‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 2 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Origine de Bernadotte. — Ses premières années. — Il s'engage comme «mpie soldat. — Dix ans sons-oflicier. — L'hôpital et Tamphithéâtre.

— Premières soèoes rérolutionnaifes. — Bernadotte saure sou colonel.

— Inflaence de cette action sur le reste de sa vie. — Guerres de la Ré- ^olntion. —Bernadotte sous les ordres de Custine. — Sa conduite à Tannée du Rhin. — Il passe à l'armée des Ardennes. — Ses combats sur la Sambre. — 11 sauve Marceao , et se place au premier rang des ^néraax de la République. — Il décide de la journée de Jullers. — Sa conduite an siège de Maëstricht. —Son énergie détermine le passage •du Rbin. — Ses combats dans la campagne de l'an III, sous Jourdan. — Il sauve la vie à des émigrés pris les armes à la main. — U conduit une armée en Italie. — Sa première entrevue avec Bonaparte. — Origine de l'antagonisme de ces deux généraux. — Bernadotte apporte au Directoire les drapeaux pris sur les Autricblens. — Son ambassade à Vienn?.

Charles XIV, Jean , naquit à Pau le 26 janvier 1763 (1).

Venu au monde à sept mois, par suite d'un acci- 4lent de grossesse, ses premières années s'écou-

(f) Bernadotte (Jean-Baptiste-Jules) était secondais de M. Bernadotte, avocat au parlement de Pau, et de mademoiselle Saint-Jean deBoeil, sa /'emme.

ii HiSTomi: be bertsadottc,

lurent attristées par les douleurs d'une enfance pénible, et, plus encore, par l'indifférence de sa mère, doiH toutes ies uleciions qppaiteiitient à un premier-né. Celle partialité maternene, qu'aucun motif légitime ne justifiait, blessa au cœur le jeune Bernadotte. La \ie de famille lui devint insupportable, et, le 3 septembre 1780, â Tinsu de son -pèr^, qui le destinait au barreau, où lui-même avait acquis une certaine célébrité, il s'engagea comme volontaire au régiment de RoyaMa-Marine. Ce régiment tenait ^rnisoa dans l'Ile de Corse^ oii Chat^les-ieHii ftt ses deux premières immées de service.

Prise à une époque où l'avancement daas J'ar4;ttée était TtipMtage c?iccl«isîf 4:k!s castes «obiliarres, cette détermination fut-elle l'effet d'une élourderie de jeune bomme ou le xésultat d'une vocation puk- «ante? Lv^ ciraonstances domestiques fpjA précédèrent le départ du soldat militent sans doute eu faveur de la première de ces bjpotlièses^ mais les laits dont se compose la vie du général de la Republîqucd'du maréchal dcl'Empirejuslilient pleinement la seconde. On peut donc avancer, dès à présent, que, si le hasard poussa lîernadoltc dans la carrière des armes, ses instincts guerriers et ses talents militaires la lui firent magniiiquement par- <»ourir.

Tombé gravement malade vers la fin de 1782,

ctfARLES xrv. 8

-bernddoltc obtint un cmigé tempot^ire qui le rendît poor quelque temps à ses foyers. Sa iamilie ù\ atorsde*irains efforts pour le détourner de la vie des oaimps. Tout entier à la lecture des grands capitaines, rêvant déjà peut-être la fortune des Catinat et des Fabert, il persista a re.ster sous le drapeau, et, après dix^huit mois passés au milieu des siens, il rejoignit son régiment, où il fut nommé successivement: caporal le IGjuin 1785, fourrier le Ht août survant, sergent le 21 juin 1786, sergent-major le Il mai 1788 et adjudant- sous-officier le 7 février 1790. Ainsi, riiomme qui devait un jour recueillir la^unesaîende Chéries XIII, servit dix ans avant d'obtenir J'épaulette de sous-lieotenant.

Cette prenMère période de la vie militaire de Bernadotte »e présente rien de remar<iuable si ce n'est uu accident qui prouve, une fois encore, à (juoi lienneot les plus hautes destinées. Le Père Elisée, oelui-lâ même qui, sous la Restauration, devînt chirurgîeû ordinaire de Lours XVIII, passant nn malin la vîsîlje d'une des salles de l'hôpital de Grenoble , arrivetprés d'un malade qui n- olfre plus aucun signe de \ie. L'iumiuic de r«rt tâte le pouls, il ne bat plus; il interroge le cœur, les pulsations ont cessé; il soulève un bras qui retombe froid et roide sur lu eouehe. Alors, persuadé qu'il n'y «i plus là qu'un tadavre, le 'Père ILlisée ordonne de le porter au dépèty et fiasse à un autre lit. Mais, à la suite du

Père Elisée, marchait un jeune chirurgien, M. Willars, qui, désirant sans doute expérimenter le sujet, lit signe aux infirmiers de transporter Bernadette dans sa division, où, quelques moments après, ii le trouva revenu d'une syncope que son collègue ;nait prise pour la mort.

