‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 60 sur 286 · Oncques tel escuier ne fu ou monde en vie · texte numérisé non relu

Oncques tel escuier ne fu ou monde en vie

[Chron. rimée, p. 39, vers 1002.)

Qu*à Bertran venus est, et haut lui escrioit : « EêcuieTj venez cà, et me suiez tout droit. »

(Ibid., vers 1011 et 1012,)

2. « En son vivant (Dagorne, c'est-À-dire Thomas de Dagworth) avoit pour certain ordonné

Qae menues gens de ville, ceulx qui gaingnent le blé, Ne seraient des Engloîs plus prins ne guerroie. »

(Bibl. Nat., ms. fr. n- 1555, ^ 51.)

3. Ckr<mique8, éd. Polain, t. H, chap. lxxzii, p. 144 et 145.

4. Chroniquet de J, Froiuart, t. IV, p. xxx, xx», 69, 70, 302 et 303*

son parti, une pension de deux mille livres et la main d'une riche dame par-dessus le marché : ce fut le bon temps.

Lorsque ces aventuriers, qui le plus souvent étaient, comme Knolles et Croquart, des gens dé la plus basse extraction*, avaient saigné jusqu'à la dernière goutte le laboureur qui n'osait plus cultiver la terre', lorsquHl ne restait plus rien & piller aux alentours de la forteresse dont ils avaient fait leur repaire, ils abandonnaient alors cette forteresse pour aller en occuper une autre dans un pays non encore exploité, sans se soucier en aucune façon du dommage qui pouvait en résulter pour leur parti ^ Comme ils n'étaient venus en Bretagne que pour s'enrichir, une fois leur fortune faite, ils ne voulaient plus courir de nouveaux dangers ; et le lieutenant d'Edouard avait beau réclamer leurs services, ils refusaient de répondre à son appeP. Enfln, détail piquant et vraiment caractéristique, quand le moment leur semblait venu de retourner en Angleterre avec le produit de leurs rapines, plutôt que dé s'embarquer dans un port de Bretagne, ils aimaient mieux prendre la voie de terre et traverser la France, pour échapper à la vigilance ou peut-être pour ne pas éveiller les convoitises jalouses de Gautier de Bentley ^ Ce n'est pas sortir de notre sujet

1. « Car il ne sont chcvalers ne esquiers, mes sont gens de petite value » Mémoire présenté, à la fin de 1351, par Gautier de Bentley à Edouard III sur les réformes à introduire dans le gouvernement de la Bretagne. Bibl. Nat., dép. des mss., collection de Bréquigny, t. LXXV.

2. « Car les povrcs ne osent laborer pur ceo que les capitayns qui les deusent garder, sont compaignons as lieux mains seurs. » Ibid.

3. « Quant un chastiel est destruit par tiel govemement, si vount à un autre et lessent lour fortresses desgarnies, corne ceux qui ne regardent si n*est à lour avantage, car tous jours vount il au plus grant gayn. » Ibid.

4. « A grant payne poet le gardein les assembler, car il sont si riches et si altruantés qu'il ne voillcnt lour corps aventurer. » Ibid,

b, • Quant il sont fait riches par tiele manière, pur doute le gardeyn,

que de rappeler ce défaut de bonne garde des places fortes % ces désordres des gens de guerre' anglais en Bretagne pendant les années 1350 et 1351, car ce furent lày selon toute apparence, les circonstances que du Guesclin mit à protit pour s'emparer vers cette époque du ch&teau du Fougeray.

Edouard ill, par une ordonnance en date du 20 avril 1352, vint porter remède à cette situation en enjoignant à son lieutenant dans le duché de payer désormais aux soudoyers des garnisons une solde suffisante et régulière qui les dispensât de demander leur subsistance au pillage'. Cette mesure venait à point pour relever les affaires anglaises sur le cpntinent. Dès le commencement de cette année, Baldo Doria, amiral de Bretagne au service de Charles de Blois, avait repris aux auxiliaires de Montfort le château de Redon ^ L'armée de terre commandée par Gui de Nesle, sire d'Offémont, maréchal de

ne osent aler en Engleterre par meer, bî s'en vount par France, par sauf conduist, donaunt largement de lour. » Ibid.

