semblait ne devoir être qu'une expiation des outrages faits à l'hlimanité , se transforma tout à coup ^ par l'impulsion même des plus ardents ter« roristes, en une guerre ouverte et acharnée contre les principes et les hommes de 17S9. Une nouvelle terreur, aveugle^ furieuse, sans limite et sans frein» envahit la France; toutes les passions se coalisèrent pour détrôner le peuple, anéantir la répu^ blique, dî&meraesœuvres, déchirer ses lois, même les plu s sages, et la punir d avoir arraché le pays a la doaiiaation des étrangers.
Si réchafettd révolutionnaire était horrible ^ hideux, épouvanfahle, celui4à du mpins avait arrêté les exécutioas{K>pulaires qui frappaient les victimes en masse, et, suivantrexpressioii d'un grand géfti^» les lois de la morale n'étaientpasmi^connucs; elles A'étaieiât que violées (l). Mais, après le 9 tbermi-
(1) Cliftteaibriand.
XX INTRODUCTION
dor, que de nouveaux exemples de ces vengeances sauvages le midi ne donna-t-il pas à la Franœ indignée ! El, cette fois , ce n'était pas le peuple qui renouvelait ap loin les scènes de septembre. Oui, rhumanîté justement révoltée, des animosK
tés profondes et le déchii^nt souvenir de pentes ir-
réparables expliquaient peut-être ce sanglant besoin dé représailles..... Mais alors ne parlez point d'une civil isatioh supérieure, cou vrez^vous de cendres , et confessez que les mauvaises passions sont le triste apanage de tous.
Ces affreuses représailles ne suffisaient pas, néanmoins, aux desseins de la réaction. Vingt journaux à la solde du parti, enhardis par la plus scandaleuse impunité et fidèles échos d'une tribune furibonde , mettaient chaque matin le poignard à la main des séides. Enfin , la France était enveloppée d'un vaste réseau de conspirations monarchiques, et, tandis que la république mourante se débattait contre ses ennemis intérieurs, des négociations criminelles appelaient l'ennemi du dehors. .
Cependant les armées soutenaient encore, larenommée des soldais de 1794. Elles couvraient
* . INTRODUCTION. XXI
de leurs lauriers les plaies de la patrie el étourfaient, sous des cris de victoire, les gémissements des victimes de la réaction dont nos soldats ne partageaient ni les fureurs ni les desseins. ^
Toutefois, parmi ces guerriers si fidèles à la libellé et .au drapeau, si sensibles à l'honneur et la gloire , les ressorts de la discipline se détendaient chaque jour davantage. Et comment n'en aurait-il pas été ainsi? On leslaissaii sans solde, sans vivres, sans vêtements; on les séparait des généraux etdes officiers formés par la guerre et la révolution y on ne leur parlait plus le langage de la liberté, et . Ton substituait imprudenunent le Réveil du peuple qui donna le signal des massacres réactionnaires, à Thymne de la Marseillaise qui avait vaincu TEu* rope.
Bientôt la corruption s'attaqua au cœur même de nos armées. Cessant d'avoir foi à la république, les généraux commencèrentà songer à leur avenir. Quelques-uns se laissèrent .même tenter par l'or de ^étranger, et le prétendant put marchander et acheter la conscience de quelques autres. Enfin tout marchait à une contre -révolution imminente.
XXII INTROPUCTION.
lorsque, s'dveillanl tout à coup sur les bords de l'abtme, ceux des anciens révolutionnaires qui avaient embrassé la réaction avec le plus de fervpur , arrachèrent la Convention à sa fatale léthargie. Cependant les journées de vendémiaire, dans lesquelles Bonaparte rendit un éminent seiTÎce à la liberté, ne rompirent point les trames royalistes qui eussent fini par triompher, même après les élections qui précédèrent la constitution de Tan III, si la Convention ne se fût réveillée à temps. Mais, grâce à la sage mesure qu'elle prit avant de déposer ses pouvoirs, les conspirateurs eurent la minorité dans les conseils, mais une minorité imposante, hostile, factieuse. On sait avec quel achaniementot quelle audace elle att<iquait, à la tribune, les plus illustres chefs de l'armée, et surtout Hoche et JouHan qui avaient les yeux ouverts sur les menées du parti. Ala tète des députés fectîeux était Pichègru qui, après avoir préparé sa défection parla gloire, n'était entré dans les conseils qu'afin d'offrir à fa contre-révolution un chef tout prêt. à marchera sa tète.
