Bibl. Nat., dép. des mss., fonds fr., n* 4987, f
3. Le ch&teau de Montmuran est situé sur le territoire de la commune des Ifs (lUe-et-Vilaine, arr. Montfort-sur-Meu, c. Bécherel), à droite de la route de Rennes à Dinan par Bécherel, à un kilomètre au nord de Téglise des Ifs, à huit ou dix kilomètres au nord de Bécherel dont Montmuran est séparé par les communes de Cardroc et de la Baussaine. Montmuran était au moyen âge le chef-lieu d'une importante chàtellenie. Des anciennes constructions, il reste deux tours imposantes reliées par des logements mo*dernes et une chapelle du style flamboyant qui a remplacé celle ob du Guesclin fut armé chevalier. On montre aussi dans une des tours la chambre qui aurait été habitée par le connétable après son mariage avec Jeanne de Laval, petite-fille de cette Jeanne de Combourg, dame de Tintéoiac, dont il avait défendu le ch&teau.
du Guesclin , car c'est ce jour-là qu'il fut fait chevalier. Bertrand d'Argentré, qui le premier a raconté ce fait de guerre, paraît avoir emprunté la matière de son récit à une tradition locale^; mais le témoignage du vieil historien breton est confirmé par une chronique contemporaine, dont Tauteur inconnu est particulièrement bien informé au sujet des événements survenus sur les frontières de Normandie et de Bretagne. Celte chronique, il est vrai, tout en constatant, comme on Ta vu plus haut, ta présence de Bertrand à Pontorson sous le sire d'Audrehem, ne nomme pas notre héros dans les quelques lignes qu'elle consacre à l'afTairc de Montmuran '. Cependant, comme il n'est aucune des circonstances du récit de d'Argentré qui ne soit en parfait accord avec ce que nous savons par les actes, Thistorien peut et même doit l'admettre, du moins jusqu'à nouvel ordre. •
Informé de la fête que doit donner la dame de Tinténiac au lieutenant du roi de France, Hugh de Calverly, l'un des chefs de la garnison anglo-bretonne de Bécherel, entreprend d'enlever le sire d'Audrehem ainsi que les principaux chevaliers de l'escorte du maréchal, afin d'en tirer de grosses rançons. Il espère prendre à l'improviste
1. Histoire de Bretagne, éd. de 1618, 1. Vf, chap. zxx, p. 397 et 398,
2. « El une autre journée ala le dit mareschal (d'Odenehen) chevauchier vers Bécherel et trouva assez près de MoDmuron Hue de Cevrely et la plus grant partie de la garnison de Bécherel. Et estoit un jour de jeudi abâolu. Et descendirent à pié Tune partie et l'autre et combatirent moût durement. Et fut prins le dit Hue de Cavreley et bien VU" Englois mors et pris, et ceulz qui reschappèrent s'en refuirenl k Bécherel. » (Bibl. Nat., ms. fr. n* 4987, ^ 55.) On lit dans une chronique manuscrite dont Secousse [Preuves de Vhistairede Charles le Mauvais, p. 636) a publié des fragments, que Bertrand fut fait chevalier à une rencontre au pont de Rance en 1358 ; mais le rédacteur inconnu de cette chronique a commis une errear évidente. Du Guesclin, en effet, est qualiOé chevalier dans un acte du dauphin Charles, en date du 13 décembre 1357. V. le n* ix de nos pièces justificatives.
les Français à Montmuran, comme il les a surpris À Gombourg peu de temps auparavant. Ce coup de main aurait peutrètre réussi si du Guesclin, pressentant, avec son flair de vieux routier, les projets de Tennemi, ne les avait déjoués. Bertrand place trente archers en embuscade sur la route que doit suivre Galverly. Pendant que ces archers soutiennent la première attaque , l'éveil est donné à Bertrand et au sire d'Audrehem qui viennent aussitôt à la rescousse. On met pied à terre , et Ton se bat de part et d'autre avec un acharnement inouï. C'est alors qu'un chevalier du pays de Caux, Eslatre des Mares, châtelain de Gaen , émerveillé de la bravoure de Bertrand, le fait chevalier sur le champ de bataille et lui ceint répée. Aux côtés de du Guesclin, et sous ses ordres, <^ombattent Nicole PayneP, Jean Paynel, frère de Nicole, seigneur d'Orange' en Bretagne, Raoul de Beauchamp, Jean RufTier, Jean du Hallay*, Jean de Mutilien*. Au milieu de la mêlée, Enguerrand de Hesdin, prenant & par-
1. Nicole Paynel, dit Hutin, frère de Guillaume Paynel, sire de Hambye (Manche, arr. Coutances, c. Gavray), vinl s'établir à la Roche-Tesson, après Toccupalion de Hambye par les Navarrais de Gavray pendant la première moitié de 1357; il est cité parmi les gentilshommes qui, en 1358, marchèrent contre les Jacques {Chron, des quatre premiers Valois, p. 74).
