‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et de son époqueChapitre 70 sur 286 · Ibid., p. 290 b. Ibid,, p · texte numérisé non relu

Ibid., p. 290 b. Ibid,, p

Thibaud, sire de Rochefort, Bonabbes de Rougé, sire de Derval, Jean de Beaumanoir étaient les chefs de cette députation ; mais parmi les seigneurs moins importants, à côtéd'Éven Charruelet de RobertdeSaint-Pern, figure « Bertrand de Gloaqun*» » Est-ce notre Bertrand? Il y a d'autant plus lieu de le croire que d'Argentré fait jouer un rôle à notre héros ainsi qu'à Ëven Charruel dan» une anecdote qu'il raconte au sujet de cette ambassade» Il est vrai que le vieil historien breton place ces événements en 1351, mais il ajoute que les députés bretons amenèrent à Edouard les enfants de Charles de Blois^; et il est certain que Gui et Jean de Blois ne furent otages en Angleterre qu'à partir des premiers mois de 1353*. Une autre circonstance qui oblige de rapporter à la députation mentionnée dans les lettres de sauf-conduit du 10 novembre 1354 l'anecdote racontée par d'Argentré^ c'est que l'on n'en connaît pas d'autre où les actes constatent la présence simultanée d'Ëven Charruel et de Bertrand du Guesclin.

S'il fallait en croire le même historien, le séjour des seigneurs bretons à Londres aurait été signalé par des fêtes qu'Edouard aurait données en leur honneur et par un tournoi magnifique auquel il les aurait invités. Quelques-uns, notamment Beaumanoir, Charruel, Geoffrot de Dinan, Henri de Pledran, Bertrand du Guesclin^

1. Rymer a Tu on du moins Ton a imprimé: Gloaquiiy mats il est préférable de voir un n dans les deux derniers jambages de ce mot et de lire : Gloagun. Dom Morice, reproduisant ce tekte [Preuves de ['histoire de Bretagne^ 1. 1, col. 1496), a ajouté un jambage et imprimé : Glooujuin,

3. Le 18 juin 1353, Édoufird III accorda des lettres de spéciale sauvegarde à Normand le Vicomte et à Hugues de Redynges, valets de Charles de Blois, pour eux et pour les vivres destinés à la nourriture des flls da duc qui sont déjà otages en Angleterre. Rymer, vol. III, p. 259.

DU GUESCLIN FAIT CHEVAI.IER A MONTMURAN, 135

Saint-Pern, Frehières et Pierre du Boisboissel * , après s'être fait prier, parce qu'ils connaissaient la jalousie des Anglais, auraient fini par accepter Tinvitation. Les joutes auraient eu lieu à trois rangs ; un favori du roi y aurait trouvé la mort, et les Bretons auraient remporté le prix. Edouard III proscrivit les tournois avec tant de rigueur pendant tout le cours de son règne, comme nous aurons l'occasion de l'établir plus loin, que ce récit de d'Argentré semble un peu suspect, à moins de supposer pourtant que la défense dont nous parlons s'appliquait seulement aux tournois entre Anglais, tandis que le roi aurait toléré ces exercices entre les chevaliers de sa nation et ceux des pays étrangers.

A l'occasion du voyage et du séjour de Charles de Blois en Bretagne, il fut convenu qu'outre la trêve générale entre les rois de France et d'Angleterre conclue le 6 avril précédent, il y aurait une trêve spéciale dans le duché, du 11 novembre 1354 au 24 juin 1355% entre les partisans du mari de Jeanne de Penthièvre, d'une part, ceux de Montfort et les Anglais, de l'autre. D'après une anecdote rapportée par d'Argentré, à laquelle nous avons déjà fait allusion, Edouard voulut un jour faire jurer aux seigneurs bretons qui étaient venus à Londres d'observer fidèlement cette trêve; et comme ceux-ci gardaient le silence, parce qu'en parlant à cœur ouvert, ils auraient craint de dire quelque chose de blessant pour le roi d'Angleterre : « Nous l'observerons, répondit Bertrand avec brusquerie, conime vous l'observerez vous-

1. Rymer ne mentionne ni Frehières ni Pierre du Boisboissel parmi les députés bretons qui se rendirent en Angleterre au commencement de 1353 ou à la fin de 1354 ; ces noms ne sont cités que par d'Argentré. HisL de BretagnCf p. 395.

2. Rymer, vol. IH, p. 291. Cf. dom Morice, Preuves, L I, col. 1495 et 1496.

même; s'il vous arrivait de l'enfreindre, ainsi feronsnous. » L'orgueilleux monarque eut peine à se contenir en entendant un pareil langage où Ton mettait en doute sa bonne foi et où un simple chevalier lui parlait d'égal à égal ; il était sur le point de faire un mauvais parti & du Guesclin. Voyant que Tincident menaçait de tourner au tragique, Éven Charruel comprit qu'il fallait atténuer n'importe comment l'effet de cette imprudente sortie, ce Sire, ajouta-t-il aussitôt, ne faites pas attention aux paroles de Bertrand, c'est un cerveau détraqué; il ne sait pas la moitié du temps ce qu'il dit: nous l'avons pris avec nous comme un fou pour nous faire rire et nous amuser de ses saillies ^ »

Les Bénédictins prétendent que, malgré les lettres de sauf-conduit du 10 novembre 1354, le voyage projeté par Charles de Blois en Bretagne à la fin de cette année n'eut pas lieu alors '. Ce qui est certain, c'est que la trêve du 11 novembre fut très-mal observée dans le duché par les deux partis. A son retour d'Angleterre, Bertrand fut informé que les Anglais de la garnison de Bécherel avaient pris le château de la Roche aux Anes, situé sur la rivière deRance, que delà ils faisaient sans cesse des courses sur le plat pays de Saint-Malo et de Dol, et qu'il n'y avait paroisse qu'ils n'eussent pillée et mise à rançon jusqu'au Guildo. Notre héros tenait alors garnison à Châteauneuf de la Noue', non loin de Dinan. Il manda auprès de lui les principaux capitaines des environs, Olivier et Éon de Mauny ses parents, Robert de Pleguen, Lucas de Maillechat, Henri et Jean Hongar, le

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