‹ Histoire de Bernadotte Charles XIV. Jean roi de SuèdeChapitre 33 sur 69 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ré»Dasé de la Yîede Bernadette jasqirà son arrivt^c 6 Stralsiind, en 1813.

— Loois XVIII lui Tait faire des ouvertures. — Ses prentiers rapporta avec rancieone dynastie. — La cour de Suède est le dernier refuge de la légitimité. — Mission du duc de Pienne auprès du prince royal. — Corrf'spondance de c«t agent avec Bernadotte. — Lettre de co dernier.

— Il {.ortc dans son cœur la famille royale.— Cette négociation occnltd est interrompue pai les événements. — Mission dn comte de Bouille. — Entrevue avec Bernadette , et enthousiasme de ce prince pour les Bourbons. — Les mêmes fonts baptismaux. — Désappointement de M. de Bouille, au grand quartier-général des alliés. — Lettre de l'empereur Alexandre au prince de Condé. — Retour en Angleterre. ^-Lettre de Louis XVllI à Bernadotte, et instructions données au comte de Bouille.

— Retojir de ce négociateur sur le continent. — Voyage mystérieux. — La cassette de Bernadotte. — Déception.

Nous avons parcouru Irenlc-deux années de la rie de Bernadotte. Depuis le jour où il quitta les vallées du Béarn, le sac sur le dos, pour s'aller asseoir, vingt-neuf ans plus tard, sur les marches d'un trône byperboréen , nous n'avons rien omis,

T. II. i

2 HISTOIRE DE BERNADOTTC,

rien altéré de tout ce qu'il y a de bien ou de mal, de périssable ou d'immorlel , dans l'histoire do cet homme extraordinaire.

Soklat de la liberté, Bernadotte devienl tout à coup un grand capitaine, et partage les incomparables triomphes de nos phalanges républicaines; ministre du Directoire, il se montre plein d'activité, de ressources et de génie : sans être exemple de quelques taches, cette première phase de sa carrière se recommande par des qualités brillantes et de belles actions.

Général du Consulat, la gloire de Bernadotte est obscurcie par un esprit de mesquine opposition, que n'expliquent ni la dignité d'une conviction profonde ni h fierté d'un principe. Les fitctieux de tous les partis se groupent autour de lui, parce qiu'ils le savent dévoré du besoin d'être le premier entre tous, et de fonder sa popularité sur des intrigues. Il s'offVe tantôt aux amis, tantôt aux ennemis du* gouvernement nouveau , non que Tanarchie ou le- despotisme choquent sa conscienee, mais parce que, pourvu qu'il agisse, il est prêt à agir pour tout le monde ; parce que toute supériorité lui est un tourment, et que, chez lui, l'orgueil seul est oprniàtpe,

Maréciiat de France et prince de PoMe-Coi*vo , son individaaiîsjBe devient, en quei<pi6 sorte, plas réglé et plus silencieux ; il senble se replier sur JDÎHBéme, pour se répandre ensuite sur l'Eupope

entière. Cependani, l'drdeur de ses inslinels jaloux se dépense en frivoles querelles, en puériles inquiéUfedes, et, alors, son amour- propre irrité a les efleis de la bai ne, et présente quelquefois les caractères de la trahison. Ce guerrier, puissant par . son génie militaire, ses talents administratifs et son courage^ est Tesclave des plus étroites rancunes ; ii se bat en héros et boude comme un écolier , se plaint comme un sous-lieutenant; il gagne des batailles, est toujours prêt à répandre son sang pour le dieu du Capitole, et a toujours Tair de le trahir. C'est que, toujours humilié de la gloire d'autrui, sa fortune et sa renommée ne sont jamais au niveau de son ambition.