En 1790, le régiment de Royal-la-Marine, dans lequel servait Bernadotte, était en garnison à Marseille. C'était au moment où la ville aux passions ardentes venait d'arborer la cocarde tricolore; inauguration tumultueuse qui faillit coûter la \ic à M. d'Anibert, colonel de ce régiment. Véhémentement soupçonné de ne point partager Tenthousiasme démocratique, l'officier de l'ancien régime allait tomber sous les coups de la multitude, lorsque, de concert avec ce même Barbaroux qui brilla plus tard d'un si vif éclat dans le parti girondin, Bernadotte apaisa la sédition et arracha Varislocrate au courroux populaire.

Cet incident décida peut-être de la fortune du Béarnais. Rentré à Paris, M. d'Ambert fit retentir les bureaux de la guerre de l'éloge de son adjudant, pour lequel il obtint, en novembre 1791, une lieutenance dans le régiment d'Anjou stationné (^n Bretagne. Bernadotte racontait avec bonheur cette circonstance de sa vie, et répétait souvent qu'il lui en avait plus coûté pour obtenir le rang d'officier, que pour devenir maréchal de France. Du

' CUARLKS \IV. 5

reste il conserva toujours une profonde reconnaissance pour son colonel, et lorsque, en 1709, ce malheureux officier fut arrêté, pour être rentré en France aii mépris de la terrible loi contre les émigrés, Bernadotte, alors ministre de la guerre, écrivît au Dîrecloire : « Si vous m'accordez la vie de » M. d*Ambert, ce sera la récompense de ce que j'ai » fait ou puis jamais faire pour la république. » No pouvant obtenir la grâce du royaliste proscrit, le ministre républicain pénétra secrètement dans le cachot de son ancien colonel , auquel il offrit de favoriser son évasion. Mais tous ses efforts furent vains : d'Ambert refusa de fuir une seconde fois, disant que la mort était préférable aux malheurs et aux misères de rémigration. La sentence fut exécutée.

Cependant, le règne du favoritisme louchait à son terme, et une immense carrière s'ouvrait devant le mérite réel. Bientôt, aussi, allaient éclater ces grandes guerres de la révolution, du sein desquelles devait surgir toute une génération d'illustrations nouvelles. En 1793, Bernadotte fut nommé colonel d'une demi-brigade employée dans l'armée du Rhin, sous les ordres du général Gnstine et composée d'anciens soldats et de volontaires. Malgré cet amalgame, ce corps ne tarda pas à se faire distinguer par kl bonté relative de sa discipline, et par la brillante valeur dont il fit preuve aux combats de Spire et de Majence. Quoique Bernadotte n'eût encore que le

G HISTOIRE D& B£ANADOTTE,

gi^ade de cokiuel, Thabilelé et le courage qu'il dé* ploya (tams la relraiie de Cu9tiiie,.sur les^franttércs' delà France, lui valurent le commamleineQt d'una avant^rde dans rarmée du: Nordi La Tl^" demibrigade et le 3^ régiment de cavalerie ftireat mis^ soua ses oi^dres, et^ depuis ce jour, ilAxa^sur inî les regards de rarmée dont il devint bientût'uu dr^s cbels les plus considérables.

Eu l'an II , rennemi n'était séparé de SaiiiL- Quentin que par le poste de Prémoiitré , dont la défense fut confiée à Bernadotte. 11 remplit cette importante n^ission avec la vigueur d'uA officier de triante ans et rexpérienice d'un vieux capîlaine* Assailli par dix escadronâde cavalerie, onze bataillons, autrichiens et aiiglaia,.et une artillerie formidable, il soutint bravetneut- le cboe de cos masses^, leur disputa le terrain pendant sept heures^ consécutives, ot, lorsque, débei^dé sur ses deux ailes, il reçut l'ordre de se retirer, il efioctua sa retraite avec une lenteur et un aplomb qui lui n^itèrent les applaudissements de l'armée et les félicitalion» des ixîprOsontants du peuple.

