Histoire du costume en France^ p
2. « Item, deux aulnes et demie de toille prisiées huit soûls. Item, tretc chemises et huit brayes prisiées soixante et trois soulz parisis. Item, six queuvrechiefs neufs et quatre envelopeurs à teste prisiez vint soulz parisis. » Arch. Nat., sect. adm., P 1359 ■ cote 633. — Un domestique de Hervé de Léon, au moment de se lever du lit, cherche sa chemise : « et dum sur* geret de mane et perquirerel camisiam suam. » Bibl. Nat., mss. latins, n» 5381, 1. 1, f 63.
3. « Guillot Suchet, povre varlet laboureur et misérable personne^ eust pris et allumée une chandelle pour soy couchier, ainsi qu'il estoit ja despoillié de sa chemise et prest d'entrer en son lit. » JJ 119, n* 75, «^ 51.
4. « Se leva de son lit si hastivement qu'il ne print que sa chetnise tant seulement. » JJ 115, n* 86 et JJ 116, n^" 14.
5. « Desvestus de leurs robes, tous en chemise. » JJ 122, n"* 337.
à battre le blé pour s'en faire des chemises ^ Au fond des campagnes, on est déjà si riche en draps et en chemises qu'on fait une lessive à part pour le linge '. Un jour que Charles de Blois, au retour d'un voyage à Paris, passe par Saint-Aubin-du-Cormier, village situé sur ces marches de Bretagne et de Normandie qui ont tant souffert des guerres, il apprend que deux malheureux qui viennent de mourir n'ont laissé ni draps, ni chemises, ni linge d'aucune sorte pour les ensevelir. Le bon duc est tellement frappé du degré de misère dont cette absence de linge est l'indice, qu'il s'arrête aussitôt, préside luimême à l'inhumation des deux défunts, leur fait dire une messe et donne quinze sous pour les draps dont on les a enveloppés, ainsi que pour les autres frais de la cérémonie funèbre ^
S'il était besoin de faire ressortir l'importance de cet usage universel du linge en général et du linge de corps en particulier, il suffirait de faire remarquer qu'il amena, comme une conséquence naturelle, le développement d'une industrie qui, seule, pouvait rendre pratique la plus grande découverte du siècle suivant et même des temps modernes. Antérieurement au quatorzième siècle, quand on rédigeait un acte quelconque, on se servait, pour Oxer l'écriture, de parchemin, matière qui s'était substituée peu & peu au papyrus des anciens conservé encore à l'époque mérovingienne. Le parchemin avait continué de régner à peu près sans partage dans l'Europe occidentale jusque vers le milieu du treizième siècle où le papier de coton, importé à la
1. « Huit aulnes de la sarpillière, de quoi le fardel estoit enveloppé, pour en avoir chacune une chemise^ valant douze deniers Taulne. » JJ 116, n» 73.
2. A Caligny, au bailliage de Caen, la femme de Pierre de Verre « fait laiêèive à drap» linge. » JJ 124, n* 16.