Chroniques de J, Froissart, t. IV, p. 270 et
2. Chroniques de J. Froissart, t. IH, p. 142^ 143, 373 et 375.
l'esprit de parti dénaturent les faits. Il en faut plutôt croire deux témoins oculaires, deux ennemis, d'abord le confesseur d'Edouard III, Michel de Northburgh, qui dit dans une lettre écrite peu après l'événement que les Anglais « eurent fort & faire, que les Français défendirent résolument le pont et montrèrent un grand courage % » puis Edouard III lui-même, qui reconnaît que les bourgeois de Caen « se défendirent fort bien et trèscourageusement, de telle sorte que le combat fut long et la victoire très-disputée *. » Pour en revenir au langage prêté par Froissart & Philippe de Valois, il y a lieu de croire que la conduite des soudoyers des communes ne fut ni pire ni meilleure que celle des gentilshommes à Blanquetaque et à Crécy ; mais, en ce qui est de l'aiTaire de Caen, le prince, qui se montrait si hostile & l'admission des non nobles dans les rangs de son armée, ne pouvait choisir plus mal son exemple. Gomment ! voilà de simples bourgeois de Caen qui, sans même attendre le concours de la garnison du château, avec un courage poussé jusqu'à la témérité, entreprennent de défendre leur ville, alors complètement ouverte, contre une armée anglaise tout entière, qui, s'ils ne réussissent pas dans une lutte aussi inégale, excitent du moins l'admiration de leurs adversaires ; et pourtant une année s'esta peine écoulée qu'on ne craint pas de citer leur conduite pour prouver que les gens des communautés fondent dans la mêlée comme la neige au soleil ! En vérité, pour contenir son indignation, on éprouve le besoin de penser que la narration du chroniqueur est de pure fantaisie et
1. !bid,j p. xzzviii, note 1, d'après Robert de Avesbury, Hist. Ed. !lly p. 126.
2. Ibid., p. XIX, note 1, d'après une lettre publiée par Jules Delpit, Collection générale des documents français qui se trouvent en AnglC' terre, iii-4, 1847, p. 71.
qu'un roi de France n'a jamais aussi étrangement méconnu l'intrépidité patriotique de ses sujets.
Philippe de Valois s'était servi surtout de la proclamation du ban comme d'un expédient financier et n'avait voulu tirer que de l'argent de ses bonnes villes; Jean, à notre avis mieux inspiré que son père, leur demanda des hommes. Menacé au commencement de 1355 d'une nouvelle invasion anglaise, le roi de France convoqua à Amiens le 17 mai de cette année le ban et l'arrière-ban, c'est-à-dire tous les hommes valides depuis dix-huit jusqu'à soixante ans*; mais les communes, à leur tour, ne répondirent pas ou répondirent mal A son appel. Nous apprenons par de curieuses lettres de rémission octroyées en décembre 1355 aux habitants de Paris, que les contingents des bonnes villes, outre qu'ils étaient fort incomplets, n'arrivèrent pas en temps*. C'est que rien ne s'improvise et qu'on ne transforme pas par décret, du jour au lendemain, de paciflques bourgeois en soldats. Pour que cette convocation de l'arrière-ban eût porté ses fruits, il eût fallu d'abord qu'au lieu d'être un expédient provisoire, une ressource suprême employée seulement en temps de crise ^ elle de-
1. Arch. Nat., sect. bist., K47, n* 35. Cette ordonnance manque dans le recueil de Secousse.