Éminemmcni doué de l'éloqucnco des Gan^>s, Ueriiadottc contracta, dès cette époque, l'iiabitud/.' , |jeus«ée de|>uis jusqu'à l'afreclalion ^ d'exciter ou d'apaiser |ii)r des harangues les- passions de ses troupes, et il dui souvent ses succès les pluâ décisifs à la puia^nce de sa paroJe. Lorsque, |jiar

CflAJULlS XIV. J

e^eiuple, l'année du liord luaKcluut au secours de Landrecies , Le bi?ave générai . GuQguel étaul. tombé &OUS le £au de ses soidate oàulioéa» BernaibUe s'élance au milieu des sédttiauiL^ iai4 ranger les deux brigua en bataille , toane ccMftlre le ineurire dont l'une, d'elles vient de se souiller en présence de. l'eaneon ^ et échauffe à tel point le ressentiment de ces. troupes , contre tes coupables , qu'il ne parvient qu'à grand' peine à calmer l'exaltalîan qu'il a produite, et à les empêcher de faire elles-oiêmes Justice des assassins.

On sait de eomlûen de succès et de revers fui inèlée la campagne de l'an 11. Le 7 florcal^ après des prodiges de valeur , la brigade de Bernadotte est enfoncée ; u>a chef &it de vains efforts ix>ur la rallier ^ «a voix n'est déjà plus entendue lorsque , arraebaot ses éf»aulettes et les jetant au milieu des rangs dispersés par la mi tiraille , il s'écrie : « Je ne ^suis plus votre- général, puisque vous. me laisses > df^honerer. » A ce mot de déshonneur quelques pelotons se refonment auprès de Bernadotte» qui les dirige sur les i^éces abaiulonnées par les fuyards » s'en empare et, les tournant contre l'ennemi qui poursuit sa colonne, le force à rétrograder.

Cependant, vers cette époque, il s'en fitllut peu que la tète de Bernadotte ne roulât sur l'é* chafaud. Sur je ne sais plus queUe dénonciiction, le Comité de salut public avait ordonné au général

Ferrao et au représontanl du peuple Goupilleau de Fontenay, de le faire arrêter et conduire à Paris. Cet ordre étant arrivé au quartier-général la veille de l'attaque de Landrecies, on crut devoir en différer l'exécution jusqu'après le combat ; mais Berna(]otte s'y était si noblement conduit , que le représentant du peuple en référa sur-le-champ au Comité de salut public, qui changea le mandat d'arrêt en un brevet de général de division : grade que le proscrit de la veille n'accepta pas, par le motif que, n'ayant point encore reçu sa nomination de général de brigade, il ne pouvait être légalement promu à un rang supérieur.

Bernadette passa ensuite à Tarméedes Ârdehnes, où, par de brillants combats sur la Sambre, il justifia la réputation qui l'y avait devancé. Plus tard il fit partie de l'armée de Sambre-et-Meuse, et, là encoi^, son ascendant personnel apaisa une sédition dans laquelle le jeune et brave Marceau allait de-, venir la victime de quelques soldats révoltés. Mais Bernadotte, apercevant le danger, se précipita dans la mêlée et arracha son collègue des mains des furieux, qui, rendus bientôt à la conscience de leur crime, réclamèrent eux-mêmes le châtiment des instigateurs.

Dans les premiers jours de messidor, Bernadolle contribua, avec Kléber et Duhem, à un beau fait d'armes qui rendit l'armée française maîtresse dit

cours de la Sambre et prépara l'immortelle jouniée de Fleurus, où il emporta, Tépée à la main, les hau teurs de Jouverai et les villages de Lerou et de Villebourou. C'est alors qu'à la demande de Kléber il fut nommé général de brigade sur le champ de bataille (1). Dès ce moment l'opinion publique plaça Bernadotte au premier rang des généraux de la République ; et, nonobstant Tinfériorité de son grade, il reçut le commandement d'un corps de dix mille hommes, à la tète duquel il alla prendre position sur la Meuse, força Kray devant Maëstricht et contraignit ce général à chercher un refuge sous le canon de la place.

Après avoir franchi le fleuve et investi le côlc de la ville situé sur la rive droite, Bernadotte marcha sur la Roér, s'empara de Heinsherg, força le passage de la rivière, délogea le corps autrichien et prépara, par de savantes manœuvres, la mémorable bataille de Juliers, dont le résultat fut de rejeter l'ennemi sur la rive droite du Rhin. « C'est son courage et son » intrépidité, écrivait Kléber, qui ont décidé du » sort de la journée. »

Pendant le siège de Maëstricht, Bernadette fut chargé de conduire l'assaut au fort de ^ich avec dix bataillons, trois régiments de cavalerie et

(I j Sur le hre?ct qui lui fut délivré Hgarait cette mention : « Pour traits ée hrêmmre et aciUms d'écM. »

i^) HISTOIRE DIS BimffADOTTË,

soixHBle pièttesr d'artilloDÎe; C'élaît son premier eâ$iit dans la* {guerre de skjge. eependuni;, il (Kr^ gea eette epération avee une TÎgttetM^ et; une ifitel^ Ugence qui firent radmîratîon de ses- cainarsHlë&. Maésùrinla aapituia après dix-huit jours «de tran*chée ott'v^tB, el, |>aiir prix da* ses services, BeruffdoUe fut chargé de re^voir les armes* des hnii mille Aiutrichiens^ (fui défendaient la place. Ge ftit aussi à Id suite de cette capilulation qu'if fut nommé générai, de division..

