Arch. Nat., secl. hist., JJ 114, n
2. Les chroniqueurs, Froissarl entre autres, prétendent que telle bataille ou division de l'armée française fut opposée à telle autre bataille ou division de Tarmée anglo-navarraise ; mais, outre que ces chroniqueurs sont en désaccord entre eux et se contredisent parfois eux-mêmes, des actes authentiques relatifs aux prisonniers faits à Cocherel démentent ces classements arbitraires. 11 semble ressortir de ces actes que la bataille de Cocherel fut une mêlée assez confuse oii les diverses divisions de chaque armée se trouvèrent confondues.
achetés. Les Normands et les Picards, surtout, ont éprouvé les pertes les plus sensibles. Un grand seigneur allié à la maison de France, le vicomte de Beaumont^ Baudouin d'Annequin, maître des arbalétriers, Jean de Béthencourt*, le seigneur de Villequier*, viennent de trouver la mort en voulant enfoncer le front de l'ennemi dont les lignes sont comme un mur impénétrable contre lequel se brisent tous les efforts. Déji les Français n'ont plus la môme ardeur, et leurs adversaires commencent à gagner du terrain, lorsque tout à coup le captai entend retentir sur ses derrières un grand galop de chevaux : c'est un escadron, composé d'environ deux cents Bretons, tous gens d'élite et admirablement montés, que du Guesclin tient en réserve depuis le commencement de l'action pour charger en queue les Anglo-Navarrais*.
1. Louis, vicomte de Beaamont, avait époasé à Lyon le 13 novembre 1362 Isabelle de Bourbon, fllle de Jacques de Bourbon, I" du nom, comte de la Marche et de Pontieu, et de Jeanne de Cbàtillon (Arch. Nat., sect. jud., X*' 20, t** 330 à 333). Le vicomte de Beaumont eut l'honneur d*ètre pleuré par Charles de Blois, qui était à Dinan lorsqu'il apprit en même temps la victoire de Gocherel et la mort de son cousin. Dom Morice, Preuves y t. II, col. 15 et 16.
2. Jean de Béthencourt, chevalier, marié à Isabelle de Saint-Martin « trespassa u Honnefleu en compagnie de nostrc amé et fôal ch*' le mareschal de Clermont, et Vaisné fiU du dit de Beteneourt en la besoigne de Cocherelf en la compaignie de noalre amé et féal chambellan Bertran de Clasquin. » Arch. Nat., JJ 76, n- 200. — Dans le récit de la bataille de Cocherel par Jean de Venette {Cont, G, deNangiaco, t. II, p. 342), Géraud a lu : < dominus de Lentecuria in Galleto. » Lentecuria est une mauvaise leçon qu'il faut remplacer sans doute par : Betencuria.
3. Le seigneur de Villequier était alors capitaine de Gaudebec.
4. Gomme c'est ce mouvement tournant qui assura aux Français la victoire, jusqu'alors indécise, il importe d'établir à l'aide de témoignages contemperains, que la charge dont il s'agit fut exécutée par des Bretons, et que du Guesclin l'ordonna, s'il ne la conduisit pas lui-même : < Unde a belle se aliqualiter subtrahens (Bertrandus de Glaquin), una eum paucU de suis BritonibuSf equum armatus ascendit, et a tergo alios virilHer
Ce mouvement tournant et cette charge impétueuse décident du sort de la journée. Épuisés par une lutte qui dure depuis plusieurs heures, attaqués à la fois en tête et en queue, Jean de Grailly et les siens ne sont plus de force à soutenir le choc de ces troupes fraîches. Le Bascon de Mareuil, que le captai a chargé plus spécialement de la garde de son pennon, se fait tuer en défendant ce signe de ralliement de Tarmée navarraise. Dès lors, celte armée se laisse aller à une débandade générale. Guillaume de GauviPe se rend à Gui le Baveux', et JofTroi de Roussillon & Âmanieu de Pommiers.
