Vienne, arr. Poitiers, c. la Villcdieu
était très-forte, si forte que le premier devoir de l'agresseur était de la faire explorer sous toutes ses faces, par tous les côtés, afln d'en trouver, s'il était possible, le point vulnérable. Quel que fût le résultat de cette exploration, il fallait, dans tous les cas, couper à l'ennemi la retraite vers Bordeaux, en faisant occuper par des forces suffisantes, d'une part, la rive gauche du Miausson au sud-ouest, d'autre part, la voie romaine de Poitiers à Limoges au sud-est du campement des Anglais. Ces mesures une fois prises, on pouvait à son choix attaquer le prince de Galles par le côté que Ton aurait reconnu le plus abordable, sinon même par plusieurs côtés à la fois, ou bien l'afTamer en se contentant de le bloquer.
Que fit au contraire le roi de France? Renouvelant sans y rien changer les errements de son père à Crécy, il envoya en éclaireurs dans la journée du dimanche Eustache de Ribemont et trois autres grands seigneurs qu'il chargea de le renseigner sur la situation des Anglais. Eustache de Ribemont était ce chevalier qui s'était rendu fameux, six ans auparavant, sous les murs de Calais, par un combat corps à corps contre le roi d*Angleterre. C'est assez dire que la bravoure personnelle était ce qui le recommandait le plus. Au lieu de contourner la position des Anglais et de Tétudier sous ses divers aspects, Eustache et ses compagnons se bornèrent à chevaucher tout droit devant eux. Us ne reconnurent ainsi que la partie nord du campement de Tennemi, et c'était précisément celle dont Tattaquc offrait le plus de difficultés. On n'y pouvait pénétrer que par un étroit ravin où quatre hommes d'armes auraient pu à peine s'avancer de front, et ce ravin était bordé de haies épaisses où s'étaient embusqués les archers anglais. On peut dire que cette reconnaissance si incomplète fut l'une des principales causes du désastre, car c'est par ce côté le
plus défavorable de tous que le roi Jean fit commencer Tattaque le lendemain au matin, en lançant dans l'étroit ravin dont nous venons de parler Télite de sa chevalerie qui y trouva la mort.
Du reste, si les Français, avant d'en venir aux mains, furent mal renseignés sur la position de leurs adversaires, ils ne semblent pas s'être mieux rendu compte des mouvements de l'ennemi le jour même de la bataille. Ils paraissent avoir toujours ignoré qu'au moment où ils attaquèrent les Anglais, ceux-ci se mettaient en mesure de traverser le Miausson. L'opération du passage était même si avancée que l'avant-garde, commandée par le comte de Warwick, était déjà de l'autre côté de cette rivière. Le prince de Galles, attaqué sur ses derrières, fit volte-face; et ce fut son arrière-garde, placée sous les ordres du comte de Salisbury, qui eut à soutenir le premier choc. Ce qui est certain, c'est qu'aucune chronique française ne mentionne cette particularité d'une importance capitale; elle a été révélée par un héraut* d'armes anglais qui assistait à la bataille.
En présence d'une telle ignorance des mouvements de l'ennemi du côté des Français, qui pourtant se battaient sur leur propre territoire, on serait porté à se demander comment le roi Jean, & défaut d'un service de reconnaissances organisé dans son armée, ne fut pas mieux renseigné par les gens du pays, si un curieux incident rapporté par une chronique du temps ne nous donnait la raison pour laquelle cette source d'informations ellemême dut lui manquer. D'après cette chronique, Renaud Chauveau, évêque de Châlons, fut tué au moment où il s'enfuyait, par un charretier qui la veille avait prié vai-
1. Le héraut Chandos. V. Life of Edward Ihe black prince^ chronique rimée publiée par M. Coxe, vers 1374 & 1376.
nement cet évêque d'intercéder en sa faveur, afin qu'on le remit en possession de ce que lui avaient enlevé par saisie les preneurs du roi '. Tout le monde sait qu'en vertu d'une certaine coutume appelée droit de prise, le roi de France pouvait faire main basse, partout où il passait, sur les bestiaux, grains, fourrages et autres biens meubles nécessaires pour l'entretien de sa maison. Les gens d'armes, de leur cdté, ne se faisaient pas faute de s'approprier ce qui était à leur convenance. Aussi nos paysans, en ce temps-là surtout, fuyaient-ils sur le passage d'une armée, même française, comme à l'approche de la peste. On aurait dit des lièvres qui se blottissent au fond de leurs gîtes jusqu'à ce que les chasseurs aient disparu. Ainsi en fut-il sans doute, les 18 et 19 septembre 1356, des paysans du Poitou, voisins du champ de bataille. 11 ne faut donc pas s'étonner si le roi Jean, réduit à la reconnaissance dérisoire d'Eustache de Ribemont, ne se rendit compte ni de l'ensemble de la position des Anglais ni du mouvement par lequel le prince de Galles inaugura la journée.
