vicario Jesu Ghristi, qui me magicum non tantum suspicari
sed affirmare soleat..., quod Virgilii libres legerem seu legissem. »
4. Rerum Senilium lib. I, ep. 3, dans Petrarcœ Opéra, éd. Bas., 1&54, t. II, p. 817. C'est le patriotisme italien qui anime surtout Pétrarque dans cette guerre acharnée contre la papauté d'Avignon, mais la rancune de l'homme de lettres, blessé dans son amour-propre, y entre aussi pour une certaine part. Lorsqu'il fut question en 1352, grftce aux démarches de deux cardinaux français. Gui de Boulogne et Talleyrand de Périgord, d'appeler Pétrarque aux fonctions de secrétaire apostolique, on demanda un modèle au grand humaniste et on lui donna un sujet. La manière dont le chantre de Laure traita ce sujet ne fut pas goûtée. On trouva, à tort ou à raison, son style un peu trop savant, et Pétrarque ne fut pas nommé. « Unum obstare dicebatur quod mihi altior stilus quam Romanœ ecclesiœ humilitas postulabat. » Epist, ad
autant que personne celui qui fut, avec Dante, la plus haute illustration de Tltalie au quatorzième siècle; r&me d'élite qui vécut de poésie, d'amour et d'étude, dans un siècle de désordre et de violence ; l'humaniste éminent qui joignit, l'un des premiers, la délicatesse du goût au culte passionné des lettres antiques ; l'ardent patriote qui se consolait des malheurs et des hontes du présent en rêvant le retour des beaux temps de la république romaine. Toutefois on ne peut rapprocher par la pensée l'amant de Laure du pape, sur qui il a essayé de jeter une teinte de ridicule, sans voir aussitôt de quelle hauteur morale la simple vertu domine même le génie : Pétrarque ne fut qu'un grand poète, Innocent YI fut un saint. Ce saint, il est vrai, aima trop la France sa patrie, et c'est un tort que les écrivains d'au delà des Alpes ne lui ont pas pardonné. Mais n'était-il pas, après tout, dans son rôle de pape en prenant la défense d'une nation vaincue 1 II faut dire encore pour son excuse, et c'est là un fait important négligé jusqu'ici par les historiens, que le jour où sa résidence à Avignon lui parut
FamiLj 1. ziu, cp. 5. — C'est à la fln de cette même année 1352 que les cardinaux de Boulogne et de Périgord, chargés de juger Colas Rienzi, le renvoyèrent absous, en faisant valoir ce considérant qu*il ne fallait considérer le fameux tribun que comme un po^te (EpUl. ad Famil,. éd. Fracassetti, vol. II, p. 238). Quelle large et haute ironie, et comme, en se montrant sévère pour Thomme politique, on trouve spirituellement le moyen d*étre indulgent pour les généreuses intentions du rêveur I Comme on sent errer sur les lèvres de ces cardinaux du quatorzième siècle, au moment où ils prononcent ce jugement, ce qu'il y a eu de plus grand dans le génie grec, le sourire du divin Platon 1 Et pourtant la passion aveugle tellement l'admirateur de Rienzi qu'il fait semblant de ne pas comprendre le sens caché d'un tel arrêt. « Colas Rienzi, écrit-il à un de ses amis, lit tous les poêles, mais il n'est pas plus poète qu'il n'est tisserand. • (/6id., p. 240.) En cette circonstance, il faut bien le dire, si c'est Pétrarque qui connaît le mieux la lettre de l'Antiquité, ce sont les juges de Rienzi qui en ont l'ftme.
faire obstacle à son indépendance et nuire à Taccomplissement de ses devoirs, Innocent YI résolut de reporter le saint-siége à Rome; la mort seule Tempécha de mettre ce projet à exécution ^
Non content d'agir auprès de l'Empereur, Innocent YI avait écrit au prince de Galles, aussitôt qu'il avait appris isa victoire, pour l'exhorter à la clémence envers les vaincus*. Il avait donné à ses deux légats, les cardinaux Élie de Talleyrand et Nicolas Capocci, l'ordre de se rendre à Bordeaux auprès du vainqueur de Poitiers, leur enjoignant de ne quitter cette ville qu'après avoir obtenu la suspension des hostilités. Si le jeune Edouard, au printemps de Tannée suivante, trois semaines environ avant de s'embarquer pour l'Angleterre, consentit à signer avec le roi de France une trêve de deux ans, ce fut sur les pressantes sollicitations du souverain pontife, et, comme on lit dans le texte, « pour la révérence de Dieu, de notre Saint-Père et de la sainte église de Rome'. » Dans chaque province, des chevaliers furent institués par les deux partis pour faire observer cette trêve ; ce furent, en Normandie, du côté du roi de France, les seigneurs de Hambye, de Marcé et d'Argouges, Henri de Thiéville, Robert de Clermont, le Baudrain de la Heuse
1. Le 28 avril 1361, Innocent VI écrivait d'Avignon à l'empereur Charles IV: «Quodjamdudum cupivimus et ad prœsens solito niagis nostr» mentis deliberatio in hoc proposito persévérât, ut locus ille sedis apostolie» famîliaris et proprius, in quo summorum apostolorum glorificatus eai exitus, in quo gloriosissima corpora illa quîoscunt, in quo, divina disponente clementia, stabile fixit fldes catholica fundamentum, post tôt 4innoruni decursum, nostris tandem temporibus sui prœsentia prœsidis încolatur. » Thés. AntcdoL, t. W, col. %& et 947.