Ce|)endant deux années de vraie liberté sous
INTRODUCTION. XX;U
leOtrecloire, les admirables campagnes d'Italie et la paix de Gampo-Formio semblaient avoir releva Pasceqdantde larépul^liquf!. Vais les ponseilis renferin^ient toujours des éléments de (rouble ^t d|e dissolution. Les conspirateurs ne s y bornaient plM^ à déclarer une guerre jmplaci^ble au gouvernemept; ils fjicigeaicnt f^ussi les plus violentes aitaques contre Bonaparte Au milieu de se^ plus grairds triomphes. Enfin» les excès du parti contre*révqlutioanaire réduisirent leDirectqire au cQupd'Ëtat du 48 fructidor. Hocbe à l'armée de Sambre-et-lfeuse, Bonaparte à l'armée d'Italie, — * PonapartQ surtout que des révélations secrètes avaient informé d^ projets des royalistes» — commmiiquërent à leui:s soldats une impulsion favorable au gouvernement. ,
A cette époque» la gloire j^udaine fit inunense du héros d'Italie lui avait déjà suscité d'inexorables eiineinis, parmi les généraux des armées du Rhin et de Sambre*et-Meuse. Tous, excepté Hoche qui adoptait noblement les lauriers de Bonaparte, voyaient d'un œil chagrin le vol de sa renommée, e se montra ient inquiets et jaloux du rôle qu'il
XXIV INTRODUCTION
jouait dans les affaires publiques. Cette influence souveraine d'un héros de vingt-Six ans offensait l'orgueil des uns, alarmait le patriotisme des autres, et, soit rivalité naissante, soit ambition, soit impatience du joug de toute autorité, Bernadotte partageait cette hostilité moitié ouverte, moitié cachée , lorsqu'il conduisit en Italie une colonne de l'armée du Rhin.
Comme on le verra dans le cours de cette histoire, un mouvement de répulsion mutuelle fut le premier effet de Tentrevue des deux généraux. L'homme qui allait bientôt, comme ministre du Directoire, se rallier sans bonne foi au parti des Jacobins , trouvait l'armée d'Italie beaucoup trop révolutionnaire. C'est que Bernadotte n'était déjà plus le lieutenant de Jourdan et de Kléber,.ni l'un des chefs de cette armée de Sambre-et-Meuse étincelante d ardeur et de patriotisme ; c'est qu'à ses yeux, l'avenir de la république et celui de la monarchie étaient également compromis, également douteux. Cependant Bernadotte servit avec distinction sous les ordres de Bonaparte qui , de son côté, mit une courtoisie chevaleresque à témoigner du
INTRODUCTION. XXV
courage et des talents du général de l'armée du Rhin.
Celui-ci accepta les éloges et garda ses rancunes.
On sait le fatal départ de Bonaparte pour l'Egypte, emmenant avec lui . la glorieuse armée d'Italie , vierge de défaites et de trahisons. Bientôt les revers succédèrent aux revers, les désastres aux désastres. La perte de l'Italie; la mort inex* pliquée de Hoche qui aurait, peut*étre, soutenu rhonrieur de nos armes et Ja république chancelante; la lutte incessante du gouvernement contre les conseils où dominait la faction contre-révolutionnaire; la terreur qu'inspiraient au Directoire, et surtout à Carnot, les folles entrel>ri$«^s de quelques patriotes exaltés jusqu'au délire; la coupable ten* tative de Grenelle, que Tautorité pouvait prévenir et qu'elle laissa; éclater pour frapper un grand coup sur le parti démt>cratique ; les sanglantes exécutions qui suivirent cette journée; les mutilations successives que firent subir au Directoire les deux conseils qui semblaient se venger ainsi des proscripteurs de fructidor; la faiblesse de
sa dernière composition; enfin^ la nomination de Sieyès arrivant au pouvoir avec des vues de renversemetU : toutes ces cirpopsts^nces avaient remis en question l'existence de la Républiquf^. Siéyës n'en vo^lait pa^, Barras semblait )a regarder tomber avec indiflérence et, autour d'eux ^ Fouché la trahissait.
