‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 19 sur 286 · Dureau de la Malle, Leber, Moreau de Jonnès · texte numérisé non relu

Dureau de la Malle, Leber, Moreau de Jonnès

question d'une manière tout à fait approximative, et des recherches plus circonscrites, plus approfondies, plus précises *, n'ont fait que la confirmer. Nous nous proposons de prouver qu'à cet accroissement de la population correspondait une aisance générale dont notre pays n'a peut-être retrouvé l'équivalent qu'à une époque assez récente, et Ton comprend sans peine pourquoi il n'est pas inutile de faire ici cette preuve.

Lorsque nous verrons tout à l'heure les maux sans nombre qu'attire sur la Bretagne la défaite de la Roche- Derrien et l'occupation anglaise, lorsque nous essayerons de peindre plus tard l'affreux spectacle qu'offre la France au lendemain de Poitiers, comment le lecteur pourrait-il se faire une idée juste des souffrances que durent éprouver alors les contemporains de du Guésclin, s'il ne s'était rendu d'avance un compte exact du bien-être dont avaient joui les victimes quelques années auparavant? Nous emprunterons de préférence nos exemples à la population rustique, parce que, dans les classes où l'on jouit du superflu, tel détail d'ameublement ou de costume, telle habitude de vie peut n'être qu'une fantaisie isolée, qu'un caprice individuel, qu'une exception en un mot, tandis que chez les paysans qui ont coutume de pourvoir seulement au nécessaire, les traits observés sur un ou plusieurs sujets représentent en général fidèlement Tétat de la classe lout entière.

Transportons-nous, par la pensée, au milieu des campagnes de Bretagne et de France, à la fin du règne de

1. Nous signalons aux personnes qui ne les connatlraient pas encore les belles recherches de notre ami el compalriole, M. Charles de Robillard de Beaurepairc. sur la population du diocèse de Rouen {Mémoires de la So~ ciètê des Antiquaires de Normandie ^ t. XXVIII), ainsi que la remarquable élude de M. Arthur de Boislislc sur la population de la cliàtellenie de Pontoise du quatorzième au dix-neuvième siècle (Bulletin de la Société de Vhistoire de France^ année 187ô).

Philippe de Valois. Nous y voyons des villages nombreux, plus nombreux môme qu'actuellement sur certains points * . Peu de demeures isolées ; les maisons se groupent d'ordinaire en essaims de hameaux. Les cabanes qui composent ces hameaux sont assez grossièrement construites ; les murs sont faits le plus souvent de terre, d'argile, de torchis', parfois même de lattes ou de perches entre-croisées dont les interstices sont remplis avec du foin ou de la paille' : la maçonnerie est l'exception.

Tandis que la tuile * ou môme l'ardoise * égayé presque partout les dehors des habitations urbaines, les cabanes des paysans sont généralement couvertes de chaume, quelquefois d'aisseule* dans le voisinage des grandes forôts ; on n'y voit briller l'ardoise que dans certaines campagnes d'Anjou' et de Bretagne renom-

1. Noas évaluons à une centaine environ le nombre des hameaux ou villages dont nous avons^ dans le cours de nos recherches personnelles, constaté Texistence antérieurement à la guerre de Cent ans^ et qui ont disparu depuis cette époque.

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