2. Le flef d'Orange était situé k Yieuxvy-sur-Couesnon (lUe-et-Vilaine, arr. Rennes, c. SaintrAubin-d'Aubigné), paroisse où Bertrand avait hérité d'un moulin du chef de sa mère Jeanne Malemains (Morice, Preuves^ 1. 1, col. 1542).
3. En 1352 et en 1355, Guillaume du Hallay était capitaine et ch&telain de Fougères pour la comtesse d'Étampes, dame de Fougères. Bibl. Nat., Quiti., t. IV, n* 227, et t. X, n* 493.
4. Bertrand d'Argcnlré n'aurait-il pa« écrit par erreur Jean de Mutilien, pour Guillaume de Mucelian, comme il a mis peut-être Jean du Hallay pour Guillaume du Hallay? Ce qui est certain, c'est que, du temps que Pierre de Villiers était capitaine de Pontorson, c'est-à-dire entre 1353 et la fin de 1357, Guillaume de Mucelian, chevalier, faisait partie de la garnison de Sacey (Manche, arr. Avranches, c. Pontorson) ; et le régent accorda, en mars 1359 (n. st.), des lettres de rémission à Henri Legay, écuyer, qui
tie Galverly, le charge avec une telle impétuosité, qu'il l'abat par terre et le contraint à se rendre. Bertrand fait aussi beaucoup de prisonniers. Une centaine d'Anglais environ restent entre les mains des vainqueurs; quelques-uns seulement parviennent à s'échapper et regagnent Bécherel.
Tous ces détails, quelle que soit la source où Bertrand d'Argentré ait puisé son récit, s'adaptent bien & ce que l'on sait des personnages qui y figurent. Eslatre des Mares qui, d'après l'historien breton, conféra à du Guesclin Tordre de chevalerie, était en effet originaire du pays de Caux*; de plus, il occupait, au moment oii se passa l'affaire de Montmuran, le poste de ch&telain de Gaen'. Nous avons vu plus haut que le sire d'Audrehem était dans cette ville le 1*' février; il n'est donc pas étonnant qu'Arnoul, en sa qualité de lieutenant du roi de France en Normandie, ait emmené avec lui le ch&telain d'une des principales places fortes de son gouvernement, pour l'accompagner dans son expédition en Bretagne. On n'est pas surpris davantage de retrouver à Montmuran Enguerrand de Hesdin, le compatriote et le fidèle compagnon d'armes de Baudouin d'Annequin, qu'une chronique contemporaine nous a déjà montré organi-
avait sen'i en la compagnie de ce chevalier. V. le n* xvii des pièces jufttiflcalives.
1. Ce chevalier est appelé « Alacres de Mares, chevalier, de la baillie de Caux»i dans une quittance du 12 juillet 1350 (Bibl. Nat., titres scellés de Clairembault, vol. LXX, n* 476B).
2. Dans une quittance du 18 février 1354 (r. st.), Eslatre de ou des Mares est mentionné comme châtelain de Caen (Bibl. Nat., mss. fr., n* 22 468, f' 7), dans un mandement du 31 mars 1355 (n. st.) comme capitaine de Caen (n* vu des pièces justificatives), comme ch&telain et capitaine de Caen dans des quittances des 2 juin (Bibl. Nat., Quitt., t. IX, n* 337), 25 juin (/6i(i., n« 379) 1355, et du 13 avril 1356 (Quitt., t. X, n* 531), enHu, comme capitaine du ch&teau de Rouen, dans une quittance du 6 septembre 1357 (Qui//., t. XI, Q* 748).
sant des joutes à Pontorson de concert avec Bertrand du Guesclin.