On ne prend pas ces précautions, quand on est convaincu que l'on tient dans ses mains la victoire, et tel était le cas du roi de France. Assuré de la supériorité du nombre, confiant avec.raison dans sa bravoure personnelle et dans celle de ses troupes, n'avait-il pas en outre au doigt un de ces anneaux enchantés* avec lesquels on
1. « Entre ceuls qui fuioient Tevesque Sauviau s'cnfuioit. Ung charretier Taperçust ; et au passer ung fossé, il le tua pour ce qu'il ne lui avoit voulu passer une lettre pour les preneurs du roi. » Chrohiqtie des quatre premiers ValoiSy in-8% Paris, Renouard^ 1862, p. 57.
2. C'est Pétrarque qui nous a révélé cette curieuse particularité. « Neque vero seu Polycrati tune sardonyx ille ne morsu volucrum sensim ia cruce marccscerct, seu modo Joanni Galliariim régi, ne acte victus in manus hoslium perveniret, suus valuii prœstare carbunculus : quem, die illa in digito ejus inventum ereptumque, sibi et post annos ab amico
croyait au quatorzième siècle se rendre invincible ^ Haï renseigné avant le combat, Jean commit deux fautes grossières de tactique pendant le combat lui-même. Par un contre-sens & peiné croyable, c'est par de la cavalerie qu'il fit attaquer au début de Faction un ravin profond et étroit, des pentes boisées et abruptes. Puis, lorsque les hommes d'armes anglais, témoins de la déroute de Tavant-garde française, ayant remonté sur leurs chevaux qu'ils n'avaient cessé de tenir par la bride, s'élancèrent au grand galop dans la plaine, par un second contre-sens non moins énorme que le premier, le roi de France donna l'ordre aux siens de mettre pied à terre pour soutenir en rase campagne le choc de cette charge impétueuse. Écrasés sous le poids de leurs lourdes armures, embarrassés dans leur marche par des chaussures & la poulaine de dimensions démesurées, ayant à manier des lances longues de plus de cinq
qaodam orbe alio redemptom remissumque, cernere fuit ac langer e rem pretii infiniti. » Petrarehœ opera^ éd. Bas., p. 36; De remediis utriusque fortunœ, dial. zzxvn de Qemmis et Margaritis. Cet anneau fut arraché au roi Jean^ à ia fin de la journée de Poitiers, dans la presse à laquelle donna lieu la prise du roi de France. Galéas Visconti trouva moyen de le racheter, et lorsque Jean fut rentré à Paris en décembre 1360, au retour de sa captivité en Angleterre, il y reçut une députation envoyée par le seigneur de Milan. Le chef de cette députation, qui n'était autre que Pétrarque tout en complimentant le roi de France sur sa délivrance, lui remit deux anneaux dont Tun était le diamant enchanté « carbunculus • perdu à Poitiers.
1. Qu'on ne s'imagine pas, [du reste, que le moyen âge seul ait connu ces superstitions ; elles sont de tous les temps, et Ton en pourrait citer des exemples qui datent d'hier. Un souverain, personnellement bon comme le roi Jean, qui avant de se lancer à l'extérieur dans une politique d^aventu res, avait donné à son pays quelques années prospères, et qui rappelle le vaincu de Poitiers au moins par la gravité du désastre qui a signalé sa chute, ne disait-il pas à ses intimes, au rapport d'un témoin oculaire, en leur montrant je ne sais quel talisman qu'il prétendait avoir appartenu à Charlemagne : « Quand on possède ceci, on est le maître du monde I »
BSaTHAlfD DU 60ESCLIN. I ~ 12
pieds S les chevaliers français, dès rinstant où ils n'étaient plus à cheval, perdaient la plus grande partie de leurs avantages ; et Ton peut dire qu'ils étaient vaincus avant même d'avoir combattu. Aussi la division commandée par le roi Jean en personne eut beau faire des prodiges de valeur, elle fut mise en pleine déroute après une lutte acharnée, conmie l'avait été l'avantgarde et la division du duc de Normandie.