Cet état de cboses enhardit les rûyali^tCtS. Sous les yeux des deux conseils qui étiiien( 9an$ in? fluence et sans autorité, parce qu'ils se trouvaient divisée; en face d'un gouvernejinpnt a^se^ aveugla pour ne pas voir sa chute prochaine, les contrerévolutionnaires jetèi^cnt sur I4 France entière un vaste réseau de conspirations.
Au milieu do ces intrigues, Bernadotte figqra long-temps encore parmi les^mi^delarépuhliqtie } mais sa ^délité parut assez peu robuste pour que, au moment nijême où il rendait, comme ministre, les plu^ grands services à U France, on le crut capable de prêter l'oreille aux suggestions du prétendant (1). Alors, cependant, il inspirait au gou-
(() Vofr etupitrell du !•' foltitne.
INTRODUCTION. XXV 11
vernement des craintes d'une tout antre nature. Entminé par Sieyës qui tremblait à Tombre d'un républicain , inquiet de Texaltation qui renaissait parmi les Jacobins, et craignant de leur laisser un chef redoutable dans la personne de Bernadotte, le Directoire enleva le portefeuille de la guerre à ce gàiéral , par un outrage aussi gratuit qu'offensant. En effet , Bemadotte se ftii accommodé du régime républicain , si la république eût présente des garanties de durée pour elle et des motife de sécurité pour lui. Mais ce soldat n'était pas trempé en homme de rèvoluiion. Il pouvait conspirer dans son cabinet , mais jamais il n'aurait eu l'audace de descendre dans la place publique. Aussi bnive , aussi téméraire qu'on puisse Tétre sur un champ de bataille, jamais il n- eût ose jouer sa tète , dans une journée des barricades.
Le 18 brumaire déplut à Tex-ministre du Directoipè. Bernadotte euteiéinede fortes velléitésde Fés'stance» mais elles n'aboutirent qu'à beaucoup d'bjiimeui* et è une accession subite au fait accompli : il se rendit et ne se convertit pas.
L'avènement de Bonaparte, qui fut nullement
XXVIU INTRODUCTION.
empereur dès le lendemain delà journée de Sainl- Gloud, laissa une profonde impression dans lé cœur jaloux et aigri de son rival. Peut -être même la défection du prince royal de Suède fut*elle la conséquence de l'ambition que l'exemple du premier consul développa dans l'âme vulgaire de Bernadotte. Il est certain qu'en tuant la république, Bonaparte ouvrit la voie aux plus vastes espérances de l'ambition, et que, dès lors, il assuma sur sa tête la responsabilité du sort delà France. Le roi Charles- Jean procède du premier consul s'instaurant Empereur devant les généraux de la république. Or, si Bernadotte fiit resté l'un de ces généraux ;' si la gloire du tribun n'eût point dégénéré en gentilhommerie ; si, à l'exemple de son mat Ire, il n'eût pas voulu . faire race, jamais nos femmes n'auraient entendu battre les tambours de l'étranger (1).
A cette époque, des vertus républicaines, du désintéressement, de la modération, des actes généreux envers le malheur, des mains pures de toute rapine, de beaux faits de guerre, une incon-
(1) Expression de Paul Coaricr.