Toutefois , celle seconde époque de la carrière de Bernadotte, est marquée par des hauts iaîls et d'utiles services rrndusà la France. Elle co«nprend le commandement en chef de l'armée du Hanovre (1805), où il se montra audacieux, habile, intègre f la campagne d'Austerlilz , à laqueUe il prit une port glorieuse; la campagne de Prusse, oit on le vil racheter ses fautes d'Auerstaedt , i)ar les magnifiques ' faits d'armes de Halle et de Lubeck; la eampi^no de Pologne, où il contrilMa puissammeftt à vaincre les Rifêses ; le gouvernement des villes ansé-aliques ^ dans lequel il dëfdoya autant cte modéra^ tion que d'haUlelé^ enûs, la campagne d'Autriche ( i809) qui eût souieftu et ^ peut-être, acci^i sa

4 HISTOIRE DE BEUNADOTTE ,

répulation militaire, s'il y eût commandé à déplus braves soldats.

Sans doute , ces belles actions sont déjà ternies par des actes d'égoïsme; mais ce n'est là encore que de la fragilité humaine, qu'efTace l'éclat d'une grande gloire. Jusqu'en i810, la renommée de Bernadotte appartient tout entière à la France qui le compte, avec orgueil, parmi les plus illustres vétérans de ses immortels bataillons. Mais, à daier de 4840, Bernadotte se succède à lui-même; il entre dans l'histoire générale de l'Europe, et sa vie ne se rattache plus qu'aux souvenirs de nos désastres. A peine arrivé sur le sol Scandinave, il ne reste plus, du capitaine de la République, du Consulat et de l'Empire, qu'un prince suédois livré, sans défense et sans frein, aux inflrmités d'une nature vulgaire et d'une ambition délirante à laquelle ii donne pour but l'abaissement de la France, qui l'ùleva si haut. Et qu'on ne dise pas que ce sont là les accusations d'un nationalisme étroit, et qu'au lieu d'amoindrir la renommée de Bernadotte, nous de- ' vrionshonorer dans ce roi-soldat, une des illustrations de nos grands jours. A nos yeux , nous l'avouons, un citoyen , quel qu'il soit et dans quelque situation qu'il se trouve^ n'acquiert jamais une gloire légitime en combattant contre sa patrie. Méconnu, persécuté par elle, il peut briser ses armes; mais les porter dans le camp ennemi , c'est toujours

un crime. Et Bernadottc ne fut jamais méconnu ni persécuté par la France!

Tels étaient les précédents du prince royal de Suède, lorsqu'il arriva à Slralsund, à la tète d'une armée ennemie; moment décisif, qui va résoudre, pour sa mémoire, le problème de l'avenir.

Alors il ne restait plus rien des ressorts qui avaient atiaché Bernadette à son ancienne patrie, et son caractère personnel inspirait assez peu d'estime |}our que toutes les ambitions fondassent de grandes espérances sur sa vanité. Le comte de dille (Louis XVIII) fut le premier à exploiter le côté faible de ce prince, et nous devons exposer ici , avec quelque étendue, les rapports qui s'établirent entre le fils de saint Louis et le soldat républicain , parce que ces détails sont propres à faire connaître les sentiments de l'Europe, en 1842 et 1843, sur le rétablissement de la monarchie des Bourbons.

L'avortement de toutes les conspirations royalistes essayées sous le Directoire; les résultats du 3 nivôse; l'issue des maladroites propositions de Mittau et de Londres , faites par le prétendant au magistrat suprême de la république ; la mort tragique du duc d'Engbien ; le dénouement du procès de Pichegru et de Moreau ; enlin, l'insuccès de quelques ouvertures timidement hasardées, par la cour de Prusse (4), en

{%) Voir pièc^'s jastificatives y n** 1.