Si nous nous sommes tant efforcé de donner quelque consistance historique à la légende du combat de Montmurauy c'est que la promotion de notre héros dans l'ordre de chevalerie fut le point de départ indispensable de ses hautes destinées. De pure forme ou à peu près pour les princes du sang et les grands feudataires, le titre de chevalier était au contraire fort difficile à obtenir pour les nobles d'un rang inférieur, surtout quand ils étaient peu favorisés de la fortune. Pour en être revêtu , il ne suffisait pas de faire preuve de bravoure, de mérite personnel ; il fallait encore mener un certain train de vie et être assuré de ce qu'on appellerait aujourd'hui une situation honorable. On ne s'expliquerait pas autrement la promotion tardive d'un homme de la valeur de du Guesclin, alors âgé d'environ trente-quatre ans, et il n'est pas sans intérêt de remarquer, & ce point de vue, qu'en 1354, au moment de l'airairc de Montmuran, Bertrand venait précisément de recueillir, en sa qualité d'atné , tout l'héritage patrimonial laissé par son père mort l'année précédente. Le vainqueur du Fougeray, l'ancien chouan des forêts de Teillais et de Paimpont avait peutrêtre aussi à surmonter certaines difficultés qui lui étaient personnelles et qui tenaient & son genre de vie d'autrefois. Bertrand n'avait pas fait seulement aux Anglais la guerre de partisan ou, si l'on veut, de maraudeur; il n'avait eu pendant longtemps pour soudoyers que des vilains, il s'était mis à la tête de simples gars, et c'est ce que les préjugés chevaleresques du temps devaient voir avec une certaine défaveur. L'héritage paternel, le rôle brillant de notre écuyer dans les tournois de Pontorson, avaient commencé à l'entourer de ce prestige sans lequel il lui eût été difficile
de s^avancer malgré son génie militaire et son admirable bravoure. La robe blanche du chevalier, cette robe que« s'il faut en croire une tradition locale, il revêtit selon la coutume dans la chapelle même du château de Montmuran, acheva de recouvrir ce que ses contemporains auraient pu trouver de trop humble ou même de risqué dans l'aventureuse pauvreté de ses débuts. C'est à partir de ce moment que Bertrand, peut- être en souvenir de la veillée des armes et de la cérémonie religieuse de sa promotion, adopta son fameux cri d'armes: a Notre-Dame Guesclin î » qui devint bientôt la terreur des Anglais.
Toutes les circonstances étaient réunies pour que cette journée du jeudi saint, 10 avril 1354, frappât vivement rimagination de du Guesclin et de ses compagnons d^armes. Le château où le futur connétable fut fait chevalier, (c couronne la crête d'un rocher & pic qui, comme l'indique le nom de Montmuran, semble murer Textrémité d'un vallon creusé en forme de cirque dans la chaîne de hauteurs nommée « Kein or Breiz », Téchinc bretonne'. » C'est un des plus beaux points de vue de la péninsule armoricaine qui, en-dehors de ses rivages, oiFre assez peu de sites grandioses : le paysage était digne de la scène.
Aussi, une tradition locale non interrompue a conservé jusqu'à nos jours le souvenir de ce glorieux fait d'armes. Ce souvenir fut d'ailleurs ravivé, vingt ans après l'affaire de Montmuran, par le mariage de notre héros , veuf de Tiphaine Raguenel, avec Jeanne de Laval, la petite-fille et l'héritière de la dame de Tinténiac*, & qui Bertrand