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testable capacité militaire et une grande popularilé parmi les soldais, composaient à Bernadotte une renommée qui le désignait naturellement aux projets des défenseurs de la république et des partisans de la monarchie. Alors aussi brillait à Paris une femme célèbre dont le nom vivra dans la postérité, par des écrits empreints d'une vive imagination et marqués quelquefois au cachet de la plas haute raison. Attachée à l'école philosophique malgré la direction éminemment religieuse qu'elle avait reçue de son père et du culte protestant, avide de tous les genres de gloire , étincelante dans un salon , successivement en rapport avec les constituants, les membres de l'Assemblée législative et de la Convention, particulièrement liée avec Nar« bonne, Alexandre de Lameth et Talleyrand, avec Chénier et Barrère, avec Cabanis etGarat, Barras et Benjamin Constant; d'accord avec les héros du 18 fructidor, sans renoncer a ses relations sentimentales avec les victimes de ce coup d'Etat, madame de Staël avait une ardente passion pour la politique et voulait absolument jouer un rôle dans le gouverne* ment. Pleine d'enthousiasme pour le vainqueur de
XXX INTRODUCTION
ritalie^ elle s'af^rocha de ce grand hommeaveb Tesh poir de le subjuguer^ de régner de (noîtié avec lui ou du moins d'élre admise à donner des conseils qui seraieni écoutés. Halheureusemeat powr madame de Staël, le général Bonaparte connaissait son exaltation , son artibition, sa mobilité etsôti besoin insatiable d'intrigues. Gette femme, a moitié homme) et pourtant toujours femme, exerçait sur les espiîts les plus distingués un ascendant presque ridicule tant il était absolu. Improvisatrice du plus rare latent, pleine de prétentions, mais pleine aussi d'abandon et de bonté , prêchant la liberté dsius son salon comme a une tribune, elle fascinait, elle entraînait les faonmies les plus graves du teaips.
Instruit de toutes ces choses et averti, par un pressentiment qui tenait à sa pénétration instinctive, le premier consul, au lieu d'accueillir la fille de Necker^ Técarta .impitoyablement de sa pék*sonne.
Dès ce moment^ d'admii*atrice passionnée, madame de Staël devint l'ennemie déclarée du premier consul. Cette femme se plaça ouvertement à la léle de l'opposition du Tribuhat, où figuraient
ïNthoniCTION. XXXI
Qmgtietlé, Qarat, Andrloux, Chtènicr,.Daûtioa el Benjamin Constâtil; \et, comme elle recherchait avec avidité toutes les célébrités de Tépôque, Bernadette ne tarda pas à devenir un des coryphées de la petite église. Or, deleuréloignennent commun pouu Napoléon, nattra, entre Beruadotleet itiadanie de Staël , une liaison qui portera un jour des fruits àniers pour la France (!).• Après avoir contribué, par ses intrigues et ses amours, à soulever FAllemagne contre l'Empire, on verra cette femme entraîner le prince royal de Suède dans Talliance de Ta Russie et dans une guerre s^rilége contre la France.
Sous l'Empire , qu'il avait vu s'élever avec chagrin et jalousie, Bertiadotte obtint les plus grandes
(0 Bonaparte craignait le salon de madame de Staél ; il en écartatt lea amis 60 leur disant ; « Voua me devez tout; j'ai fait votre réputation et
• votre fortune ; von> m'aimez avec sincérité : eb bien 1 si je vous laissais
• ftéqoeofer eeûé feiiime trots mois, vous commenceriez par me blâmer
> âTec die» ensaite voua taaaeriei à l'eut é'oppoaition, eofti vona 4e-
• viendriez mes ennemis , et peut-être aorai^e le malbeur de vous sor^
> prendre en conspiration flagrante contre moi. w Bonaparte ne voyait que trop juste.