a HISTOIRE DE BEBNUDOTTE,

feveur de la royauté proscrite : toutes ces circonstances semblaient avoir enlevé aux Bourbons l'espoir de remonter sur le trône de leurs pères , du moins par un mouvement dans l'intérieur. Au dededans, la ressource des conspirations paraissait épuisée, et la nouvelle dynastie, forte des suffrages de (|uaire millions de Français, vieillie par cinquante victoires et déjà appuyée sur un rejeton impéi^âl, défiait les orages. Au dehors, une seule lête couronnée était assee hardie pour prendre encore la défense des Bourbons, et ce champion delà légitimité vaincue était Gustave IV, l'homine du monde le moins propre assai*ément à sfaàre triompher leur cause, ou une cause quelconque (1). Cependant, humiliée, abreuvée -de dégoûts dans toutes les cotnrs, successivement éopnduite de tous les lieux où sa présence déplaisait à Napoléon , l'émigration avait reporté ses dernières espérances vers la Suéde. Stockolm était le seul lieu , en Europe, où Ton professât encore le culte de la succession héréditaire en France, l'unique asile où Ton daignait entretenir, tant bien que mal, les illusions des princes détrônés. C'était à Stockholm que les fidêies venaient pleurer sur l'ingratitude et la démoralisation de tous les autres souverains, et les promoteurs de contre-

Ci) Voir chapitre VIU, tome I.

CSAItLES X1T, 7

TévoIutioQ, s'entreleDir la main. C'était aussi «dans rarmée suédoise que, dès 1806, M. le duc d'Orléans avait aoeeplé ia nîssion de combattre pour ia défense de Tanitel et du trône (i).

L'élection de Bernadotte fut donc un coop de foudre, pmir des prinoes réduits à l'impuissante revendication de leurs droits héréditaires. « Mi»n malbeu- » reux ami, te roi de Suède, écrivait Louis XV III (2), » est vengé de la criminelle ingratitude de ses sujets

(1 ) On lit 4am les Mémoires de Fauche-Borel : « Le roi de Suède daigM me dire : « Portez an comte d*Artois le désir que j'ai de voir arriver dans

> mon armée les docs de Berri et d'Orléans , auxquels je donnerai on • conmandenient efftetif sous le mèon dnpeaii; ce 4|ai faia ceasar las ca- » lomoies de ceux qui prétendent que le duc d^Orléans voudrait usurper

> la couronne. » Nous airivàmes à Londres dans les premiers jours de janvier 1896. Son Altesse Royale M. le comte d*Artois reçut avec on plaisir mêlé d'entfaoïisiasne, Tiiivitaftion que je lui portais h nom de Sa Majesté le roi de Soède. « Mon cher Fauche, me dit -il , allez cliez le duc de » Berri et chez le duc d'Orléans; faites-leur part vous même des propo- » sftions du roi ; Je suis assuré de tout Tempressement qu'ils mettront

» l'on «iTaotre à at raodœ anx vonx de Sa Hhgenté. » J 'amis été

deux fois chez le duc d'Orléans sans le trouver. Il me douna rendez-^ous chez le prince Horemberg, ambassadeur d'Autriche : j'y allai, et je trouvai M. le duc d'Oriéans.lt me remercia beaocoap de mon zèle poor la cause géaéraâe, et, de aiêmftqiie ledacde Berri, ilse montra animé do désir sinoôre d'aller témoigner sa reconnaissance au monarque généreux qui l'invitait à Tenir le joindre au champ d'honneur. Le dépait des princes était décidé, leurs équipages venaient de se mettre en roate , eux-mêmes étaient à la ▼eilSe de s-entrarqner, lorsqu'une triste novvelle , arrivée du continent , suspendit ces réaoltttioiis. » — Cette fritte nouvelFe étuit celle de la paix de Ttlsitt.

(2) 11 septembre ISIO.