Après un court repos dans les environs de Maës^ tricht, le corps de Rernadotte rejoignit le gros de Tarniée sur les bords du Rhin. Dans^ un conseil de guerre* réuni par Jourdan pour délibérer sur le passage du* fleuve , diverses opiniona forent émises I>our et contre ropportonité de cette grande opé*^ ration. Bernadotte exposa énergiquement la situation désastreuse de Tarmée et soutint que, si , matériellement, les chances n'étaient {loint pour nous-, politiquement nous devions, à tous risques*, entreprendre le passage du Rhin. « Si nous voulons « fermement la victoire, elle est à nous , s'éerii^-^il; 4( et si elle trompe notre courage, la mort sera^ mUre ff refuge. » Cette mâle allocution lixa toutes les- incertitudes, et la eampagne de TaJi lil fut déoidée* Bernadotte ouvrit celle campagne par la prijse de vive' force d'une petite ile à la faveur de lac^iaelle l'armée put établir un pont sur le lleuve^ et debout

CHARLKS XIV. 11!

cher dans la plaine de Neuwied.G esl de ce point <(liela«rdan s'étança au oœurderAllemagae. Après s^lre emparé des baulew*» de Nassau et avoir re- |)sasaé Kenoemi s«r la rîve gauche. de la Lalin, Bernadette courut inveslir Gaasel, dont il dut Uentét abandonner le sî^, pour voler au secour&de rarméa de Samhreet-Meuae débordée sur ses ailes par le oarps de €Uiirrait, Foroée enfin de lever le blocus de- Mayonce et d'Érenbreisteia, l'armée fran^^ise effeclua sa retraite sous la protbctton.de la division Beruadoite,. qui riH*iiiait son arrière-garde. Parvenui ilevant Caudeuback, ce général rencontra une forte «îoloaue aulrichieune à travers la<|peile il se Traya. UD |)a6sage après des chances diverses et une lutte «lebarnée qui foraient une des plus belles époques <le sa carrière militaire.

L'aroiée avait repassé le Rhin et se dirigeait sur lo UuDdsruck suivie de près par les Autrichiens , ifiiî s établirent sur la rive droite de la Nalie. In- (ligné de cette pro&nation du t^ritoire français «. Beroadotte fit un retour offensif, assaillit les^ avant- )>astes ennemis, les chassa jde Creutsmach clsem* para de sept cents prisoeniers, parmi lesquels se trouiyait un. certain nombre d'émigrés pris les< ojwes à la main. La loi était positive, inexorable; elle les condamnait à mort. Mais Bernadette, s'a|> pniehaat de ces malheureux., leur deniandaà <|uel oûrps ils appaiiienaîent : < Vous le voyez bien » ré

» pondirent les chefs des émigrés , nous sommes » Français. — Vous voulez dire Belges, » repartit Bernadotte , et il ordonna de les confondre avec les Autrichiens tombés en son pouvoir. Le même jour il proposa au général Clairfait l'échange de ces prisonniers contre deux cents soldats de sa division, et sauva, par ce dangereux subterfuge, des Français qui, quelques heures auparavant, s'acharnaient contre leurs compatriotes.

Cependant, Clairfait, désespérant de pénétrer de nouveau dans Creutznach, leva son camp et se retira sur Mayence. Mais le prince Charles occupait encore la rive gauche du Rhin et menaçait toujours le territoire de la République. Kléber fut jeté sur Taile droite de l'archiduc, qui repassa le Rhin à Mayence et à Bingen pour livrer bataille à son brave adversaire. Alors Bernadotte, voyant Kléber aux prises avec des forces incomparablement supérieures, franchit aussi le Rhin, fait dix-sept lieues en vingt- quatre heures, s'établit sur la rive droite de la Lahn, attaque Tennemi sur les hauteurs de Massau, le rejette sur la rive opposée, prend position sur les hauteurs d'Érenbreistein , protège la levée du blocus de cette forteresse, et repasse le fleuve en présence des masses imposantes de Tarchiduc. Puis, à la suite d'une tentative téméraire pour enlever, avec quelques soldats, un détachement ennemi, dans la plaine de Neuwied, il se