XXXll INTRODUCTION.
dignités que pût dispenser la puissance souveraine. Mais ni les éloges, ni les récompenses, qu'il sollicitait avec ardeur et dont l'Empereur le comblait, ne purent le ramener k des sentiments d'affection et de reconnaissance. Rassasié d'or et d'honneurs, le maréchal de France, le sénateur de l'Empire, le grand feudataire de la couronne, avait toujours au cœur quelque pensée d'insubordination ou de révolte. — J'expliquerai les justes sujets de mécontentement de Napoléon contrele princede Ponte- Corvo, etcomment le mémehommequi s'était illustré sous le drapeau tricolore, manqua souvent à ses devoirs et compromit les intérêts les plus chers de son pays. Avec tout autre que Napoléon , Bernadotte eût payé de sa tète des fautes qui avaient toutes les conséquences de la trahison, si elles n'en portaient pas le coupable caractère. Mais, ainsi que le disait naïvement l'impératrice mère, n le farouche monarque était bon jusqu'à la faiblesse, indulgent jusqu'à la témérité. » En effet, si, après la capitulation de Baylen, le général Dupont eût été fusillé, peut-être n'aurions-nous pas perdu l'Espagne; et si, malgré sa parenté et
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ses services , la justice de Napoléon eût frappé le maréchal Beraadotte , après sa coupable désobéissance d'Auerslaedt et d'Iéna, le prince royal de Suède n'aurait pas, six ans plus tard , fixé les irrésolutions d'Alexandre , donné la main aux Anglais et forcé les alliés, qui manquaient d'audace, à pousser l'invasion jusque dans Paris.
Devenu, grâce à l'Empereur, héritier du trône de Suède 9 Bernadette emporta dans sa patrie adoptive de profonds ressentiments , parmi lesquels il faut sans doute placer au premier rang Timportune conviction de ses iautes et l'insupportable injure de la clémence impériale.
Les exigences de Napoléon envers la Suède, motivées par les plus irrésistibles nécessités de la politique , accrurent et irritèrent les mauvaises dispositions de Bernadette. Mal conseillé par les passions de son cœur, et surtout par les agents des puissances étrangères, il se retirait chaque jour davantage de l'alliance française, lorsque la conjuration des rois se groupa autour de lui , pour lui imprimer une impulsion qu'il était tout disposé à recevoir. Alors Louis XVlll , si fier do sa
XXXlV INTRdoUCTlON.
nnlssance, lui ddre^o deh lettres dé frërë ^ Àtekahiha Vient à Abo; pont apprendre de Itti M guêtre et la pdliliqae; rAùtriche le profclame l'Aganfifelhiiôri (te la ligue étti*ôpéisahé, fet né veut combattre ijué s'il cottibat; la Prusse n'as[)îre qu*à mettre ses légfoh^ sbiis Ses brdi^esj l'Angleterre lui èrivbié (les ambassadeur^, lUi offre de Toi:, des soldais, Urt sëcdiid royàiime eh Eiltope, une colonie en Aiiiérique^ et, bubliant (|li'it naquit tràhçais, elle rappelle lin hëros. Là vertu dé fiernaddtte li'ëtait pas de treihpë â réélstet* à dé puissantes sédilctiond; et quelle séduction , pour tihé àrhe ulcérée d'oi^ueil et de jalousie, c^ûe d'avoir, pouir sn|>^liàhts, pôar freines, pour àtniâ, pour disciples, le^ pôtehtats qui naguère étaient aux pieds du valttqueiii- d'Auslërlitz !
ÀIoi*s se forma, pAr leé incitations de l'Ânglbtérre et lés efforts secrets de Charles- Jean , \x coalition de 1813, plus iredôtitablé que toutes tes aùtœs, palce que les rois, deveniis tout h coup révblutionnaires, );)àrlètént à leurs peuplés le langage d'Arminiusdtkx Germaitas, ou ptut6t le langage delà Convehlion aux Français de 17d3...« Et ce tut un
1NT,R0DDCTI0N. ^f^^
soldat de ao? grades gwrres, qni, le premier, fit fevqjentfij:^ 9» ooçujr ()ç rÀjJexoagpe ojBTçns^ ()ç not^ doi^îoatioD, Içs principes (J'ind^pe^da^^çe ,çf de Jjibfirpé qu^ av^j^e^ t y^ijicu TE^t^rope ^igu,ée cfipfx^ la Fr^i^e réYolytionpaire!