» par l'élection de Bernadotte, et, en proposant lui-

9 même un pareil successeur , le duc de Sudermaj nie a mis le dernier sceau à son infamie. • De son côté, Gustave IV, que nous verrons plus tard féliciter Charles-Jean sur son avènement au trône, écri\ait a sa mère, que la nation avait fait choix d'un successeur au trône, qui déshonorait le nom suédois; ot, à Charles XIII (1), qu'il ne l'importunerait plus de ses affaires particulières, ne voulant plus avoir de relations avec un malheureux pays qui était maintenant l'objet de son mépris et de sa pitié. Cependant, les désastres de la campagne de 1812 changèrent cette disposition des esprits, et la cour de Stockholm fixa de nouveau les greards du |>arti royaliste. Mais, avant de se commettre avec un soldat parvenu , l'orgueil de race voulut procéder avec ménagement, et il ne fallut rien moins que les supplications de la petite cour d'Hartv(rell(2), et les ordres de son roi, pour déterminer le prince de Condé à écrire à Bernadotte. Moins intelligent et moins maniable que Louis XVIII, ce prince éprouvait une invincible répugnance à qualifier de cousin le sergent de RoyaU la -Marine,

(1) 11 septembre 1810.

(2) Od sait qu'après avoir été forcé par l'Autriche de quitter le camp (lu prince de Condé, 'le prétendant te retira à Blanlienbourg, et puis en Angleterre , cù il fixa sa résidence au ctiAteau d'Hartwell dans les environs de Londres.

CHARLKS XIV. 9

dans lequel il ne consentait qu'à veir un capitaine distingué. Toutefois, après beaucoup de négociations, d'allées et devenues, de notes et de contrenotes échangées entre les conseillers de Louis XYIII et le héros récalcitrant, sur la question de savoir jusqu'à quel point les héritiers de soixante-neuf rois pouvaient accepter pour frère un soldat couronné , il fut convenu, qu'avant de hasarder aucune ouverture directe, un agent délié serait chargé de sonder les dispositions de Bernadette, mais sans autorisation apparente de la part des Bourbons.

Cette mission fut confiée au duc de Pienne (devenu depuis duc d'A^umont), qui, avec un esprit médiocre, joignait beaucoup de finesse à beaucoup d'expérience, et avait assez de tact pour ne pas compromettre la majesté royale. Ancien gentilhomme de la chambre sous Louis XVI, le duc de Pienne, qui avait fait tes campagnes de 9t2 dans l'armée de Condé, de 93, de 94. et 95 au service de l'Espagne (qu'il ne quitta que lorsque les événements politiques forcèrent le cabinet de Madrid à renvoyer les émigrés français), devait se prévaloir de ses précédents pour justifier, aux yeux âe Bernadette, l'initiative qu'il prenait dans l'intérêt des princes légitimes. Il devait aussi s'appuyer sur l'honneur qu'il avait eu de suivre deux fois Gustave IV en Poméranie. Quant à sa présence actuelle en Suède, le noble duc l'expliquerait par l'impossibilité où quelques

dettes, contractées en Angleterre, à une époqae où Ton ne prévoyait pas les suiles de la révolution, le mettaient de résider auprès de son maître. Enfin, il avait été jadis tacitement reconnu comme tnini»tre de Louis XVIII à la cour de Gustave IV ; foimh Hons d*wte telle insignifiance qu'il les avaU aceeplées sans ûmifële. D'ailleurs, ce secret n'était fxmnu que du baron d'Ebrnheim , présîdem de la chancellerie. La moit de son ami, le comte de Fersen, avait ensuite engagé le duc de Pienne à se retirer du service diplomatique, pour remplir , auprès de la sœur désolée du malheureux comte, les deveirs de Vamitié. Enfin, dégoAté du grand monde , il n'a^t regretté qu'une seule fois d'être rentré dans ta retraite, et c'était lorsqu'il avait vu Son Altesse R^ale, Chm*ies-lean , prête à remporter de nouvelle victoires. A cette époque, il aurait voulu pov voir solliciter la grâce de comhattre sôus les ordres ée ce grand capîtatne, pour rentrer ensuite dans Tasiie que lui accordait V amitié.