trottve face à face avec plusieurs t)ataillons autrichieus. Déjà une partie de ses grenadiers a mis bas les armes, lorsque, rugissant de colère et leur moi^ trant leurs camarades que l'ennemi massacre quoique désarmés : « Vous voyez, s'écrie-t-il d^une voix )• tonnante, que vous n'échapperez pas à la mort »en jetant vos armes; reprenez*les donc et sachez » mourir comme de braves gens. » Rejoint alors par quelques centaines d'hommes et pouvant opposeï* huit cents baïonnettes à dix mille autrichiens, il recommence la luite et, après quatre heures d'un combat peut-être sans exemple, il reste maître du terrain.

Bernadette poursuivit l'ennemi jusqu'à Montal)aur ; et , après une série de brillantes opérations militaires, il atteignit les Autrichiens à Neuhoff, les débusqua des hauteurs de Visbaden, investit Timportante forteresse de Kœnigstein, traversa le Main, pénétra dans le pays de Darmstadt et marcha sur Wurtzbourg , où, le 8 thermidor, il rencontra l'aile gauche de l'armée autrichienne, commandée par le général Kray , qu'il délogea de toutes ses positions depuis Balzauzen jusqu'à Hemau.

Ce mouvement ayant porté Bernadolte à deux marches en avant de Tarmée de Jourdan, l'archiduc voulut surprendre cette faible avant-garde et, passant le Danube à Ingolstadt , à la tête de \iDgt mille hommes, il descendit le fleuve jusqu'à

"44 HISTOIBË DE JKMUDOTTE ,

^Uâfuâu. Cette manœuvre mM pour itteriHMfelit'^ r«vantoge de dégager «es 'derrières «t de1e:|)lft€ej* -en ftiee<de renoemi. *GependgÉnty aiiaiidoiiné à «es. )m)pi*e6 forées quiin'excédaienl pas huit iniiie>oeinbattants, il !$etrouvait en présence d'une arméeidc^ {trente mille hommes. Ioi>€omaieBce-une4ueaeBSÎOi» non interrompue de<£Offibals4ans lesquels Bernadotte déploya autaiUvd'habi4etc que d!auda«e.;Be er •Aombve sont k sanglante affaire de Teinangen, it^ (passage de la Pegnîtz,, les atfeaqu^de Nuremberg et'la jonction de*6oneoi*psavec Tarmée principale dont il était séparé depuis trois semaines. Cette ivtraite est un des beaux laits de guerre dont nos ai^ nales militaires se glorilient.

Réuni à Tavmée de Sambre-et-JMense, Bernadottr contribuai cliasser les AulTidiiens de Bourg *Eberadi, position qui fermait le passage aux >FrAnçai«^.

Le Main uue fois fi*anchi , rarmée de Sambre^el- Meuse manœuvra sur Wurizbourg alin de eouvrii* Francfort, fiernadotte devait se porter sur cette* place à la tète de deux divisions, loi^qu'une indisposition grave l'obligea de céder à un autre la direction de ce mouvement. Mais, informé de Técbec qui* Jourdau venait d'éprouver à Wurtzbourg, il cou- .rut se replacer à la tête de ses troupes, attendit Tennemi de pied ferme, et lui reprit Tartillerie en* levée la veille à Marceau .11 se dirigeait ensuite sur Altenkirclien iM>ur soutenir ce jeune et brave gêné-

CHAULES XIV. 45

ml, lmf9qm)ê\ afiprît que Mat'ceMi venait A'èU e frQp(>é motÊMeawÊÊi et que sa division était en 'pleine 'ro- Irute. A 4a vue i\u iiéms meurant sur im bran-* ord porté par quelques grenadiers : « ^Soldais, s'é- > orie Bemaddile, ce>n'e^ pas en fuj'ant que^vous le , MUmrneK à ^rennefui. » 'Quelques inphK tai<fl rarmée*répubHcaine avait ^^n un fie«K«pluB^ertoeiix capitaines, une de ses gloires les phi6 paves, tfarcrau était mort. L'armée Française opoa eminle sa retraite par le déHIé d'Aitenktrchon, et déboKcha ^or le Rbni aux environs de 'Goiogne. AiMs tout ileeours Ùe œs opérations, BernadoUe a«ail «déployé beaucoup 'de courage et de tulent; nais su -cendiiite .avait*eUe été aussi sage que brillante? Plusieurs écrimins militaires l'accusent d'à- \otr^ dans'ces mémorables ciroonstancos, compromis le soK <de d'année de Jourdanen faisant une pointe hMBrdeuse fuî J'e»gagea dans des opérations en dehors des.piié«isMns>du!plande cnm|urgne. Tontefois, il est )ineoatest4>le 'que , par sa résistanoeopi- BÎâtre ma. finroes supérieures de Torcthichic , Sernadotlc épai^gna<defilu8 grandsdésastres à Jourdaii et protégea la uretrake de son armée (i'). Et tel^le était «ans doute ^'opinion tdn Directoire, lor8qu<% vers la (in de celte campagne, il lui écrivaH : « J^i » République -est aceoulumée à voir trioiupluM*