Hëlaçj ^€(p jçejipj^çp ^gji^i^èfe^at fpi aujt j^goifiijue? prQjpftQ^ses ,^ leni^ p^d.ti;e? j l\s ^sirenj jeurs ^7 m«, m^ûKif^ej^} f^^^/^ ^l^PÎ^re, e; le gépieiep bf^taiU«s fçt T^çp par le ^ç^e dç 1? jl^rté !
.Cesjlimç circoQSta^Qce .u.çiqi^e peut-iê.tre dans Vbipr tf^ve dja monde, ,f \iç dj^ ijois absoJ,\i8 i^ivo^uarU la Jil^^ pour ,ra|ferpiîr le despoti^çne. Terrible et s^lu^ireen^igneiqent pour les|>euples dont Timprqdenl^ jfflii^(^fosff,éfivpi^^ ^P,^oyejji i^ ]^yo}ç ^^p [urincesi — fç ^coiite^ la pf\rjli(^i|p^tion de ^rnadotte }^ ^<|^tte gç[^vre jnoiiïp dç d^ep^ion !
Cepend^^t , 51 \e^ rq^s de l'Hyroj^e avaiept fç^lç ;^ii^ ^ied^ jçs eng^<îi\ï;f|nf? lçsj[^l\>8 sacrés ^e^nyer» IJÎîflBQl^opj 9'il? pXflt^t jp^ouBu leurs intérêls les filv^s ctieips, j[K)i^r .efl^rps^ser rallianç^e ^nglaîsp qi^i^^^it^çai]^ tous leurs dé^sis^res, en les prfjçipitant dans le ^sanfijlant démêlé où e^e dépensait beaucoupd'or etj^u de sang, ces princes pouvaietiit
XXXVI INTRODUCTIOB.
du moins être entraînés par de légitimes rancunes contre la France de Ja révolution , qui avait brisé le trône des uns et ébranlé celui des autres. Ces têtes couronnées avaient tremblé dix ans devant notre propagande armée ; ces souverains y institués par Dieu même, avaient été vaincus par un héroïque peuple, et obligés de recevoir la paix d'obscurs plébéiens devenus généraux d'armées ou chefs d'empire. Enfin, les représentants héréditaires du principe monarchique, ne pouvaient pardonner à la France d'avoir foulé aux pieds une couronne et donné à toutes les nations le signal de la liberté. On comprend donc que le ressentiment de tant d'injures fut profondément gravé dans leur cœur. Mais lui, Bernadotte, qu'avait-il à reprochçr à sa patrie?... sa gloire et sa fortune. L'homme qui devait tout à la révolution, offrant son épée de despote en despote et tendant la main aux Anglais dont l'or coulait depuis vingt ans pour arracher à la France tout ce qu'elle avait puisé de grandeur, de force et de prospérité dans cette même révolution! — Je dirai comment cet homme, que la
nature avait créé loyal et généreux, devint pluscou-
INTBODUGTIOII. XXX Vli
paMe dans sa trahison que Ck>iidé dans sa révolte.
Assis sor les marches d'un trône y Charies-Jean n'était phis ni Français, ni Suédois, ni citoyen; ce n'était pas un caractère, c'était un prince qui voulait devenir roi ; et pour être sûr de le devenir, il détrôna la France.
Ici finit la partie sévère de ma tâche.
Après avoir prononcé, contre le prince royal de Suède, un anathème que la postérité répétera peutêtre, il me sera doux de montrer le roi Charles- Jean cherchant à expier, par trente années d'un bon gouvernement, ses torts envers sa patrie et la liberté du monde.
Sans doute, en étudiant la vie royale de Bernadette, on peut y découvrir encore quelques révoltes de cet amour du pouvoir, qui grandit toujours avec la possession du trône ; mais, en définitive , sous le règne de ce prince, la Suède a joui d'une prospérité inaccoutumée et d'une véritable liberté.
Peutrétre la seconde partie de la vie de Charles- Jean appartient-elle aux vices de son époque, et la troisième aux qualités de Thomme.
Que si, en appréciant c^tte existence mêlée
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