‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 232 sur 286 · Voy. plus haut p · texte numérisé non relu

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c'est un aigle qui se met à la tête d'une bande de vautours.

Les reines Blanche et Jeanne ne laissent pas, malgré les promesses faites à Charles Y, de souhaiter ardemment le triomphe de leur frère et de leur neveu. L'arrivée du généralissime navarrais est une occasion qu'elles saisissent de manifester avec éclat leurs véritables sentiments. Le lundi 13 mai*, avant d'aller prendre le commandement de son armée, Jean de Grailly assiste à un grand dtner que la reine Blanche donne en son honneur au château de Yernon. La reine Jeanne^ qui assiste à ce dîner, nourrit depuis longtemps un sentiment tendre pour le brave et séduisant captai. On prétend même que le roi de Navarre a promis la main de sa tante au seigneur gascon, à la prière du prince de Galles. A la fin du repas, au moment des adieux, cette princesse donne un baiser^ à son amant comme une récompense anticii)ce de la victoire qu'elle attend de lui. Mais, hélas I elle a passé Tàge où une femme est en droit de tout exiger en retour d'une telle faveur. Veuve de Char-

1. « Le lundi des feries de Penthecoustes. » ChroniqtAe des quatre premiers Valois^ p. 144. En 1364, le lundi de la Pentecôte est tombé le 13 mai.

3. « Et au départir baisa (il s'agit du captai) madame Jehenne, car le roy de Navarre, à la requeste et prière du prince de Galles, lui avoit accordé qu'il Tauroit à femme. Moult plut celui baisier an captai, car madame Jebenne estoit une des plus belles dames de Crestienté. » Chronique des quatre premiers Valois^ p. 145. — Cette madame Jeanne est bien la veuve de Charles le Bel, cir c'est elle qui après la prise du captai lui flt obtenir quelques jours d'élargissement afin qu'il pût venir la voir à Château- Thierry, d*où cette princesse a daté plusieurs de ses actes (Arch. Nat., K 185, n* 12, pièce W^). C'est elle aussi qui fit assigner comme lieu de détention au vaincu de Cocherel, au lieu du Marché de Meaux, Paris où elle habitait pendant une partie de Tannée le magnifique hôtel de Navarre, sis entre la porte de Saint-Germain et Thôtcl des archevêques de Rouen, que lui avait donné son mari Charles le Bel (K 47, n** 48' et 48^). Voyez le n* Lzi des pièces justificatives.

les le Bel, mort en 1328, Jeanne de Navarre a déjà, depuis quelques années, atteint la cinquantaine. Dans cette saison de la vie, les baisers ont beau être donnés par des lèvres royales, ils ne forcent plus la victoire.

Le lendemain de cette fête, le mardi 14 mai, le captai de Buch passe la journée à concentrer ses forces entre Vernon, Pacy et Évreux. 11 sait que depuis le commencement de mai, duGuesclin reçoitsans cesse des renforts à Rouen où il a établi son quartier général et que les Français doivent bientôt entrer en campagne. C'est pourquoi, il donne Tordre à ses gens de s'avancer dans la direction de Poni-de-rArche, afin découper, s'il est possible, à ses adversaires le passage de la Seine. Le mercredi 15, l'armée navarraise se met en mouvement de grand matin. Au moment où l'avant-garde longe un bois, elle rencontre en route un héraut du roi d'Angleterre.

Ce hérauf, nommé Faucon, arrive du camp ennemi; et le captai, qui le connaît de longue date, lui demande d'où il vient et s'il a des nouvelles des Français. « Oui, de par Dieu, monseigneur, répond Faucon; j'arrive de leur camp ce matin même : ils vous cherchent aussi et ont grand désir de vous trouver. — Et de quel côté sontils, reprend le captai , sont-ils au delà dePont-de-l'Arche ou en deçà? — Ma foi, sire, dit Faucon, ils ont passé Pont-de-l'Arche et ils ne doivent pas être loin de Pacy. — Combien de gens sont-ils et quels capitaines ont-ils? Dis-le moi, je t'en prie, doux Faucon. — Ma foi, sire, ils sont bien quinze cents^ combattants, et toutes bonnes troupes. Il y a Bertrand du Guesclin dont les Bretons forment la compagnie la plus nombreuse, le comte d'Auxerre, le vicomte de Beaumont, Louis de Chàlon, le

1. D*après Cuvelier, les Français étaient au nombre d'onze cents combattants. Chronique de B. du Guesclin ^ t. I, p. 156, vers 4231.