(f ; Vair Ik fléméhvs 4e ;lomiliii et la Stralé^re Oii piÎBce Cliailes.

» ceux de ses défenseurs qui vous obéitisent. » Au mois de vendémiaire an V, BernadoUe courut lïxx secours de INeuwied, celte porte de l'Allemagne dont les Autrichiens avaient tenté de s'emparer et <|ui resta ouverte à l'armée républicaine. C'est à cette époque qu'il reçut du Directoire le comman* demeni de vingt mille hommes détachés de l'armée de Sambre-et-Meuse pour aller renforcer l'armée d'Italie. Il partit de Metz avec deux divisions, franchit le mont Genis au milieu de l'hiver et rejoignit le général en chef à Milan. Itonaparte attendait l'arrivée de ces troupes pour ouvrir la campagne de l'an V. Le jour fixé pour le départ du corps de Iternadotte, un de ses régiments refusant de sortir de Milan , sous prétexte que la solde ne lui a point été payée, il accourt au galop et, d'une voix terrible, il commande En avant. Le régiment s'ébranle, hésite et s'arrête de nouveau. Alors Bernadette saute de cheval, met le sabre à la main et, saisissant un grenadier : « Marche, lui dit-il, ou je te tue. • Cette fois encore sa voix imposa l'obéissance, la troupe se mit en marche; et les meneurs, placés sous bonne escorte en tète des divisions, furent livrés, humbles et désarmés, à la curiosité des populations italiennes.

Dès leur première entrevue, les deux généraux 41' Italie et du Rhin éprouvèrent cette opposition instinctive de vues, de principes et de sentiments

CHARLES Xiy. 17

qui les a toujours séparés* Rentré à son quartiergénéral , B^nadotte dit à ses officiers : « J'ai yu la » un homme de vingt-six à vingt-sept ans qui veut A paraître en avoir cinquante; cela ne me dit rien

> de bon pour la République. » De son cdté, Bonaparte parla avec quelque sévérité de la jactance méridionale de son nouveau lieutenant, auquel néanmoins il confia le commandement de son avantgarde. Bernadette allait, une fois encore, se trouver en présence du prince Charles, que le conseil aulique avait rappelé, en toute hâte, des bords du Rhin dans la Haute-Italie. Il passa la Piave et arriva sur le Tagliamento huit jours avant rarcliiduc. • Mes amis, dit-il à ses soldats au moment où ils

> allaient tenter cette opération ; mes amis , n'ou- » bliez pas que vous sortez de Tarmée de Sambret et-Meuse, et que l'armée d'Italie vous regarde. » Le Tagliamento fut franchi, et les Autrichiens^ repoussés des positions de Godroîppo et de Gradisca , se retirèrent derrière Tlsonzo^ Bernadette les suivit dans leur retraite, mais il rencontra, au passage du fleuve, une résistance qui lui coûta quatreà cinq cents hommes d'élite; et si Bonaparte n'eût aussi traversé risonzo, avec la division Serrurier, pour venir cerner la ville par les hauteurs de la rive gauche, il est douteux que la place eût capitulé (1). Quoi

(0 Mémairtê de SafoUon, t. i, p* 210.

tt HISTOIRE DI BSII?IADOTTE,

«pi'il «o Mil, B&mmAAie ooeapo MaunNom et la forteresse de Gradkca <léfendiie naguère ^^qmtr^ mille dès plus braves soldais de l'aivhkliie. Puis, néuni à Maaséna, il poursuivît le {pénéralisaiiD^ antrklikn dans les défilés de la Caraîole, passa les monts Léobeo , rejoignit Taraiée ^iiitîpale ^ prit uue part glorieuse à ceCAe rsfMde campague qui ooMkiisit les Français aux portes de Vîenae et couroona, par le traité de Cauipe-Fomiioy ks prodigieux irioof>hes de l'araiée dltaiie. A oelle occasion le directoire écrivait à Bersadotie : < U^ 9 prinee Charles a dû necoanallre, à Gradiaea, ce^ » lui dont il a souvent redoulé Taudace et f habileté » en Âilemagne. »