Jean perdit la bataille, mais il sauva l'honneur. Le sort de la journée était décidé, la victoire était acquise aux Anglais. A quoi bon continuer une résistance maintenant inutile? Ne faut-il pas épargner la vie de ses sujets? Jean a trop de cœur pour être dupe de ces sophismes. N'a-t-il pas fait périr, six ans auparavant, Raoul, comte d'Eu, son connétable, sans même lui donner le temps de se justifier? Quand on a souillé, ne fût-ce qu'une fois, sa politique par l'effusion illégale du sang, est-on bien reçu & s'en prétendre économe devant l'ennemi, au dénouement d'une lutte & outrance? Arrière ces lâches inspirations qui voudraient se masquer d'humanité! Montrons & ces Anglais comment meurt un roi de France. Et Jean, saisissant sa hache d'armes, s'élance au plus fort de la mêlée. Après avoir assouvi sa rage sur les premiers Anglais qui essayent de lui tenir tête, il se voit bientôt enveloppé de toutes parts. Philippe, son plus jeune fils, qui n'a pas voulu le quitter, l'aide à parer les coups : selon Je côté d'où il voit venir les assaillants, il crie au roi : « Père, gardez-vous & droite ! Père, gardez-vous à gauche!» Enfin Jean reçoit une blessure au visage, et, & la vue de son sang qui coule, il
1. « Le roi de France commandai ou nom de Dieu et de saint Denis, à apparlier, et flst copper à chacun les poulanes de leurs soUers ou des housiauls, et relailtier sa lance à le longueur de cinq pies. « Chronigtie» de J. Froissarty t. V, p. 256.
éprouve comme un soulagement \ C'est que, rester debout et intact, quand on sent son pays qui est là blessé à mort et gisant & terre sur un champ de bataille, c'est pour un roi le plus cruel des supplices. Aussi toute blessure est la bienvenue, en attendant que Dieu veuille vous enlever la pensée avec la vie. Mais plus Jean s'acharne à poursuivre la mort, plus celle-ci semble le fuir. La presse devient telle autour de lui, qu'il ne peut plus faire un mouvement. Un des ennemis, qui se disputent cette royale proie, s'écrie alors : « Je suis Français et originaire du pays d'Artois, je m'appelle Denis de Morbecque. » Jean se rend de préférence à ce chevalier et lui tend son épée.
Depuis plus d'une heure que dure cette lutte héroï-
1. « El re medesimo, conoscendo gia la vittoria in mano de' suoi nemici, non voiendo per vilta di fuga vituperare la Coronay fieramente s*adiluro alla battaglia, facendo grandi cose d'arme di sua persona. Ma seaiendosi a lato mcsser Giannî (lisez : Filippo), suo piccolo figliuolo. cornmando che fosse menato via e tratto délia battaglia. Il quale per comaa- •damenfo del re essendo montato a cavallo coo alquanti in sua compagnia, « parlito un pezzo; il fanciuUo hebbe tanta oûta di lasciare il padre nella battaglia^ che ritorno a lui. E, non potendo adoperare Tarme, considerava i pcricoli del padre, e spesso gridava : « PèrCj guarde voua a destra o a sinislral » o d'allra parte, corne vedea gli assalitori. » htorie di Matteo ViUaniy lib. VII, cap. xviii, dans Muratori, Rer, liai. Script,, t XIV, •col. 417. — Mathieu Villani, à qui nous devons cette belle page, appartenait à ces sociétés de banquiers de Florence qui se chargeaient de recou* vrer dans toutes les parties de la chrétienté les décimes du saint-siège ; et nous avons aux Archives (sect. hist., cart. L 398) l'analyse d'un marché passé en 1319 entre le trésorier du pape et Mathieu Villani et un Albert!, mandataires de la société des bourgeois de Florence. Les Villani, Jean, Mathieu, Philippe, avaient donc intérêt à être exactement renseignés sur ce qui se passait dans les pays où ils avaient affermé les créances papales, et c'est surtout à ce point de vue qu'ils enregistraient les événements •comme le feraient nos grands banquiers d'aujourd'hui, s'il n'y avait pas de journaux ; ils notaient tout, même l'héroïsme. C'est que de tels hommes devaient être passés maîtres pour Savoir au juste ce que pèse, même financièrement, l'honneur.
