‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 44 sur 286 · V. le Q* LZTides pièces justiflcatives · texte numérisé non relu

V. le Q* LZTides pièces justiflcatives

DU aUBSCLIN, GHBF DB PARTISANS.

Formation des premières Compagnies en Limousin et en Bretagne. — Edouard III afferme la Bretagne à ses lieutenants qui afferment euxmêmes à leurs capitaines les forteresses et les ch&tellenies ; conséquences de ce système mercantile. — Marché passé entre le roi d'Angleterre et Raoul de Caours. — Du Guesclin et ses gars.; la guerre de partisans ; la forêt de Paimpont ; une riche capture. — Raoul de Caours abandonne le parti anglais pour se rallier au roi de France et à Charles de Blois. — Cause de cette défection : monopole de la vente du sel en Poitou concédé par Edouard au comte de Lancastre ; dommage porté à Raoul de Caours, possesseur des salines de Bouin et de Beauvoir. — ^ Combat d*Auray ; mort de Thomas de Dagworth. — Du Guesclin prend par surprise le château du Fougeray. — Date approximative de ce fait d*armes (1347-1350).

Les batailles de Crécy et de Poitiers, livrées à moins d'un an dlntervalle, inaugurent pour la France et la Bretagne une ère de désastres sans nombre. On vient de voir, dans le chapitre précédent, que, depuis le commencement du quatorzième siècle, la population et la richesse n'ont cessé de suivre dans ces deux pays une marche ascendante. A partir de 1346 et de 1347, nonseulement cette prospérité s'arrête, mais encore elle fait place à la misère la plus effroyable. Deux fléaux contribuent à amener ce résultat. Le premier est la

peste qui, après avoir sévi une première fois en 1348, recommence ses ravages en 1362; le second, et non le moins terrible, est le brigandage des gens de guerre organisé sous le nom de Compagnies.

Les Compagnies désolent la Bretagne et le Limousin dix ans avant de se répandre dans le royaume de France proprement dit. Dans ce dernier pays,le|léau ne devient vraiment terrible qu'après la bataille de Poitiers en 1356, tandis que le Limousin, et surtout la Bretagne, sont la proie des brigands dès 1347 ^ La vraie cause du mal, c'est le régime exceptionnel auquel Edouard soumet alors la partie du duché occupée par les Anglais, régime dontrétrangeté n'a pas été suffisamment mise en lumière jusqu'à ce jour par les historiens. A la fin de 1346, le roi d'Angleterre vient de se couvrir de gloire , mais ses coffres sont vides; la fameuse invasion de la France, couronnée par la victoire de Crécy, les a complètement épuisés. Il se trouve hors d'état de consacrer un denier à faire la guerre en Bretagne, et pourtant il veut soutenir dans ce pays la cause du jeune Montfort dont il est le tuteur; ou plutôt il a intérêt & affaiblir par cette diversion son adversaire, dont il compte ainsi diviser les forces. Pour tourner la difficulté, Edouard imagine de donner le duché à ferme, comme on ferait d'une métairie. En nommant le 10 janvier 1347 Thomas de Dagworth son lieutenantet capitaine en Bretagne, le roi d'Angleterre autorise ledit lieutenant à toucher pour son compte tous les revenus et profits du duché appartenant soit au roi . soit à Jean de Montfort, et à les appliquer à ses besojiis propres*. Si Thomas de Dagworth perçoit les reve-

1. Jean le Bel, ChroniqtieSy éd. Polain^ t. H, p. 143 à 145 et Frois- «arl, ChroniqueSy t. IV de noire édition, p. xxiz à xxxi, 67 à 70, 299 à 303.

2. « Volentes et concedentes quod idem Thomas omnia exitus et pro-

nus, en revanche la défense des places, Tentretien des garnisons, la solde des troupes, bref tous les frais de guerre , de gouvernement et d'administration restent à sa charge ; c'est, comme on le voit, un véritable marché & forfait.

