Chroniques de Jean le Bel, t. II, p. 257 et
Mais le roi d'Angleterre a compté sans la sagesse précoce, sans Faclivité vigilante du régent Charles qui, quoiqu'il manque à la fois d'hommes et d'argent, est parvenu néanmoins à mettre toutes les places en si bon état de défense, qu'après une expédition de quatre mois l'envahisseur n'a pas réussi à prendre une seule forteresse de quelque importance. Il a compté aussi sans l'héroïsme de nos paysans qui opposent aux agresseurs le courage du désespoir et se battent comme des lions. Non- seulement les villes fortifiées comme Reims, mais de simples églises de village, entourées à la hâte de fossés et de palissades, tiennent tête à des milliers d'ennemis'. Le duc de Normandie peut revendiquer une part d'autant plus belle dans ce résultat, qu'il a dû faire exécuter en beaucoup d'endroits les travaux de défense malgré l'opposition des seigneurs locaux. A Reims, par exemple, l'archevêque Jean de Craon, dont on avait entamé le château pour compléter les fortifications de cette ville, ne rougit pas d'intenter pour ce fait aux habitants un procès qui durait encore en 1363 '. Grâce à ces mesures , les Anglais rencontrent presque partout, excepté en rase campagne, une résistance à
1. Les habitants d'Arpajoiij réfugiés dans leur église convertie on forteresse, résistèrent pendant une semaine à tous les assauts des Anglais. ■ Postquam idem rcx (Angliœ) et ejus geotes per septem dUs stctcrant ante fortalicium predictum, illud hostilitcr et viriliter invadendo. » Arch. Nat, sect hist., JJ 89, n* 458. — Les paysans de Boissy-sous-Saint-Yon (Seine-et-Oise, arr. Rambouillet, c. Dourdan) et des environs, retranches aussi dans l'église de ce village, ne se défendirent pas avec moins de vigueur; il fallut employer la mine pour avoir raison de leur résistance, et le vainqueur les rançonna à trois mille moutons d'or. JJ 00, n* 637.
2. L*arrét rendu par le Parlement sur cette aflairc, le 8 avril 1363, parait avoir échappé aux recherches des historiens de Reims et môme de Varin. Cet arrêt énumère toutes les mesures prises, malgré Tarchevêque, par Gaucher de ChAtillon, nommé par le régent capitaine de Reiras, pour mettre cette ville en bon état de défense. Ibid., sert, jud., X** 17, f* 87 v*.
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laquelle ils étaient loin de s'attendre. Devant cette énergie passive, le vainqueur doit s'avouer vaincu à soa tour, vaincu dans son insatiable avidité de conquérant. La tempête, qui éclate sur ces entrefaites aux environs de Chartres, vient à point pour sauver son amourpropre à la fin d'une campagne qui a si misérablement avorté. Cette tempête est le prétexte, l'occasion, si l'on veut, non la cause du changement soudain qui se fait alors dans les dispositions du roi d'Angleterre et qui rend possible la conclusion du traité de Brétigny. En réalité, l'ambition de l'envahisseur s'est brisée contre la sagesse prévoyante du régent Charles secondé par la patriotique résistance des populations. L'orgueil-leux Edouard aime mieux laisser croire qu'il a été vaincu par le ciel*.
1. Edouard UI mettait^ comme tous les conquérants, un soin particu* lier à travailler Topinion publique. Froissart est le seul chroniqueur qui présente l'orage du 13 avril 1360 comme la cause déterminante de la paix convenue près de Chartres : « Et adonc regarda li rois d'Engleterre devers Tcglise Nostre Dame de Chartres, et se voa et rendi dévotement à Nostre Dame et prommistj si com il dist et confetsa depuis y que il 8''accor' deroit à le pais, > Mais ce passage ne se trouve que dans la premièrerédaction du I*' livre de ses Chroniques, rédaction écrite, comme on sait, au point de vue anglais et pour ainsi dire sous la dictée des chevaliers de la cour d'Edouard III. Le chroniqueur de Valenciennes a supprimé, dans sa seconde rédaction, le passage que nous avons souligné; il se contente de faire remarquer qu'après cet orage le roi anglais « fu plos humbles et plus débonnaires assés que devant. » Les Grandes ChrO' niques de France (t. VI, p. 170, 171} ne disent pas un mot de la tempête dont il s'agit. EnGn, la seule chronique anglaise contemporaine qui ea parle, celle du moine de Saint-Alban, nie que cette tempête ait eu aucune influence sur les résolutions d'Edouard : « Quo tempore ingruebat tam sœva tempestas et inaudita, ut plura millia hominum et equorum in r^is exercitu itinerando périrent, subito mortua corruendo prsa frigoris imminentis asperilate. Quœ tamen nec regem née suos terrueruntyquin pro^ cédèrent cum inceptis. » Chronicon Angliœ (1328-1388), auelore monocho quodam Sancti Albani, London, 1874, in-8*, p. 42. Thomas Walsingham, pour la période comprise entre 1328 et 1388, n'a fait que reproduire la chronique du moine de Saint-Alban.
D'ailleurs, le roi d'Angleterre a hâte de revenir au milieu de ses sujets que la descente des Français à ^Yinchelsea, suivie du sac de ce port de mer (14 mars 1360), vient de frapper de terreur. La ville de Paris s'est engagée à fournir deux mille deniers d'or pour cette expédition, à la condition qu'un des navires de la flotte d'invasion sera monté par ses bourgeois et portera ses armoiries. Le chef de ce contingent parisien n'est autre que Pépin des Essarts^ le fidèle chevalier qui, dans la nuit da 31 juillet 1358, a si puissamment contribué, avec Jean Maillart, à renverser Marcel et à faire rentrer la capitale du royaume sous l'obéissance du régent. Les bourgeois d'Amiens, et entre autres Fremin Andeluye, écuyer d'écurie du duc de Normandie, prennent également une part importante à PaiTaire de Winchelsea dont l'effet moral est immense. La guerre contre l'Angleterre dure depuis vingt ans, et c'est la première fois que l'on ose tenter une entreprise aussi hardie, pour ne pas dire aussi téméraire. Le dauphin en a pris résolument l'initiative au moment même où la France est envahie par une innombrable armée; et telle a été sa politique que deux villes, révoltées un an el demi auparavant contre son autorité, lui ont fourni les hommes et l'argent pour mener à bien cette croisade du patriotisme.
Pendant que le centre du royaume était le théâtre de ces événements considérables, la lutte n'a pas été moins vive sur les frontières de Bretagne et de Basse-Normandie, où du Guesclin est retourné au mois d'août 1359, après la levée du siège de Helun. A peine rentré à Pontorson, Bertrand se trouve en présence d'un nouvel adversaire qui n'est rien de moins qu'un commissaire