Après la signature des préliminairas de Léoben Beraadotte eomnanda le corps d'année laissé |Kir Bonaparte sur les frontières d'Allemagne, et fut provisoirement investi du gouvememeiit du Frioul et de TÉlat vénitien. Animés d'une haine profonde contre l'Autriche , les habîtanis de cm provioces proposèrent alors au général fiançais de former des bataillons, pour combattre cette puissance, éans l'éventualité d'une nouYelle rupture. Mais^si^hant que lewr pays allait passer sous la domîsaiion de FraAOoîs li, qui pourrait les punir crudleneat <k leur dé^DuemejMt i la France^ Bersadotte ii!aDBepta point leurs services, en taisant, néanmoins, le motif de son refus.

CKAftUtS XlY. i9

Au mois de frueUdor an Y , Bonaparte chargea BemadoUe d'aller préaeiiler au Direetoire les derniers drapeaux conquis su^ les Autrichiefis. On a prèle au f[i«éi al ea chef de l'ariaée d'Italie, la pensée d avoir voulu , dans cette circonstance, éloigner son lieutenant du théâtre des négociations, afin de lut dérober la connaissance de quelques articles secrets. Des historiens croient aussi que, pressentant la nécessité de diriger des troupes sur Paris, pour soutenir le gonvernement, Bonaparte craignait que Bernadotte ne s'opposât à ce mouYement prétorien. Quoi qu'il en soit de ces conjectures, Bernadotte arriva à Paris cinq jours ^ avant le coup d'État du 48 fructidor : auquel il refusa de concourir 9 parce que, disait-il , la cause de la République ne lui paraissait pas sérieusement coin* promise; et qu'il était de son < devoir de ne i)as » inôler un sabre de plus à celte échaufTourée déjà > trop essentieltement militaire. » Il alla même jusqu'à blâmer hautement tes adresses foudroyantes que le général en chef de T^irmée d'Italie avait fait signer à ses divisions contre tes projets libertkidts des clidiieBS (1).

A quels sentiments Bernadette obéissait-il en s*é levant contre l'intervention de l'armée dans tes affaires crvttesde l'État? Si son improbation eut pour

(I) Vohr pièces justificatives, n® «.

20 HISTOIRE DE BEBNABOTTE,

niolif réel le respect de la constitution , il fit acte de bon citoyen. Mais la conduite de Bernadotte était moins honorable, si , comme il est permis de le penser, elle ne fut provoquée que par Féloignement que les deux généraux éprouvaient déjà Tun pour Tautre. Or, au 18 fructidor, Bernadotte était un des plus . chauds partisans de la République, contre laquelle les clichiens conspiraient ouvertement. Il est donc fort douteux que la seule rigidité des principes lait empêché de se joindre aux patriotes qui voulaient étoufler les complots royalistes.

Rendu à l'armée d'Italie en octobre 1797 , Bernadotte insista avec énergie sur la nécessité de conclure la paix. Pour y déterminer Bonaparte il puisa ses arguments dans l'intérêt même de sa gloire. « Le Directoire, lui dît-il, est scandalisé du peu d'é- > gards que vous avez pour lui ; l'armée de Sambre- » et-Meuse vous est opposée; l'armée du Rhin est « persuadée que vous êtes la cause de la disgrâce » de Moreau, son chef; les royalistes savent que les » événements de fructidor ont arrêté leurs desseins, » et que ces événements sont, en partie, votre ou- » vrage ; les républicains vous observent ; ils sont ji devenus froids, même pour ce qui touche votre

» renommée Je vous le répète, faites la paix ;

»'car si vous avez des revers vous ne pourrez corap- » ter sur la moindre protection ni sur aucun secours : i»tous les partis s'en réjouiront. » Ce conseil était

CBARLES XtY. 21

diaméiralecoent opposé aux inteaiions da Directoire, qui, au contraire , exciiail Bonaparte à continuer la guerre et à fonder partout des républiques. Ce pendant , le 17 octobre 1797 , le traité de Campo- Formio , le premier conclu entre l'empereur et la république, fut signé à Passer iano.

