Rymer, vol. III, p. 336 et
mari de Jeanne de Penthièvre s'engagea à payer pour sa rançon sept cent mille florins en cinq ans et h laisser ses deux (ils, Jean et Gui, otages en Angleterre jusqu'au parfait payement de cette somme. 11 fut stipulé en outre qu'on rendrait à Edouard, avant le 24 juin 1357, toutes les pièces relatives & un mariage projeté à la fin de 1352 ' entre Jean de Bretagne, fils aîné de Charles de Blois, et l'une des filles du roi anglais. Edouard, lorsqu'il s'était prêté It ces négociations, était déjà tuteur du jeune comte de Hontfort, auquel il avait fiancé la princesse Marie; et l'on comprend qu'il eût & cœur de faire disparaître toute trace d'un arrangement qui aurait pu être si préjudiciable aux intérêts de son pupille et de son futur gendre.
Trois jours avant la signature du traité du 10 août, Edouard avait accordé & Charles de Blois des lettres de sauf-conduit pour retourner en Bretagne avec sa fille Marie et une suite de quarante personnes. Du reste les négociations qui aboutirent & cette mise en liberté définitive du prisonnier de la Roche - Derrien n'avaient jamais été interrompues depuis le dernier voyage de Charles en Bretagne. Grâce aux lettres de sauf-conduit du 7 août 1356, nous connaissons les noms des principaux personnages qui avaient pris part à ces négociations : c'étaient Robert de Saint-Pern, Éven Charruel, Etienne Goyon , Guillaume du Châtellier, Pierre Poulart, chevaliers; Jean Beaucours, Rainfroi le Veir, grand chantre de Dol, Jean Kermoisan, Olivier de Morzelles et Alain Chanu '. Il n'est pas impossible que Bertrand du Guesclin ait fait partie de cette dépuiation où l'on re-
1. Dom Morice, Preuves de VhUtoire de Bretagne^ t. I, col. 1486 et
2. Rymer, vol. III, p. 335. Cf. dom Morice, Preuves, t. \, col. 1508 et
trouve quelques-uns des membres les plus considérables de l'ambassade de 1354, notamment Ëven Charruel; toutefois il faut reconnaître que cette conjecture a contre elle le silence des actes, puisque notre héros, auquel Edouard avait délivré des lettres de sauf-conduit le 10 novembre 1354, ne figure pas parmi les chevaliers bretons qui en obtinrent nommément le 7 août 1356.
Charles de Blois débarqua à Tréguier, sans doute dans le courant du mois d'août. Sa première visite fut pour l'église cathédrale où il fit déposer dans le tronc de la fabrique dix écus de Jean et gratifier de cinq florins chacun des cinq vicaires ; il donna aussi cinq florins à la fabrique de l'église de Saint-Tugdual. Le lendemain il alla rejoindre à Guingamp sa femme, Jeanne de Penthiëvre*. Le bonheur qu'eurent les deux époux de se revoir dut être mêlé de bien de l'amertume , car leurs afTaires étaient alors dans la situation la plus déplorable. Sauf la partie occidentale du diocèse de Tréguier, les Anglais étaient les maîtres de toute la Bretagne bretonnante : Saint-Pol-de-Léon , Saint-Mathieu , Brest, le Conquet, Quimper, Conk [aujourd'hui Concarneau), Quimperlé, Suscinio, Hennebont, Âuray, Vannes, étaient en leur pouvoir. Ils avaient même des postes avancés dans la Bretagne gallot comme Ploermel et Bécherel, d'où ils inquiétaient les garnisons françaises des environs de Rennes, et le Fougeray, Châteaubriant , Blain, Guérande*, d'où ils menaçaient Nantes. Ils ve-
1. Déposition de Mathieu Rouaud, écuyer, alors clerc du t'eceveur de la Roche-Derrien dans Tenquéte faite en 1371, pour la canonisation de Charles de Blois. Bibl. Nat., dép. des mss., fonds latin, n* 5381, 1. 1, f" 319 V et 320.
2. Toutes ces localités étaient déjà au pouvoir des Anglais en 1355, comme on le voit par un mandement adressé par Edouard III le 14 septembre de cette année aux capitaines de ses forteresses en Bretagne. Rymer, vol. HI, p. 312. Cf. Morioe, Preuves, 1. 1, col. 1498 et 1500.
188 CHAPITRE Vil.
naient depuis quelques mois de prendre pied en basse Normandie, non loin des confins de la Bretagne, en occupant Saint'Sauveur-le-Vicomte que leur avait livré Godefroi de Harcourt. Enfin, au moment où Charles rentrait dans son duché, le duc de Lancastre, lieutenant du tuteur de Montfort, en s'emparant au mois de septembre 1356, soit dans le cours de sa chevauchée vers la Loire, soit au retour de cette chevauchée , de Domfront, de Messei, du Bois de Maine et de quelques autres forteresses, tendait à rendre plus difficiles les communications entre la presqu'île bretonne et les provinces limitrophes de Normandie, du Haine et de TAnjou d'où le roi de France était le plus à portée de venir au secours de son allié.