1. Baron Ernouf, Revue contemporaine j n* do 15 décembre 1866, p. 421.
2. Jeanne de Laval, seconde femme de du Guesclin, était fille de Jean de lAval, sire de Chàtillon, etd'Isabeau de Tinténiac, pctite-ûlle par con-
BBBTRAICD DU OUESCUN. I — 9
avait rendu un si éminent service dans la journée du 10 avril 1354. Du Guesclin a cela de commun avec un autre grand capitaine des temps modernes que son second mariage lui porta malheur et entraîna pour lui les plus fâcheuses conséquences. Lorsque Charles Y tenta prématurément en 1379 Tannexion de la Bretagne à la Couronne, comme les Laval prirent ouvertement parti pour l'autonomie du duché contre le roi de France, l'alliance du connétable avec une dame de cette Tamille le mit dans la position la plus fausse, et fit môme concevoir des soupçons fort injustes sur sa fidélité. Yoilà pourquoi sans doute Cuvelier, qui écrivait son poôme au lendemain de ces événements , pendant les premières années du règne de Charles YI, craignant de déplaire aux oncles du roi alors tout-puissants, a passé sous silence tout ce qui se rattachait de près ou de loin & cet épisode irritant de la vie de son héros; il n'a pas dit un mot de TafTaire de Montmuran , non plus que du second mariage de du Guesclin avec Jeanne de Laval et du rôle du connétable dans les affaires de Bretagne, en 1379. Entre autres prisonniers faits par du Guesclin au corn-
séquent de Jean, sire de Tinléniac, tué à Mauron, et de Jeanne de Dol, dame de Tinténiac à Tépoque du combat de Montmuran. Jeanne de Laval M maria au connétable par contrat passé h Rennes, le samedi 21 janvier 1374 (n. st.). Après la mort de Bertrand, elle se remaria par dispense du pape avec Gui XII, sire de Laval, son cousin. Jeanne de Laval vivait encor? en 1429, et dans les premiers mois de cette année Jeanne d'Arc voulut témoigner, par Penvoi d'un bien petit anneau d'or, de sa vénération pour celle qui avait eu l'honneur de porter le nom de du Guesclin : « La pucelle, écrivait Gui de Laval à sa grand'mère, m'a dit en son logis, comme je la suis allé y veoir, que trois jours avant mon arrivée, elle avoit envoyé à vous, mon aieulle, un bien petit anneau d'or, mais que c'estoit bien petite chose, et qu'elle vous eust volontiers envoyé mieulx, considéré vostre recommandation (Procès de Jeanne d'ArCj publiés par J. Qaicherat, t. V, p. 109). Cet anneau d'or, envoyé par Jeanne d'Arc à la veuve de Berirand du Guesclin, n^est pas le moins touchant des hommages qu'ait reçus la mémoire du bon connétable.
bat de Montmuran, se trouve un des proches de Guil* laume Trussel, chevalier anglais de la plus haute distinction. Celui-ci envoie un exprès à Bertrand pour négocier la mise en liberté de son parent. Cet exprès est muni d'une obligation scellée par laquelle Guillaume se porte garant du payement de la rançon, mais notre héros refuse de souscrire à cette requête. Outré de ce refus, Trussel fait défier Bertrand et lui demande combat de deux coups d'épée et de trois coups de lance. Du Guesclin accepte le défi à condition que celui qui sera vaincu payera cent écus pour faire les frais d'un banquet offert & l'assistance. On prend jour et Ton se donne rendez-vous & Pontorson, avec la permission du sire d'Audrehem, gouverneur pour le roi Jean en basse Normandie ^
Guillaume Trussel sert alors sous les ordres de Henri, duc de Lancastre. Ce prince, qui connaît la force et l'adresse extraordinaires de Bertrand, ayant entendu parler du défi, en prévoit l'issue et bl&me fort le chevalier anglais. Pour le détourner, il lui représente que du Guesclin est malade, on vient d'en recevoir la nouvelle, et atteint de la fièvre. « Il ne vous sera pas tenu à honneur ajoute-t-il, de vous battre contre un malade et de provo-
1. « Par la permission du seigneur d'Andrehan, qui esteit gouverneur pour le roy en la basse Normandie^ qui depuis fut mareschal de France.* (B. d'Argeniré, Hitt. de Bretagne, éd. de 1618, p. 409.) Ces lignes donnent lieu de croire que d*Argentré s'est trompé en plaçant le duel de du Guesclin contre Trussel après la levée du siège de Rennes par le duc de Lancastre, c'estrà-dire à la fin de 1357. Nommé lieutenant es parties de Normandie, le 2 août 1353 (JJ 81, n* 18), Arnoul, sire d*Audrehem, maréchal de France, quitta cette province à la fin de 1354 ou au commencement de 1355 pour aller en Picardie, Artois et Boulonnais, pays dont le roi Jean lui confia le gouvernement par acte du 1*' janvier 1355 (JJ 84, n* 181 ; JJ 86, n* 251 ; JJ 89, n* 163). Une autre circonstance de ce récit, qui prouve combien la chronologie de d'Argentré est défectueuse, c'est que, selon cet historien, Arnoul n'était pas encore maréchal de France en 1357 tandis qu'en réalité le sire d'Audrehem fut investi de cette charge dès le mois de juin 1351.