A cette époque, Bernadotte était allé reprendre le gouvernement du Frioul et le commandement des troupes qiri formaient Tarrière-garde de Tarmée d'Italie. Mais, prêt à rentrer en France, Bonaparte prit des dispositions qui lui enlevèrent la moitié des forces qu'il avait amenées des bords du Khin. Ce fut là, pour Bernadotte, la cause d'un profond ressentiment. Il écrivit au Directoire, pour lui demander un commandement à l'Ile-de-France, une inspection d'inianterie , de l'emploi à l'armée de Portugal ou, enfin, sa retraite. Il adressa, en même temps, au général Bonaparte une lettre qui commençait par ces mots : <i Quoique j'aie à me plain- « dre^ je me séparerai de vous sans cesser d'avoir « pour vos talents la plus grande estime. » Le Directoire lui offrit alors le gouvernement des lies Ioniennes, cédées à la France par le traité de Cam* po-Formio. Peu de temps après il lui accorda le commandement en chef de l'armée d'Italie, dont Tintérim avait été confié à Berthier. Cette mesure déplut à Bonaparte, qui , sous le nom de son ancien chef d'état-major, espérait conserver toute son in-

32 HISTOUICDC mnBADOTTE,

flueoM 8or rsHTOiée tl'ItaïUe. Marâ, au moment où Bet'oadoitQ $A\ait prendre le commandemeiit des màxjf» 4e $00 prédécesseur, il reçut Tordre de se MAdrc à Vienne, comne ambassadair de la Répo- Jblîque. On ¥ouliit encore \o\t dans ce bms^fue changement l'œuvre de Bonaparte, cpûy pourmaintjenir Berihier à ht tète da Fartaée, aurait persiradé a» BîjreQtoire que Beroadoite était te seul homme capable de te représenter dignement à la cour de Fraviçots II; et d'empèeber ce prioce de reprendre lessdrmes, malgré les nouvelles attaques dirigées par Ut Franoe contre la Suisse et les États du pape.

Après avo>ir long-iemps liésité, Bemodotte partit pour Tienne le cœur plein de regrets et d'amertume; ee qui ne Tempôcha pas de maintenir Tétat de paix avec TAutriche, quoique, par l'occupation de Berne H la réunion de Mulhouse et de Genève à la République» le Directoire semblât prendre à tâche de provoquer cette puissance. Cependant , les habitants de Vienne ajiant célébré avec éclat l'aiiniversaire de Farmement des volontaires envoyés contre les Français, Bernadette, pour répondre à cette démonstration peu bienveilbnte , donna, le même jour, une fête splendide en l'honneur des \ictoires de la République, et arbora le drapeau tricolore sur la façade de son hôtel. L'apparition des couleurs révolutionnaires fut le signal d'une violente émeute. La populace pénétra dans l'intérieur de Thôld de

YnmàmBmàey êomt Bmriia^te et 969 officwn l'expol-

sèrent à coups de fusif. STais H s'attacTia ensufte â éteindre ce nouvel inceadie en ailéoiiaBl la gcavUé de Pimralte, éuis wn rapport officiel; et en een* seîtfanl au Directoire de se contenter d'une simple réparation, que l'empereur était disposé à faire à la France. Toutefois, quittant immédiatement la capitale de TAutriche, il se retira à Rastadt, pour y attendre de nouveaux ordres.. Alors, peu satisfait d'une modération qui contrariait sa politique, le Directoire nomma Bernadette à l'ambassade de Hollande; qu'il n'accepta point, alléguant son inaptitude aux fonctions diplomatiques.

Ce fut dans ces circonstances que Bernadotte revint à Paris , où il épousa mademoiselle Désirée Clary , quatrième fille de madame veuve Clary , et belle-sœur de Joseph Bonaparte. Celte jeune personne, précédemment destinée au malheureux général Duphot, mort dans l'insurrection de Rome, habitait Paris avec sa sœur et son beau- frère à répoque de la campagne d'Egypte. Joseph demanda sa main pour Bernadotte, qu'il voulait attacher aux intérêts de la famille Bonaparte, et le mariage fut célébré le i6 août 1798, dans son hôtel de la rue du Rocher (1).

(1) Oa lit à ce sojet , dans les Mémoires de Napoléon, t. i , p. 210 : « Si Beroadotte a été maréchal de France > prince de Poote-Corvo et roi ,

24 HISTOIRE nil BBRNADOTTE,

• c'est oe mariage qui en a été la caote. Napoléon jngea coBveMble de

* faire la belle-fiœar de Joseph princesse et reine. Son fils Oscar, prince » de Sadermanie, est filleul de Napoléon. On attendit , ponr le baptiser, » son retour d*Égypte. Il le nomma Oscar, parce qu'alors, il lisait avec

» intérêt les poésies d'Ossian Les écarta du prince de Ponte-Corvo

» pendant l'Empire, lui ont toujours été pardonnes à cause de ce mariage >»

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