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quelque forteresse ennemie ont-ils commis un viol, les garnisons françaises s'autorisent aussitôt de cette violence pour la renouveler. Un capitaine, qui tient au nom du régent la forteresse de Ralilly*, en Puisaye, enlève une jeune fîUe de la maison de son père et abuse d*elle, sous prétexte que des brigands l'ont déjà connue charnellement'.
Souvent les maîtresses de ces brigands sont des damoiselles*, c*est-à-dire des femmes ou veuves d'écuyers que Ton retient captives malgré elles. Un jour, une de ces damoiselles, entretenue par le capitaine anglais de Hardencourt, petite forteresse du Beauvaisis, entend les cris perçants arrachés par la souffrance à un prisonnier que Ton torture dans une pièce voisine de la sienne. Elle désire voir ce malheureux et le fait amener en sa présence. Quelle n'est pas sa surprise et sa joie de retrouver quelqu'un qu'elle connaît très-bien. « C'est le maréchal de monse'gneur de Hardencourt, » s'écriet-elle; et elle commence à pleurer si fort qu'elle ne peut plus parler *. Elle demande à son compatriote des nouvelles de sa femme et de ses enfants ; il trouve à peine la force de répondre qu'il ignore ce que les siens sont devenus. « Dieu le sache ! » ajoute-t-il avec un soupir. Cette scène est interrompue par l'Anglais leur maître, qui dit brusquement à ses gens : « Remettez aux fers ce vilain larron *. »
1. Château de Treigny, Yonne, arr. Auxerre, c. Saint-Sauveur. 3. « Pour ce que Ten leur avoit dit que les Bretons Tavoient tenue et cogneue chamelment. » JJ 107, n" 167.
3. Au quatorzième siècle, le titre de dames était réservé aux femmes des chevaliers. Les femmes d'écuyers avaient seulement la qualification de damoiselles qu'elles abandonnèrent aux bourgeoises au dix-septième siècle.
4. « Elle commença à plourer si fort qu'elle ne povoit parler. » o. JJ 90, n* 237.
Les gens des Compagnies sont la terreur des mères, parce qu'ils volent les enfants à dix lieues à la ronde pour s'en faire des pages, sans même attendre qu'ils soient arrivés à l'adolescence. Les actes mentionnent des petits garçons de dix ou douze et même de huit ans arrachés ainsi à leurs familles et transportés parfois dans des pays lointains*. A Massy', 'près LongjumeaUy un des enfants de Crespin Belle-Hure tombe entre les mains des Anglais d'Amblainvilliers, et son père s'estime heureux de le racheter au prix de deux cents écus*.
Les rançons imposées par ces brigands à leurs victimes sont parfois énormes. Richard d'Enfernet, de Vire, réduit en captivité par les Anglais d'Aulnay-sur-Odon, est taxé à neuf cent vingt royaux d'argent comptant, à dix-huit aunes de drap, à six barriques de vin, à certains plats d'une valeur de cinquante francs et à deux fourrures de menu vair*. Un simple bourgeois de Clermonty Michel Amonis, pris vers le 1*^ novembre 1363 par des Bretons qui occupent dans le Bourbonnais la forteresse des Barres % ne recouvre la liberté qu'en leur payant trois mille deux cent quarante-huit florins d'or*. Un écuyer de Bourgogne, nommé Jean d'Ancy, est mis à rançon jusqu'à quatre fois en quelques années. Ces saignées successives ont tellement épuisé ses ressources que, la quatrième fois, il ne peut plus se racheter; il se met alors au service de l'Anglais qui l'a fait prisonnier ^
Les Français eux-mêmes punissent avec la dernière rigueur les personnes qui tentent de se soustraire aux