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L'ENFANCE DE DU OUESCLIN

Normandie et de Bretagne, qu'uae opinion, au moins très-vraisemblable , place le berceau du chef-d'œuvre de l'épopée française, de la fameuse chanson de Rolande Les souvenirs de la religion, les gloires de la poésie s'ajoutent ainsi à la majesté des sites pour donner à cette région je ne sais quelle empreinte d'austère grandeur.

Fixée de vieille date sur une marche que hanta de bonne heure la poésie chevaleresque, il n'est pas étonnant que la famille du Guesclin ait voulu avoir, elle aussi, sa légende héroïque. Elle prétendait remonter à un Sarrasin nommé Aquin, roi' de Bougie, établi en Armorique, d'où il aurait été chassé par Gharlemagne. Les exploits fabuleux du grand empereur tiontre Aquin remplissent un poëme, composé vers la fin du douzième siècle'; et l'on voit par un curieux passage de Froissart' que les du Guesclin avaient enté sur celte légende tout un roman généalogique. D'après eux,

1. Cette opinion, émise pour la première fois par mon excellent collègue M. L^D Gautier, se fonde principalement sur h place considérable qu'occupent dans la clianson d« Boland, la foie, Pin vocal ion et le souvenir de • saint Michel du Péril. » La Chanson de Holandy cinquième édition, Tours, in-8*, 1875, p. xvi et xvii.

2. Ce manuscrit, conservé aujourd'hui â'Ia Bibliothèque Nationale,, fonds de Colbert, n* 10307. 3. 3., passe pou^ avoir été trouvé sous les ruines du'monastére de Ttle de Cézembre (fier située sur les cAtes d'Illeet-Vilaine, à cinq kilomètres environ et en face de la baie de Saint-Malo) près le fort de la Couchée, non loih précisément du berceau de la famille du Guesclin. Nous devons à M. Paulin Paris (Hist. liU.^ t. XXII, p. 402 à 415) une analyse très-intéressante du poëme relatif à la conquête de la petite Bretagne. On peiA regretter seulement que le savant académicien n*ait pas rappelé à cette occasion le passage de Froisser t où Guillaume d'Ancenis, à propos de fa vraie forme du nom de du Guesclin que le chroniqueur avait prononcé de Clayquin, raconte à sa manière la légende du roi Aquin, en môme tamps qu^il nous 'révèle les prétentions généalogiques du connétable de Chartes V.-

3i. CÀroHtf uèS) iiv* UI, ch. ux.

Aquin^ roi de Bougie, aurait occupé dans la petite Bretagne un château appelé le Glay, d'où le nom de Glay Aquin, qui serait devenu avec le temps, par corruption, de Glayquin , de Clayquin et du Guesclin. Cette fantaisie étymologique ne mérite môme pas d'être discutée. Mais si peu fondées que pussent être des prétentions généalogiques étayées sur une étymologie aussi fausse, il ressort du récit du chroniqueur, et ce fait a une importance capitale, que Bertrand les partageait entièrement. Ilétaitconvaincu qu'il comptait un roi africain parmi ses ancêtres. Cette idée le préoccupait tellement, qu'à Tépoque de sa seconde expédition en Espagne, il songea un instant & passer au royaume de Bougie; et, quand on lui demandait pourquoi il avait conçu ce projet, il disait ouvertement, au rapport de Guillaume d'Ancenis, l'un de ses compagnons d'armes, qu'il voulait reconquérir l'héritage de ses pères*. Qui sait si ces illusions, entretenues sans doute dès l'enfance, n'ont pas exercé quelque influence sur l'ambition et par suite sur les destinées du connétable? On a remarqué que la conviction d'appartenir & une famille, frappée par l'adversité après avoir été comblée des faveurs de la fortune, n'a pas peu contribué à exciter le génie d'un certain nombre d'hommes célèbres. Celui qui a cette conviction voit dans les succès qu'il remporte non-seulement un triomphe personnel, mais encore une sorte de revanche des injures antérieures du sort. Dans ce cas, l'imagination est d'autant plus frappée, l'ambition est d*autant plus exigeante, que l'idéal de grandeur dont on se fait un stimulant est plus lointain et placé plus haut. Persuadez à un enfant qu'un roi a flguré parmi ses ancêtres : si cet enfant a comme du Guesclin l'Ame généreuse, il sera bien

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