132 CHAPITRE V (1350-135fi).
quer quelqu'un qui a la fièvre. » Piqué de ces reproches, Trussel fait dire à Bertrand qu'ayant appris sa maladie il n'entend pas combattre sa fièvre et que, voulant avoir affaire à lui tout entier, il attendra que son adversaire ait recouvré la santé. « Que celui qui m'a provoqué, répond Bertrand, ne fasse point d'excuse pour moi pas plus que je n'en veux faire moi-même : tel que je suis, je me mesurerai contre mon agresseur. Ce n'est pas honneur à un assaillant de retirer son gage, sans coup frapper. Que messire Guillaume garde son assignation ; quant à moi, je suis bien résolu à la garder : je serai au rendez-vous et je le combattrai. »
Cette réponse rend le duel inévitable. Au jour assigné, Trussel se trouve à Pontorson avec son écuyer, il monte un coursier magnifique et entre le premier dans le champ clos. Bertrand, de son côté, ne tarde pas à paraître, suivi de son écuyer nommé Hamon Leraut ; il est très-pâle, il a l'air tout affaibli et comme exténué par la fièvre. Dès qu'ils sont en présence, les deux champions s'élancent au grand galop l'un contre l'autre. On se bat d'abord à coups d'estoc. A la première passe, Trussel assène un si grand coup dans Técu de son adversaire qu'il lui fait perdre les arçons. Les tenants de du Guesclin, son parrain Bertrand de SainlrPern, son cousin Olivier de Mauny, Beaumanoir, Raguenel vicomte de la Beliière, ne peuvent retenir un cri de frayeur; ils s'imaginent que Bertrand est blessé et croient un moment qu'il a perdu la partie. Mais notre héros se remet vivement en selle ; et bientôt, conformément à la convention, après les deux coups d'épée, l'on en vient aux lances. A ce combat, Bertrand, comme si la chaleur de la lutte, en chassant la fièvre, lui avait rendu des forces, retrouve tous ses avantages. Il donne un tel coup au chevalier anglais en l'attache de J'écu, qu'il lui transperce l'épaule. Trussel tombe
étendu dans le champ ; il est forcé de s'avouer vaincu et de payer les cent écus. Du reste, la fortune semble réserver ce jour-là toutes ses faveurs pour les Français. Après la victoire de du Guesclin, son écuyer Leraut, Jean Ruffier, un nommé Tournebu, chevalier de la maison du sire de Longueville, Jean Martel, du pays de Falaise, entrent en lice à leur tour contre des Anglais, et ont aussi raison de leurs adversaires.
Quatre jours seulement avant le combat de Montmuran, le 6 avril 1354, des conférences tenues devant Guinés, à rinstigation du cardinal Gui de Boulogne, avaient abouti au renouvellement de la trêve qui fut prorogée jusqu'au !•' avril 1355*. Cette trêve fut immédiate^ ment notifiée à Thomas de HoUand ' qu'Edouard avait institué, le 18 mars précédent, son lieutenant dansleduché de Bretagne et es parties de Poitou en remplacement de Jean Avenel '. Pendant la seconde moitié de cette année, les principaux seigneurs bretons, partisans de Charles de Blois, firent une nouvelle tentative pour obtenir la mise en liberté de ce prince ; ils se rendirent en Angleterre, et, sur leurs instances, Edouard autorisa de nouveau son prisonnier, par acte en date du 10 novembre *, à repasser en Bretagne. Des lettres de saufconduit furent délivrées le même jour à ces mêmes seigneurs, au nombre de seize, qui, après avoir accompagné leur duc sur le continent, devaient revenir en Angleterre se constituer otages en cas de non-payement de la rançon, si Charles de Blois en personne n'était pas de retour avant le 24 juin 1355^ Jean, vicomte de Rohan,