‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 5 sur 286 · Et faisoit la bataille durer si lôngement · texte numérisé non relu

Et faisoit la bataille durer si lôngement

Qu'on ne savoil lequel avoit amendement. »

[Chronique de Bertrand du Guesciiny par Guvelier, éd. Gharriére, t. i, p. 10, vers 175 et 176). Nous avons rajeuni le langage de toutes les citalions insérées dans le texte de notre livre ; au contraire, celles qu'on trouvera dans les notes sont toujours une reproduction littérale. Nos renvois se réfèrent, à moins d'indication contraire, à l'édition de Gharriére, qui forme deux volumes in-4* publiés dans la collection des Documents inédits sur Vhisioire de France,

l'enfance de du GUESCLIN. \9h

il est d'usage de ne vivre qu'avec des personnes de soi» rang. Si Ton fréquente habituellement des supérieurs,. 011 risque de passer pour un intrigant ; et, si Ton fraye* avec des inférieurs, pour un homme dégradé. Il n'en était pas ainsi au moyen âge. 11 y avait à cette époqueune compensation, à notre avis bien insuffisante, aux. privilèges dont jouissaient la noblesse et le clergé, c'était la familiarité, on pourrait presque dire, la camaraderie des relations qui s'établissaient d'ordinaire, dans les campagnes surtout, entre ces deux classes et le^ peuple proprement dit. Nobles, prêtres, religieux, clercs^ gens du peuple exerçant les diverses professions manuelles, vivaient alors pour ainsi dire en commun; et on les trouve perpétuellement mêlés ensemble dans^ toutes leurs habitudes journalières, non-seulement à. l'église et dans les confréries, mais encore au jeu et à la taverne. Le moindre village a déjà son débit deboissons , ou , comme on disait alors , sa taverne». Les curés y viennent boire sans aucun scrupule avec leurs paroissiens*, et des chevaliers, des écuyers,. y font des repas, où chacun paye son écot, avec des laboureurs et des charpentiers*. En ces temps où la plupart des revenus se composent de pro— duits en nature, et où la rareté du numéraire, Tinsécurite ou le mauvais état des routes, le manque de débouchés ne permettent pas toujours de vendre le vin au« trement qu'en détail, des chevaliers', des abbés*, des

1. JJ 108, n-95, 114, 358 ; JJ 110, n- 267 ; JJ 114, n* 208; JJ 120, n"54^ 279 ; JJ 122, n* 170 ; JJ 123, n* 158.

2. JJ 108, n- 202, 262, 334; JJ 109, n» 178; JJ 110, n" 181, 221.

3. En 1358, Pierre Bercherain, chevalier, tient taverne à Orléans. JJ 90,.

4. En 1380, l'abbé de Saint-Lucien de Beauvais vend à boire dans soiv hôtel aax compagnons. JJ 116, n* 64.

chanoines', des curés', tiennent parfois eux-mêmes des tavernes et, à Toccasion, prennent part, comme cela se passait encore il y a quelque temps en Bretagne, aux luttes des paysans*. Du reste, cette communauté des habitudes, cette familiarité des mœurs, loin de ne se point concilier avec l'inégalité profonde des conditions qui caractérisait la société du moyen Age, en était, au contraire, le résultat. C'est 1& seulement où une ligne de démarcation bien nette ne sépare pas les diverses classes qu'elles affectent d'ordinaire de se tenir à distance les unes des autres.

Quand Bertrand ne fait pas ainsi la petite guerre avec les jeunes gars des environs de la Motte-Broons, il s'efforce de reproduire la plupart des exercices chevaleresques. Tantôt il établit des barrières ou lices à l'imitation de celles que l'on avait coutume alors d'installer pour les joutes et les tournois; tantôt il dresse des quintaines^ et donne des prix aux vainqueurs en récompense de leur courage.

Au sortir de ces luttes, on s'imagine aisément en quel état rentre le petit batailleur au manoir paternel, les vêtements en lambeaux, le visage tout en sang. Sa mère le gronde fort, lui rappelant la prédiction de la reli-

1. En 1379| Jean d*Apoigny, chanoine, tient taverne à Auxerre. JJ 114, n» 287.

2. Les exemples de curés tenant taverne ne sont pas rares dans les iettres de rémission. JJ 109, n"« 142, 321; JJ 111, n*- 188, 241 ; JJ 114, n»62;JJ 122, n» 165.

3. JJ 108, n- 87, 181. «Et illec avoit luttié et travaillié moult forment 4X)ntre un fort homme, prestre Cauchois, qui moult rudement le getta à terre par plusieurs foiz. » JJ 111, n* 153

4. La quintaine était un jeu ou passe-temps équestre consistant à char- :geravec une lance ou, à défaut de lance, avec un b&ton ou un épieu, ce qu*on appelait un quintj sorte de mannequin mobile sur un pivot, habillé et armé d'une épée ou de quelque autre instrument de percussion. Quand il arrivait à un des champions de frapper le quint autrement qu*en pleine

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