que, la fleur de la noblesse, électrisée par l'exemple d'un tel chef, s'est fait tuer aux côtés de son roi. Frappé mortellement, Geoffroi de Chamy, le gardien de l'oriflamme, est mort en tenant embrassée la bannière nationale qu'il serre dans une suprême étreinte. Tant de sang aurait-il été dépensé en pure perte, et la vaillance du souverain n'aurait-elle abouti qu'à l'immolation impuissante et inutile du meilleur de son armée? Immolation impuissante^ nous le voulons bien, mais nullement inutile. Les nations, dignes de vivre, ne trou vent jamais trop grands les sacrifices qu'on leur demande dans ces journées décisives où se joue leur destinée, et elles pensent avec raison que le sang le mieux employé est celui qu'on verse uniquement pour sauver l'honneur. Chacun des coups de hache dont le roi de France, dans cet eflbrt désespéré, vient de frapper les Anglais, va pour ainsi dire enfoncer son nom au plus profond du cœur de ses sujets qui, malgré les charges dont il les accablera pour payer sa rançon et celle du royaume, ne voudront plus voir en lui désormais que Jean le Bon. L'ennemi luimême rendra tout & l'heure hommage à tant d'héroïsme. Jusqu'alors Edouard III et son fils aîné ont affecté de n'appeler le fils et successeur de Philippe de Valois que Jean de Valois : mais, après Poitiers, le prince de Galles sent bien que les chevaliers anglais seraient les premiers à protester s'il gardait ces habitudes de langage avec un prince qui a défendu si intrépidement l'honneur de sa couronne. Aussi, lorsque le vainqueur aborde son prisonnier le soir de la bataille, ce n'est plus Jean de Valois qu'il salue, c'est le roi de France.
La conclusion de ces longs développements, c'est que la plupart des contemporains se trompèrent en attribuant au défaut de courage des gentilshommes ou même à la trahison le désastre de l'armée française. On a vu
plus haut que nous avons apprécié sévèrement la prévention contre remploi, dans les armées, des milices communales, Tamour effréné du luxe, la passion des tournois, Tesprit romanesque qui s'emparèrent de la noblesse sous les règnes de Philippe de Valois et de Jean, défauts que ces deux princes portèrent plus ou moins dans leur manière de faire la guerre, en un mot ce que nous avons appelé la chevalerie de parade. Nous n'en devons pas moins reconnaître que ce qui manqua le moins aux vaincus de Poitiers, ce fut précisément le courage. S'il y eut des défections partielles dans leurs rangs, le nombre des morts de leur côté' suffirait, & défaut de témoignages plus explicites, pour attester avec quel acharnement ils disputèrent en général la victoire. Un échec isolé peut être le résultat d'une surprise ; mais quand un peuple essuie coup sur coup des défaites graves comme celles de Crécy en 1346, de Saintes' en 1351, de Mauron en 1352, de Poitiers en 1356, il est rare qu'elles résultent de causes purement accidentelles et qu'elles ne soient pas la conséquence d'une décadence plus ou moins générale, plus ou moins profonde. La même légèreté, le même aveuglement, qui fait qu'une nation se précipite tête baissée dans un abîme, la porte à chercher partout ailleurs que dans ses fautes accumulées la cause de sa chute. On cria aussi & la trahison après Créçy, et les paysans de Picardie égorgèrent les
1. Le moine de Maimesbory, qui semble tenir d'un témoin oculaire les détails si précis de sa narration, dit qu'il périt à Poitiers, du côté des Français, vingt-deux bannerets^ deux mille cinq cents hommes d'armes et une quantité innombrable de gens de pied. Eulogium, Chroni" -eon ah urbe condita usque ad annum Domini 1366, a monacho çtiodam Malmesburiensi exaratum, cdited by Frank Scott Haydon. London, 1863 ; vol. III, p. 225. Les chiffres que donne Froissart sont encore plus élevés.
2. Chroniques de /. Froissart, t. IV, sommaire, p. xtni, note 1.
arbalétriers génois qui revenaient de la bataille ^ La vérité est qu'à Crécy comme & Poitiers, c'est notre pays qui, en restant stationnaire, en se laissant envahir par )e luxe et l'esprit romanesque, au lieu d'étudier de près et de s'assimiler les progrès militaires accomplis sous Edouard III par une nation rivale, c'est notre pays, dis-je, qui s'était trahi lui-môme.