1. « Pro defectu bonœ custodiœ castrorum. » Rymer, vol. UI, p. 242.

2. « Pro importune gestu soldariorum, tam Anglicorum quam aliorum, qui, lucris propriis inhiantes Ibid. .

3. « Quod omnes, in hujusmodi munitionibus commoranles, tam homines ad arma quaro sagittarii et alii, ad vadia nostra in partibus illis flolvi solita morentur.

« Ita quod pilagia vel rapinas aliquas in partibus adjacentibus ad nosiram obedientiam existentibus uUo modo non faciant, sed de vadiis suis, quœ eis prompte solvi volumus, sint contenti. » Rymer, vol. IH, p. 242.

4. Dès le 1** avril 1352, Baldo Doria, chevalier, amiral de Bretagne, avait repris aux Anglais le château de Redon dont il con6a la garde, du 1*' avril au 6 juin de cette année, à Tobie la Rage, écuycr, et à Guillaume Gandoufle, connétable de quarante-neuf arbalétriers génois. Le 6 juin, Bonabbes, sire de Rougé et de Derval, lieutenant es parties de Redon pour Gui de Nesle, capitaine souverain en Bretagne, après avoir reçu le château de Redon des mains de Tobie la Rage, le remit à son cousin Jean, sire de Rieux et à GeofTroi de Coesmes, capitaine de la dite ville de Redon. Dom Morice, Preuves de Vhistoire de Bretagne, t. 1, col. 1484 et 148&.

France, lieutenant du roi Jean es parties de Bretagne, fut moins heureuse que la flotte; et bientôt la défaite de Hauron^ où le tir des archers anglais eut raison de la fougue inconsidérée des chevaliers de TÉtoîle*, vint encore une fois abattre le parti français dans le duché et ruiner les espérances des partisans de Charles de Blois.

On a conservé les montres des principaux chevaliers français qui prirent part à la malheureuse expédition de Mauron ; il est remarquable que du Guesclin ne figure dans aucune de ces montres'. Quant au « sire du Guerclin» qui se porta garant pour Charles de Blois avec les seigneurs bretons les plus notables du parti français le 29 novembre 1352% ce personnage est probablement le chef de la branche aînée de la famille, Pierre du Guesclin, seigneur du Plessis-Bertrand ou Bertrand du Guesclin, seigneur de la Roberie, oncle du futur connétable, ou même Robert du Guesclin, son père; on n'aurait jamais désigné ainsi notre Bertrand, encore simple écuyer.

Ici se termine la période la plus curieuse peut-^tre, mais aussi la plus obscure de la via de du Guesclin. Quel dommage que Froissart, qui a si bien peint la vie de surprises, d'embuscades, d'escarmouches du «border» écossais, n'ait pas connu et fait revivre ces luttes de la marche bretonne où Bertrand et ses gars paraissent

IWorbihaO; arr. Ploêrmel, au nord-est de cette dernière ville, à Touest de Rennes et de Monfort<sur-Meu, sur la lisière occidentale de la forôt de Paimpont.

2. L'ordonnance de fondation de l'ordre de TÉtoile est du 16 no> vembre 1351, et la bataille de Mauron se livra le 14 août 1353. S'il faut en croire Froissart, il fallait, pour entrer dans l'ordre de chevalerie insti* tué par le roi Jean, faire serment de ne jamais fuir dans une bataille plus loin que quatre arpents, serment aussi chevaleresque qu'opposé au véritable esprit militaire. Chroniques, t. IV, p. zux, l, 128.

3. Ces montres et ces quittances, au nombre de quarante environ, ont été publiées par dom Morice, Preuves, 1. 1, col. 1475 à 1485.

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