‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 135 sur 286 · V. le n* zii des pièces jusliflcatives · texte numérisé non relu

V. le n* zii des pièces jusliflcatives

croisière, six mille neuf cent quarante livres parisis*. Que, dans des conjonctures aussi critiques, on ait perdu de vue une forteresse de Textrême frontière comme Pontorson, et négligé de payer les gages du capitaine et des soudoyers, on ne saurait s'en étonner. Mais Bertrand ne reculait devant rien quand il s'agissait de faire délivrer à ses gens d'armes des sommes qui leur étaient dues.

A la fin de mars ou dans les premiers jours d'avril 1358, il alla trouver le régent qui se trouvait alors à Provins où les États de Champagne avaient été convoqués *. Il se plaignit du retard que Ton mettait à solder la garnison placée sous ses ordres, menaçant de licencier ses soudoyers si on ne s'acquittait envers eux. Ces réclamations étaient tellement fondées et le capitaine de Pontorson les présenta avec tant d'énergie que le régent s'empressa d'y faire droit. Par acte daté de Provins, le 12 avril 1358, le duc de Normandie manda à ses généraux élus de payer et faire payer sans délai sur les subsides établis au diocèse d'Avranches l'arriéré de la solde due à du Guesclin et à ses gens d'armes « de telle sorte que par défaut de payement ils ne quittent le pays et que pour ce le dit chevalier ne revienne se plaindre à nous, et ce ne laissez en aucune manière. » On voit que l'injonction est conçue dans les termes les plus pressants, comme si le dauphin eût craint que Bertrand ne

1. V. le n" XIII des pièces justiflcatives. Cette pièce inédite est remplie de détails curieux sur le personnel et le matériel des trois principaux types du navire de guerre au quatorzième siècle, le galiot, la galée et la galiote.

2. Arrivé à Provins, le jeudi 9 avril, le régent en serait parti le mercredi 11, s'il fallait ajouter foi au témoignage du rédacteur des Grandes Chroniques (t. VI, p. 102), dont le récit est d'ailleurs presque toujours, en ce qui concerne les faits et gestes du régent pendant cette période, d'une exactitude vraiment merveilleuse. La date de notre mandement prouve que le régent était encore à Provins le 12 avril.

DU GUESCLIN, CAPITAINE DE PONTORSON. 28a

quittât son service^ au cas où elle n'aurait pas été suivie d'effet. Ce mandement, que nous signalons ici pour la première fois S est donc très-important, non-seulement parce que c'est le second en date des actes directement relatifs à du Guesclin que nous connaissions, mais encore parce que le futur connétable y apparaît déjà tout entier tel que l'histoire et la légende nous le montrent, à la fois l'idole des gens de guerre et le protecteur des populations des campagnes. Comment les soudoyers de Pontorson n'auraient-ils pas adoré un capitaine qui ne reculait pas devant un voyage de Bretagne à Provins pour réclamer l'arriéré de leur solde? Mais aussi qui ne voit que, si Ton entreprend une chevauchée de quatrevingts lieues pour obtenir le payement des gages de ses compagnons d'armes, c'est qu'on ne leur permet pas de vivre sur le pauvre peuple ?

Le régent, bien résolu dès lors à engager la lutte contre Marcel et ses partisans, garda- t-il auprès de lui un chevalier dont il appréciait la bravoure pour le comprendre dans l'armée qui assiégea Paris du 29 juin au 31 juillet; ou le capitaine de Pontorson, une fois le but de son voyage atteint, regagna-t-il immédiatement son poste? En supposant, comme il semble plus probable, que Bertrand retourna en Normandie, prit-il part aux opérations militaires dont le Dessin, occupé en grande partie dès les premiers mois de 1357 par les Anglo-Navarrais, fut alors le théâtre? Assista-l-il notamment à la reprise de Fontenay-le-Pesnel', à celle du château de CreuUy *, d'où, le dimanche 29 juillet, Richard, seigneur

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