On devine les conséquences de ce système mercantile appliqué par des Anglais à un pays qui n^est pas le leur. Edouard a donné la Bretagne à ferme à Thomas de Dagworth. Thomas de Dagworth, à son tour, donne & ferme chacune des chÂtellenieSi chacun des ch&teaux de son gouvernement. Le roi d'Angleterre s'est arrangé pour que l'occupation à main armée du duché ne lui coûte rien. Le lieutenant d'Edouard s'arrange, à l'exemple de son maître, pour que cette occupation ne lui coûte pas davantage, ou plutôt pour qu'elle lui rapporte le plus possible. Sur tous les points de la Bretagne où les Anglais sont les maîtres, chaque forteresse devient une ferme pour laquelle on traite à forfait avec Dagworth , comme il a traité lui-même avec'Édouard. Chaque capitaine est doublé d'un traitant, mais d'un traitant homme d'épée et presque toujours Anglais d'origine, qui n'est retenu par aucun frein , puisqu'il peut mettre la force armée dont il est entouré au service de ses exactions, et qui pressure avec d'autant moins de scrupule ses victimes, qu'elles ne lui sont pas rattachées par le lien d'une nationalité commune. Le commerce va si bien, qu'il ne tarde pas à susciter la contrefaçon, et le roi d'Angleterre se voit obligé , après quelques années de ce régime , de

ficua ad nos et ad dictum consanguineum noslrum (Johannem de Monteforti), tam in dicto dacatu quam alibi ralione ejusdem dncatus perlinen- Ua, haheret et perciperet ad opus suiim proprium. » Cette convention, oa^ pour me servir da terme de la chancellerie d*Édouard, cette endentare entre le roi d'Angleterre et son lieatenant fut conûrmée le 10 aoAl 1348. Rymer, vol. Hl, p. 169.

défendre à ses sujets de bâtir des forteresses * dans le duché. Ces constructions , comme bien on pense, n'ont rien de militaire ; ce sont simplement de nouveaux centres d'exploitation qui viennent faire concurrence aux anciens. Frappée à mort sur le champ de bataille de la Roche-Derrien , la|Bretagne, depuis cette néfaste journée, est comme en proie aux Anglais; ils accourent s'abattre sur son cadavre , et c'est à qui arrachera les meilleurs morceaux pour s'en repaître.

Ces brigandages sont d'autant plus odieux qu'on les commet au mépris de la trêve conclue à Calais le 28 septembre 1347 entre la France et l'Angleterre, renouvelée à diverses reprises et maintenue sans interruption jusqu'en 1351, trêve où la Bretagne est toujours comprise, quoi qu'en aient dit les historiens de cette province'. Bientôt même, Edouard ne s'estime pas satisfait que la Bretagne ne coûte rien à son trésor; il veut, lui aussi, prélever sa part du butin , et s'entend à cet effet avec l'un des brigands les plus renommés de ce temps, Raoul de Caours. Ce Raoul est originaire des environs de Guérande ; mais son nom de Caours ou de Cahors semble indiquer que sa famille est d'origine méridionale. Quoi qu'il en soit, Raoul de Caours est une des figures de bandit les plus cyniques qu'offre l'histoire du quatorzième siècle, si riche pourtant en types du brigandage. Changer perpétuellement de parti au gré de son intérêt du moment, déjeuner de l'Angleterre et souper de la France , combattre le lendemain ceux qu'on servait la

1. • Quod DuUus, 8ub forisfactura omnium quoB nobis forisfacere poterit, castrum, fortalitium scu aliam domum fortem in parlibus illis nobis subjectis, sine licentia nostra spcciali, facial. » Mandement en date du 20 avril 1352 adressé par Edouard III à tous les châtelains, connétables et gardiens des châteaux du duché de Bretagne. Rymer, vol. UI, p. 242.

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