Il n'est que juste en effet de le faire remarquer, quelles qu'aient été les fautes de nos rois et de leurs sujets pendant cette période si désastreuse pour nous, l'Angleterre avait encore plus monté que la France n'avait décliné. Voilà pourquoi, lorsque nous avons essayé de tracer, en commençant ce chapitre , le tableau sommaire des mesures prises par Edouard III dès les premières années de son règne pour constituer l'incomparable infanterie anglaise du quatorzième siècle, nous ne nous écartions de notre sujet qu'en apparence, car au fond, c'est cette infanterie qui triompha à Poitiers comme elle avait triomphé à Crécy dix ans auparavant. Nous nous trompons peut-être, mais il nous semble qu'après avoir lu ce qui précède, loin de s'étonner du succès du prince de Galles , on se demanderait bien plutôt comment il aurait pu se faire que son armée n'eût pas remporté la victoire. A notre avis, cinq à six mille archers anglais, exercés et outillés comme l'on sait, secondés par un égal nombre de coutilliers, auraient toujours eu raison, du moins dans une attaque de front et de vive force, de la plus brave chevalerie du monde, fût-elle môme très-supérieure en nombre. Telle parait avoir été du reste l'opinion du plus fameux capitaine du moyenâge, de Bertrand du Guesclin, qui ne livra jamais une
1. • Pour ce que renommée et voix publique couroît que yceuU Geneuois et estrangiers avoient Iray le roy Phelippe. » Chroniques de FroisBaHf t. IV, sommaire, p. i, note 1.
grande bataille rangée contre une véritable armée anglaise qu'à son corps défendant; à Cocherel, il eut affaire surtout à des Gascons, et, & Pontvallain, il écrasa Farrière-garde de Robert KnoUes, grâce & Tune de ces marches foudroyantes dont il avait le secret, mais il fut vaincu à Auray et & Najera.
Loin de profiter d'une seconde et si cruelle épreuve, la noblesse française, avec l'aveuglement de la routine; ne trouva rien & changer à ses anciens errements. Elle y persista si bien que, le 6 avril 1362, elle éprouva un nouveau désastre plus honteux encore : elle se fit battre & Briguais par un ramassis de brigands, brigands, il est vrai, d'origine anglaise ou formés à l'école anglaise. Deux ans s'étaient] à peine écoulés depuis cette défaite, que Charles Y signalait son avènement au trône en appelant du Guesclin, quoiqu'il fût simple chevalier et qu'il dût avoir sous ses ordres un prince du sang , à commander l'armée qui vainquit & Cocherel : c'est le point de départ d'une ère nouvelle et glorieuse où peu à peu tout se relève, et la stratégie, la tactique, ne restent pas étrangères & ce relèvement universel. Il était temps que cette révolution arrivât. Pendant les règnes de Philippe de Valois et de Jean, au moment môme où l'Angleterre réalisait des progrès immenses, on vient de voir ce qu'était devenu chez nous l'art de la guerre. Tandis que le génie organisateur d'Edouard III mettait au service d'une ambition insatiable l'infanterie la plus redoutable peut-être que l'Europe eût vue depuis la chute de l'empire romain , en France , au contraire , la routine, aggravée par le préjugé d'un faux idéal chevaleresque, menaçait de faire disparaître complètement le véritable esprit militaire.
DU OUESÛLIN AU SIBOB DB RBNNBS.
Mise en liberté de Charles de Blois et retour de ce prince en Bretagne. — Domination des Anglais dans la plus grande partie du duché. — Siège de Rennes par le duc de Lancastre. — Noms des principaux défenseurs de celte place. — Séjour de Charles de Blois à la cour du régent; en- Toi de secours aux habitants de Rennes. — Rôle de du Guesclin pendant la première période du siège. — Tentative des Anglais contre Dinan ; combat à outrance entre du Guesclin et Thomas de Canterbury ; prédiction de Tiphaine Raguenel. — Ruses de guerre du capitaine de Rennes. — Du Guesclin réussit à s'introduire dans la place assiégée et à la ravitailler 3 son entrevue avec le duc de Lancastre. — Duel avec Guillaume de Bramborc. — Joute avec Nicolas de Dagworth. — Duel entre Olivier de Mauny et Jean de Bolleton à l'occasion de six perdrix. — Trêve de Bordeaux ; versions diverses sur la levée du siège de Rennes ; contribution de guerre payée par les habitants ; échec relatif du duc de Lancastre. — Commencement de la popularité de du Guesclin en France (octobre 1356-juilIet 1357).
Un mois environ avant la bataille de Poitiers, il s'était passé un événement d'une grande importance au point de vue des affaires bretonnes. Après avoir tenu Charles de Blois en captivité pendant neuf années, le roi d*Ângleterre avait enfin consenti , sur les instances du pape Innocent YI, & mettre en liberté son prisonnier. Par acte daté de Westminster le 10 août 1356*, le