Berlran et li seigneur ont tantosl ordonné
« Dix coureurs qui vont régnant par le régné « Veoir sHl trouveront le captai aduré, ■
{Chronique de B. du Guesclin^ t. I, p. 152j en note.)
2. Abbaye de Bénédictins au diocèse d'Évreux (Eure, arr. Évreux, c. Gaillon).
3. Affluent de la rive gauche de PEure qui prend sa source à Tourouvre (Orne), passe à Évreui et se jetle dans TEure aux Planches près de Pontde-r Arche.
archers anglais. Le captai commande en personne le second où figurent les gentilshommes de Normandie", partisans du roi de Navarre, notamment Pierre de Sac quen ville et Guillaume de Gauville. Le Bascon de Mareuil, Bertrand du Franc et Sanche Lopez, sont chargés de la direction du troisième corps où s'entassent un peu confusément les chefs et les soudoyers des compagnies navarraises. Le captai établit ces trois corps à peu de distance les uns des autres et les range tous de front sur la hauteur. Il plante ensuite son pennon à l'endroit le plus en vue au milieu d'un Tort buisson d'épines, afin d'en faire une sorte de point de ralliement pour ses gens dans le cas où les péripéties de l'action viendraient à les disperser. Il place enfin soixante armures de fer autour de cet étendard ainsi arboré et les commet spécialement pour le garder et le défendre.
Pendant ce temps, les principaux seigneurs 'français se réunissent de grand matin en conseil afin d'arrêter leur plan d'attaque. Comme il importe avant tout d'assurer l'unité du commandement, ils oCTrent au comte d'Auxerre de se mettre à leur tête, et d'adopter son cri d'armes : Notre Dame! Auxerre! « Comte d'Auxerre, lui disent-ils, de tous les gentilshommes qui sont ici, c'est vous qui tenez le plus grand état, qui êtes le plus riche en terres et de la plus haute naissance : vous avez bien le droit d'être notre chef. » Jean de Châlon refuse obstinément de se rendre à leurs instances. «Certes, seigneurs, répond-il, ce que vous en dites est pure courtoisie. Je serai aujourd'hui votre compagnon et mourrai et vivrai et attendrai l'aventure à vos côtés ; mais de commandement, je n'en veux point avoir. » Ils ne songent plus alors qu'à se donner pour chef celui qu'ils considèrent comme le meilleur chevalier de toute l'armée, qui a le plus fait ses preuves et sait aussi conunent telles choses
se doivent maintenir, et ils sont unanimes à choisir Bertrand du Guesclin. On adopte d'un commun accord le cri d'armes de Bertrand : Notre Dame ! Guesclin ! et Ton décide que le chevalier breton aura le droit de se faire obéir de tous et de prendre, avant et pendant faction, telles dispositions qu'il jugera convenables.
A peine investi du commandement en chef par la confiance de ses pairs, du Guesclin ne perd pas un moment. Il occupe aussitôt le pont de Cocherel, passe à la tète de ses troupes de la rive gauche do TEure sur la rive droite, et va offrir la bataille au captai. Celui-ci ne bouge pas de la hauteur où il s'est fortifié. Il trouve la position bonne, et il attend de pied ferme qu'on vienne l'y attaquer. Cependant, la matinée s'avance, et les Français commencent à souffrir de la faim et de la chaleur. Du Guesclin n'a garde de vouloir forcer l'ennemi dans une position qu'il juge inexpugnable : ce serait renouveler la faute du roi Jean à Poitiers. L'idée lui vient alors de recourir à une ruse de guerre fiour faire descendre en rase campagne les Anglo-Navarrais. Il donne l'ordre à ses gens de battre en retraite et de retourner sur leurs pas avec armes et bagages de l'autre côté de la rivière. Jean Jouel, qui voit ce mouvement, croit que ses adversaires cherchent à s'échapper et veut les poursuivre. « Sire, sire, dit-il au captai, descendez en toute hâte. Ne voyez-vous pas comme les Français s'enfuient? — N'en croyez rien, Jean, répond le Gascon, ils ne le font que par ruse et pour nous attirer. » Mais Jouel, qui brûle d'en venir aux mains, ne se peut plus contenir. Il s'élance à la poursuite des Français au cri de : « Saint Georges I En avant! Qui m'aime me suive ! » L'Anglais est déjji arrivé au pied de la colline, que son chef n'a pas encore fait un mouvement. Jean de Grailly, tout en maudissant la fougue inconsidérée
de son lieutenant, ne peut ni ne veut le laisser se mesurer seul contre les Français. « Allons, allons, Jean Jouel ne se battra point sans moi. » Ce disant, le captai donne à ses gens le signal d'abandonner leurs positions et de descendre de la colline. Du Guesclin est dans le ravissement en voyant que son stratagème a si bien réussi. L'ennemi une fois pris au piège, les Français font volte-face, reprennent TofTensive, et la bataille commence.
Les barons font déployer au vent leurs bannières. C'est Bertrand Goyon, fils du seigneur de Matignon, qui porte la bannière de du Guesclin, et Pierre de Louesmes, celle du jeune sire deBeaujeu*. Les Anglo-Navarrais crient : Saint Georges ! Navarre ! et les Français : Notre Dame ! Guesclin ! On se bat de part et d'autre avec une fureur inouïe. Du côté des Français, les Bretons se couvrent de gloire. Jean Jouel est fait prisonnier après une lutle acharnée où il a été blessé à mort par Olivier de Mauny. Les gens de monseigneur de la Ferté, maréchal de Normandie, et un écuyer breton de la compagnie d'Olivier de Mauny se disputent cette riche capture^. Jacques Plantin tombe bientôt à son tour pour ne plus se relever. Robert Chesnel se voit contraint de se rendre à un .chevalier nommé Gaudry de Ballore. Robert Sercot, seul entre tous ces capitaines d'aventure, parvient à s'échapper. Mais ces succès ont été chèrement