JJ 91, n
5. En Champagne, par exemple, au commencement de 1359, le curé et les habitants de Mathaux (Aube, arr. Bar-sur-Aube, c. Brienne), qui n*ont
fait ces réflexions , on aura quelque idée de la situation vraiment horrible où se trouve, dans les années qui précèdent et qui suivent immédiatement le traité de Brétigny, le peuple des campagnes. Il n'y a plus pour ces pauvres gens ni protection ni justice ^ Les habitants du plat pays, lil^on dans une lettre de rémission, sont tellement accablés de tous les côtés à la fois qu'ils ne savent à qui se fier ni qui tenir pour J)on Français*. Leur vie, pendant ces terribles années, n'est qu'une angoisse de tous les instants. Traqués comme des bêtes fauves, ils sont sans cesse sur le qui-vive et ne peuvent travailler pour ainsi dire qu'à la dérobée, afin d'avoir de quoi ne pas mourir de faim. Au moindre signal, ils courent, affolés de terreur , se cacher avec leurs femmes et leurs enfants * dans le creux des rochers, au fond des souterrains, parmi les roseaux des marécages ou dans les plus épais fourrés des bois ^
pas voulu payer rançon aux Anglais de Rosnay^ livrent un combat sanglant à leurs voisins de RadonviUiers qui se sont rançonnés. JJ 90, a* 182.
1. « U n*cussent peu ou osé lors bonnement mener à la justice, car lors l'en ne gardoit mie bien justice. » JJ 105, n* 319.
2. « Cheuz en si très grant desroy que il ne scèvent en qui il puissent ne doient avoir foy, fiance ne ferme entente, ne qui tenir pour bon Fran> çois. » JJ 86, n« 424.
3. « Li convenoit porter ses enfans mucer en boissons, hayes ou autres lieux, en eulx demorant illec comme bcstes sauvages. » JJ 105, n" 362.
4. « S'en alérent eulx trois en un bois, qui estoit illec près, pour sauver leurs vi. s et leurs chevances, où il trouvèrent grant quantité de gens des villes voisines qui semblablement y estoiont venuz à reffuge, où il furent et demourérent par Tespace de cinq jours ou plus, sanz en yssir pour quérir vivres ne nécessitez quelconques. » JJ 108, n* 146.
DU aUBSOLIN BT LBS OOMPAaNIES.
Guerre incessante faite par du Guesclin aux Compagnies dans le comté d'Alençon, le Perche^ le Maine^ l'Anjou et la Normandie. — Efforts impuissants et mort de Thomas de Holiand, chargé de faire évacuer les forteresses occupées par les Angio-Navarrais dans ces provinces. — Jeanne de Kent. — Campagne dans le Maine; prise de Sablé et de Saint- Brice. — Du Guesclin battu et fait prisonnier par Hugh de Calverly au pont de Juigné. — Voyage à Paris et en Angleterre. — Entrerue de Chandos et du roi Jean. — Campagne dans le Perche; combat de Briouze ; reddition de Brezolles, de Fresnay-le-Samson ; prise de Pirmil. ^ Du Guesclin, seigneur de la Roche-Tesson, conseiller du roi et chevalier banneret. — Combat aux environs de Morlain. — Reddition de Saint-Martin de Séez et de Saint-Remy. — Siège de la Vignée. — Les Compagnies au delà de la Loire; prise du Pont-Saint-Esprit; bataille de Briguais; Robert de Fiennes rappelé de Normandie et envoyé en Bourgogne. — Siège de Livarot. — Reddition de Cormeilles. — Combat du PsAHlu-Breuil. — Popularité légendaire de du Guesclin (1360-1362).
Tel est l'état des populations dont du Guesclin ^ après le traité de Brétigny,.se fait le libérateur, du moins dans le comté d'Âlençon, le Perche, le Maine, l'Anjou et la Normandie. Tantôt par la menace, tantôt à prix d'or, le plus souvent par la force ouverte, il va détruire les uns après les autres ces nids de pillards et en purger peu à peu le pays. Le résultat que le régent a obtenu , dès la première moitié de 1360, pour la région voisine
de Paris, Bertrand travaillera, non sans succès, à l'atteindre pour les provinces occidentales du royaume.
L'histoire n'a rien su jusqu'à présent de cette période de la carrière du futur connétable, et pourtant c'est celle qui a été la plus féconde, sinon en triomphes éclatants, du moins en œuvres utiles ; c'est celle où le chevalier breton a rendu le plus de services aux gens des campagnes et conquis sa popularité. Nous-même, malgré des recherches poursuivies pendant des années avec une véritable passion, nous n'avons pu recomposer, pour ainsi dire, que par fragments, la vie de du Guesclin depuis la paix de Brétigny jusqu'au compromis d'Évran. Si rares et si isolés que soient ces fragments , ils donnent l'idée d'une œuvre immense et vraiment héroïque. Chaque journée est marquée par un fait de guerre , et l'on dirait que Bertrand trouve le moyen d'être partout à la fois. Hier, il prenait d'assaut une forteresse de Normandie. Aujourd'hui, il assiège un château dans le Perche. Demain, il livrera bataille dans le Maine. Une activité aussi extraordinaire fait penser aux travaux de l'Hercule mythologique, d'autant plus que l'adversaire des Compagnies anglo-navarraises terrasse, lui aussi, des monstres malfaisants et nettoie des étables d'Âugias.
La tâche qui incombe à du Guesclin est d'autant plus lourde, que les mesures prises par Edouard pour faire évacuer par ses gens d'armes les forteresses de Normandie, d'Anjou et du Maine, sont restées sans effet. Le 28 octobre 1360, le roi d'Angleterre a chargé Thomas de HoUand d'assurer cette évacuation ^ La mission est hérissée de difficultés, et Ton n'a pas choisi peut-être le commissaire le plus capable de la bien remplir. Holland, qui a été successivement lieutenant en Bretagne et ca-