Après avoir expliqué de la sorte Sa position présente, le duc de Pienne devait aborder timidenient les grands intérêts qui l'arrachaient aux diarmes de la retraite, mais seulement après avoir juré qu'il agissait de son propre mouvement , et que son malti'e ignorait la démarche qu'il osait tenter an- . près du frincc royal de Suède. Toutefois, il confierait à Bernadotte, en s'accusant luinmême d'indis-

CHARLES \IV. Il

crétîan, qu'une personne honorée de la conHance do roi de France lui avait récemment écrit , pour hi demander s'il connaissait les opinions de Son Allesse Royale sur la famille des Bourbeos; et qu'il avait répondu , qu'ayant des preuves de sa grandeur d'AflM et de sa justice, il ne doutait pas de ses sentimenls particuHers , mais que, si Ton voulait qu'il se déclarât pour la cause de Louis XVIII, il était trop nouvellement arrivé en Suède pour pouvoir se prononcer piit>Kquemeiit, avant que les autres «abinets eussent manifesté leur voton;té (1).

Ces pr^écaulions prises, le «duc de Pienne, se phe çâiDt devant les désastres de l'armée de Russie, devait rmBfmtter dans éleux hypothèses : celle «on Napoléen trouverait la mort au milieu des combats, et celle on ce monarque tomberait vivant au pouvoir du vainqueur. Dans ie premier cas, et d'après l'esprit 4* opposition qui existait en France, la succession Ml tr6ne était trop nouvellement établie pour qu'on put lacrmre assurée, et, d'aiile»rs, le lempsdes régences ne fut-il pas toujours celui des factions ? Dans ie second eas^ la France ne serait pas moins à piaiodre, puisqu'il lui faudrait un gouvernement profTisoire qni , par sa nature, ne pourrait avoir aucune durée. Qui sait même si , a l'instigation des autres pvissances, le vainqueur ne retiendrait point

(1) Voir pièces jnsfificatîTes, n* 2.

i2 HISTOIRE DE BERNADOTTE,

un prisonnier aussi important pour lui , et dans la parole duquel il ne pouvait placer aucune confiance? Or, dans une situation si voisine de Tanarcbie, le prince royal de Suède ne pensait-il pas qu'il existait un moyen de rendre le bonheur à la France, et d'assurer la paix à l'Europe : celui de rappeler sur le trône une famille qui avait régné tant de siècles? Les droits des Bourbons ne iK>uvant être contestés, feraient cesser toute prétention étrangère; un gouvernement paternel succéderait à un gouvernement tyrannique, et consoliderait la tranquillité du monde. L'Europe entière devait s'intéresser à ce nouvel ordre de choses, qui lui assurait une paix durable. Sans doute, la réalisation de ce vaste projet nécessiterait le consentement de toutes les puissances belligérantes, mais ce résultat était-il impossible à obtenir? Quant aux Bourbons, ils ne douteraient pas du succès, s'ils voyaient ce grand plan adopté et dirigé par un prince connu par ses victoires, sa magnanimité, ses grands talents et ses titres à la confiance de tous les souverains.

Tel était l'esprit des instructions données par la cour d'Hartwell à l'agent royaliste. Cependant , pour n'éveiller aucun soupçon et n'inspirer aucune alarme à Bernadette, le duc de Pienne devait faire de tout cela l'objet d'une lettre confidentielle, qu'il adresserait au prince royal, du château de Loefsta, près d'Upsala, où il résidait alors avec la sœur éplo-

rée du comte de Fersen. Cette lettre, datée du 13 décembre 1812, fut écrite, en effet, au prince rojal qui y répondit le 6 janvier suivant :

t Monsieur le duc de Pienne , j'ai lu avec beaii- » coup d'intérêt votre lettre, et, bien que son con- » tenu m'ait extrêmement touché, il me semble que » ce n'est pas encore le moment de s'en occuper ; - » mais je n'en conserve pas moins la volonté de » saisir les occasions que les événements offriront,

> pour prouver aux personnes auxquelles vous • vous intéressez, toute l'étendue de mes senti -

> ments.