invadenSf totam illam phalangcm Vasconum et Navarrorum penetravit, comité AUissiodorense nna cum suis Gallicis contra alio» nihilominus dimicante. » Conl. G, de NangaciOj t. H, p. 343. — « Et une route des Bretons demoura à cheval avec les pages et les bagaiges.... Alors s'en vindrent les Bretons ferir en la bataille tous fraiz. Et se iceulx Bretons eussent gueres plus altargié^ le captai eust eu victoire. Alors, comme dit est, iceulx Bretons se ferirent en travers des Gascons et des Angloiz.... Tous les bons prisonniers eurent les Bretons. » Chronique des quatre premiers Valois j p, 146, 147. — « Une grant partie des genajquiestoient en la bataille de Bertran du Gitesclin passèrent sur le dos de leurs ennemis et (élément les dommagèrent, avec ce que ceulz qui combatoient ou frout de devant combatoient bien, que les Navarrois et Englois furent desconûz. » Bibl. Nat., ms. fr . n* 49 S 7, ^ 90. — Cuvelier, de son cdté, a consacré 70 vers (Chroniqtie de B, du Guesclin, t. I, p. 178, vers 4737 à 4807) à raconter ce mouvement tournant qui, d'après le trouvère picard, aurait été exécuté par 200 bonnes lances que commandait Eustache de la Iloussaye. Le nom de cet inséparable compagnon d'armes de du Guesclin indique assez, quoique Cuvelier n'ait pas pris soin de le dire expressément, que ces 200 bonnes lances étaient des hommes d'armes bretons. Citons seulement les vers suivants :
Derrière les Angloiz, dont il y ot fuison Se misdrent les François, par. tel avision Que de tous les Engloiz veoient le talon.
1. Charles V donna vers 1366 les ch&teau et seigneurie de Tillières (auj. Tillières-sur-Avre, Eure, arr. Évreuz, c. Verneuil) à Gui le Baveux, seigneur de Longueville < en recompense de ce qu'il avoit fait prisonnier en la bataille proche Cocherel Guillaume de Gauville, ennemi da roi. » Arcb. Nat., J 217, n* 23.
Les principaux chefs des Compagnies navarraises, Pierre d'Aigremont ^ Baudouin de Bauloz, Jean Gansel, Lopez de SainMulien'y Jacques Froissart, secrétaire du roi de Navarre', tombent entre les mains des vainqueurs. C'est à peine s'il reste cinquante hommes d'armes autour du captai. Celui-ci n'en continue pas moins jusqu'au bout la résistance, et il lutte jusqu'à ce qu'il soit renversé, par terre. Il se rend alors à un écuyer breton nommé Roland Bodin.
Le lecteur peut maintenant se rendre compte, nous l'espérons du moins, des grandes lignes de la journée du 16 mai. Froissart, il est vrai, a raconté les choses tout autrement. S'il fallait en croire ce chroniqueur, ce n'est pas aux habiles dispositions prises par du Guésclin, ce n'est pas k l'intrépidité des Bretons que reviendrait l'honneur de la victoire de Cocherel, c'est aux Gascons du parti français. Cette retraite simulée qui, avant que l'action fût encore engagée, ût perdre aux Ânglo- Navarrais l'avantage de leur position, ce seraient les Gascons qui en auraient eu les premiers l'idée. Cette charge d'hommes d'armes à cheval qui aurait décidé du sort de la journée et abouti à la prise du pennon du captai, elle aurait été exécutée par des Gascons. Enfln, Jean de Grailly lui-môme aurait été fait prisonnier par des Gascons. Ces trois assertions constituent autant d'erreurs qu'il est facile de réfuter. D'abord, quant à la retraite simulée, si Froissart en enlève l'honneur & du Gucsclin dans une de ses rédac-
1. Co Pierre d'Âigremont, capitaine du Bois-de-Maine^ fut fait prisonnier par un écuyer du diocèse de Quimper, qui déposa dans l'enquête pour la canonisation de Charles de Blois. Bibl. Nat.^ ms. lat. n*&38l| t. II, f 175.