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nommé Prie, quiyientdelapartderArchiprètre. « Sire, dit alors Jean Jouel^ pourquoi rerusez -vous d'entendre ce héraut? Nous pourrions peut-être tirer quelque profit de ses paroles? — Jean, Jean, répond le captai, il n'en est rien. L'Archîprétre est tellement traître que, s'il envoie un héraut vers nous, c'est qu'il veut se rendre compte de nos forces, et cela pourrait nous porter un grave préjudice. Je ne me soucie en rien de ses messages. »

Les deux armées apprennent ainsi qu'elles se trouvent à peu de distance l'une de l'autre. Le captai, voyant que du Guesclin a déjà passé la Seine à Pont-de-l' Arche, et ne sachant au juste s'il menace Évreux, Pacyou Yernon, ne songe plus qu*à prendre la position la plus favorable pour arrêter l'ennemi dans sa marche et se porter au secours de celle de ces trois places qui sera attaquée la première. Il occupe donc, dès la journée du mercredi, le sommet et les pentes d'une colline escarpée qui domine le village de Cocherel situé sur la rive droite de l'Eure, à l'endroit où un pont mettait alors en communication les deux tronçons d'une très-ancienne route reliant ensemble Yernon et Évreux. Cette position où le commandant en chef des forces navarraises est à peu près à égale dis tance des trois forteresses qu'il veut défendre et d'où il peut recevoir du secours, est admirablement choisie ; et il la met à profit immédiatement en se faisant envoyer par le capitaine d'Ëvreux un renfort de cent vingt soudoyers pris parmi les jeunes gens de cette ville.

Les Français, de leur côté, ne font pas preuve de moins de prudence. Les cruelles leçons de Poitiers et de Briguais n'ont pas été perdues pour eux ou du moins pour le chef habile chargé surtout de la direction des opérations, et c'est la veille et le jour même de Cocherel que ce progrès s'accuse avec éclat pour la première fois.

Du Guesclin a soin de lancer en avant, pour diriger sa marche, de nombreux éclaireurs qui le tiennent au courant de tous les mouvements des Anglo-Navarrais*. C'est dans la matinée du mercredi 15, comme on vient de le voir, que ceux-ci ont pris le parti de l'attendre sur la colline de Cocherel où ils se sont établis. Bertrand est informé de cette résolution le jour même, dans l'aprèsmidi. Aussitôt appuyant sa gauche à la Croix-Saint- Leufroy* dont l'abbaye lui offre un excellent gîte pour la nuit et sa droite aux bords de riton% il vient camper dans l'espace compris entre ce gros ruisseau et l'Eure. Les deux armées ne sont séparées que par le cours de cette rivière, et Ton se prépare de part et d'autre à la bataille pour le lendemain.

Le jeudi 16 mai, dès le point du jour, le captai, qui est \\n vétéran de Poitiers où il combattait dans les rangs anglais, se contente de répéter les excellentes dispositions pri V ^ par le prince de Galles dans cette journée mémorable. Il occupe une colline, longée à l'ouest par TEure, qui est le pendant exact du plateau de Maupertuis, contourné au couchant par le Miausson. Pour compléter la ressemblance, lui aussi, il fait mettre pied h terre à ses hommes, reléguant les chevaux, les bagages et les valets dans un petit bois voisin dont il couvre ses derrières. Selon l'usage, il divise son armée en trois corps, chacun d'environ quatre cents combattants. Jean Jouel est à la tête du premier, composé des hommes d'armes et des

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