» Recevez, Monsieur le duc, etc.

* ClI.\nLES-JKAN. »

Cette lettre, aussi explicite que le comportaient la position du prince royal et l'incertitude des événements, fut portée au duc de Pienne, par le comie de Montrichard attaché au service de Bernadette. Cet officier était chargé, de dire au duc de Pienne que Charles -Jean portait toujours dans son cœur l'auguste Tamille des Bourbons; qu'il était Béarnais , et qu'il ne pouvait oublier les descendants d'Henri lY; qu'il voulait les servir de tout son cœur, mais que ce serait leur nuire que de se déclarer pour eux dans ce moment ; qu'il fallait , pour cela, qu'il eût remporté une ou deux victoires en Allemagne, et qu'alors, ayant une force suffisante pour dicter la loi, il se prononcerait. « Dites au

i4 HISTOIRE BE BfiRNABOTTE,

» duc de Pienne^ avait ajouté le prioce royal, qu'il » fasse connaîue à son maitre ma façon de peaser , » et qu'il lui mande qu'il peul compCev 8«ur moi; » mais qu'il doit, en attendant cette époqiAe, qui » peut-^pe n'es)6 pas éloignée, agir de son cdté el » tacher d'augmenlev soik parti en France; qdiejene * » verrai jamais d'un mauvais œil, et que je ne ferai » rien pour conijrarier ce qui sera fait, pouroeid, » lorsqu'il en sera temps (1). »

Ce succès , aussi complet que les royalistes pussent l'espérer à une époque où nulle part on ne songeait au rétablissement des Bourbons, el où les espérances les plus exaltées des ennemis de l'Empire, n'allaient pas au delà de Tabdication de Napoléon on faveur de son Cls , ce succès combla de joie le duc de Pienne. Le 16 janvier 1813, il écrivit à Bernadoite que la réponse qu'il venait de recevoir de Son altesse Royale, et surtout T ineffable b^nlé qu'elle avait tue de la loi faire remettre par le cofltle de Montriehard, dont le dévouement à la famille royale de Frasce lui était connu depuis lon^r^nips, renr* plissaient son âme d'admiraiion et d'espérauce (2). Quelque» jours après, on voit le négociateur d'Hartwelt demander au prince royal d'admettre auprès de

(1) Lettre da dac de Pienne au comte de Blacas, Loefstai fO/ao* ver 1 Star.

(2) Voir pièses jnetificatiTes, n« 3.

sa personne le comte de La Ferronnays , chargé , par Louis JLVIII, d*une mission parliculière qu'il ne peut remplir que de vive voix (i). Enûn, au moment où Bernadette allait quitter la Suède, pour se renare aux vœux ck$ mations qui allendaient de lui leur délivrance, led^ic de Pienne sollicitait ardemment la grâce de suivre le héros sur les champs de la gloire y promettant de rester aveuglément soumis aux ordres que Son Altesse lui avait fait donner (2). Là , cependant , parurent s'arrêter les rapports de Bernadotte avec la famille des Bourbons. Le rêve de la captivité de Napoléon, objet de tant de spécu«latîons coupables, s'était dissipé, et, avec lui, les plus chères espérances de ses ennemis. L'Empereur était rentré à Paris où sa présence, son génie et sa prodigieuse activité avaient improvisé une armée formidable, rassuré la France et maintenu, par la crainte, les projets des conspirateurs de tous les ptriis. PersoBua en Europe ne voulait alors du retour de l'ancienne dynastie, et Bernadotte moins ^e personne. Mais il convenait à sa haine contre Napoléon, de flaiter toutes les espéranises et de n'é* tottffer aucun germe de conspiration. D'ailleurs, ce! sisMlaere de protection accordé à une royauté de huil siècles, lui conciliait les vieilles aristocr^

(f ) Toir pièces justificalnres, n* 4.

(t) V«ir fîtes jualiicatiTei, a» 5.

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