Les Anglais rencontrèrent d'autant moins de résistance que Jean, sire de Hangest, nommé, au commencement de 1355, lieutenant sur les frontières de Normandie et de Bretagne en remplacement du sire d'Audrehem, était allé dès le mois d'août' 1356 rejoindre le roi Jean avec le gros de ses forces; il avait combattu & Poitiers ; et, comme il avait été assez heureux pour n'être ni tué ni fait prisonnier dans cette néfaste journée, le régent l'avait nommé capitaine général es parties de Poitou et de Saintonge ', poste qu'il occupait encore en 1357. Mais les forteresses, placées sur les limites de la Normandie et de la Bretagne, étaient trop importantes pour qu'on les dégarnit de leurs garnisons : Pierre de Villiers, ca-
1. Jean, sire de Hangest, lieutenant du roi es parties de Normandie par devers la Bretagne, donna quittance à Pontorson le 15 mars 1356 (n. st.), & Caen le 24 mai, à Rouen le 25 août de la môme année. Bibl. Nat., dép. des mss.^ Titres originaux , au mot Hangest, V. le n* vin des pièces justificatives.
2. On a un mandement de Jean, sire de Hangest, capitaine pour le roi es parties de Poitou et de Saintonge, daté de .Poitiers le 28 octobre 1356. Ibid,
pitaine de Pontorson, était donc resté pour garder ce château ; et il paraît que , si du Guesclin lui aussi ne se battit pas à Poitiers, c'est qu'il servit sous les ordres dudit Pierre depuis le 7 août 1356 jusqu'au 3 mars suivante
Non content de la prise des places indiquées plus haut, le duc de Lancastre mit le siège devant Rennes dans les premiers jours d'octobre, comme pour se consoler de n'avoir pu prendre part à la victoire de Poitiers remportée par le prince de Galles quinze jours auparavant. Le siège de Rennes est une des plus glorieuses étapes de la carrière militaire de du Guesclin ; c'est alors que sa renommée, qui jusqu'à ce moment n'avait guère franchi les limites de la Bretagne, se répandit en France. Aussi Cuvelier n'a-t-il pas consacré moins d'un millier de vers à cet épisode de la vie de son héros. Le trouvère picard a commis de nombreuses erreurs de détail que nous aurons l'occasion do relever. Néanmoins, conrnie il écrivait son poëme quelques années seulement après la mort du connétable, les principaux faits qu'il raconte ont dû lui être rapportés par d'anciens compagnons de Bertrand et peut-être par des témoins oculaires.
D'après Cuvelier, dont la version parait avoir été acceptée jusqu'à ce jour, sans discussion, par la plupart des historiens, le sire de Penhoêt, dit le Tort Boiteux, aurait commandé la place assiégée'. D'un autre côté , s'il fallait ajouter foi au témoignage d'un chroniqueur contemporain dont le récit est généralement exact et digne de conGance, le capitaine de Rennes était Ber-
1. Ces dates, qui semblent trop précises pour n^avotrpas été fournies par des documents originaux, sont empruntées à une notice imprimée sur du Guesclin trouvée dans les papiers de d*Hozier. Bibl. Nat., Titre* originatiXf au mol Du Guesclin,
2. Chronique rimée, éd. Charriére, 1. 1, p. 41, vers 1056 et 1057.
trand de SaintrPem *, qu'une tradition fort ancienne et très-accréditée désigne comme le parrain de du Guesclin. Du reste , il n'est pas impossible de concilier deux assertions qui semblent au premier abord contradictoires. A cette époque, toute ville fortifiée qui, comme Rennes, était pourvue à la fois d'un château et d'une enceinte, av^it ordinairement deux chefs militaires, un ch&telain, préposé à la garde du château proprement dit, et un capitaine, chargé de la défense des remparts. Le sire de Penhoét , surnommé le Tort Boiteux , put avoir le titre et remplir l'office de châtelain , tandis que Bertrand de Saint-Pern exerçait de son côté les fonctions de capitaine de la ville. Malheureusement il n'y a là que des conjectures plus ou moins vraisemblables que des actes, émanés de Bertrand deSaint-Pern et du sire de Penhoêt pendant la durée du siège dont il s'agit, pourraient seuls, si nous les possédions, changer en certitude.
Les mêmes doutes s'élèvent dans l'esprit, la même incertitude subsiste, lorsqu'on voit Froissart' et certains historiens bretons compter au nombre des défenseurs de Rennes le sire de Derval , le vicomte de Rohan , le sire de Laval et Charles de Dinan. Cette assertion est inexacte , au moins en ce qui concerne Bonabbes ou Bonabbé de Rougé, sire de Derval, qui fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers et emmené en Angleterre. Bertrand d'Argentré cite, on ignore sur quel fondement, parmi les principaux capitaines de la garnison Geoffroi Charruel, sans doute un parent, sinon un frère d'Éven
1. « Environ ce temps, mist le duc de Lenclastre le siège devant Reynes en Bretaigne, lequel siège dura bien huit mois et plus. Et estoit dedens Bertran de Saint Pcre cappitaine de la vitUy et y estoit Bertran du Glaiquin et grant foison de nobles chevaliers et escuiers du pais de Bretaigne. » Bibl. Nat., mss., fonds français, n* 4987, f~ 59 v* et 60.