‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 109 sur 291 · Hanche, arr. Avranches, c, Pontorson · texte numérisé non relu

Hanche, arr. Avranches, c, Pontorson

dont il est, en quelque sorte, le complément ^ Du Guesclin avait joué un rôle si brillant pendant le siège de Rennes que le bruit des exploits du chevalier breton était, sans doute, parvenu jusqu'aux oreilles du duc de Normandie, et Charles de Blois, qui se trouvait alors à Paris, avait dû faire valoir avec chaleur les services d'un de ses sujets les plus fidèles. Toutefois, si notre héros fut appelé au commandement de quatre forteresses auxquelles leur situation sur les confins de la Normandie et de la Bretagne donnait une importance de premier ordre, il est probable que ce fut surtout grâce à la recommandation de Pierre de Villiers, qui avait pu apprécier le courage et les talents militaires de Bertrand pendant le long séjour qu'il avait fait à Pontorson comme capitaine de cette forteresse.

Pontorson est sur la rive droite et non loin de l'embouchure du Couesnon*, rivière qui, comme on sait, sépare la Normandie de la Bretagne. Philippe, duc d'Orléans, frère du roi Jean, s'élant marié le 18 janvier 1344 à Blanche de France, comtesse de Beaumont, fille de Charles IV dit le Bel et de sa troisième femme Jeanne d'Évreux, Philippe d'Évreux, à la suite d'un procès entre lui et la veuve de Charles le Bel sa sœur, au sujet de l'héritage du royaume de Navarre, avait assigné cinq mille livres de rente en France et en Normandie à Marie et à Blanche de France, filles de sa dite sœur. La châtelle-

1. D'après d'ArgcDtré {Hist. de Bret., 3« édit., p. 414 et 415), dont la YersioD a été adoptée jusqu'à ce jour par tous les historiens, c'est seulement après la conclusion du traité de Brétigny que le roi Jean, à son retour d'Angleterre, aurait pris du Guesclin à son service et lui aurait fait donner, par le duc d'Orléans son frère, la capitainerie de Pontorson.

2. Nous signalons un plan de Pontorson conservé aux Archives Nationales, section administrative, série N, 3* classe, Manche, n* 9. La légende de ce plan dit que le pont de Pontorson sépare les deux provinces poarle «piritael seulement.

250 CHAPITRE VllI.

nie de Ponlorson, échue à Blanclio, figurait dans cotte assiette pour neuf cent dix livres treize sous de rente. Ptiilipped'Êvreux.iiestvrai, avait fait une réserve: c'est que, si Marie et Blanche mouraient sans postérité, les terres qui formaient l'assiette do ces cinq mille livrée reviendraient aux rois de Navarre, comtes d'Évroux. Or, en 1357, après treize ans de mariage, le duc et la duchesse d'Orléans n'avaient pas d'enfants. Charles le Mauvais avait donc lieu de considérer Pontorson comme devant lui revenir un jour ou l'autre. On conçoit sans peine combien ce prince ambitieux devait être impatient d'entrer en possession d'une place qui aurait mis en sa main les clefs de la Normandie et de la Bretagne. Il fallait que le duc de Normandie eût, dès ce moment, une bien grande confiance dans la fidélité et les talents militaires de Bertrand, pour lui confier le commandement d'une forteresse de cette importance. .• Le seul nom du Mont-Saint-Michel évoque ce que les paysages de France ont de plus grandiose, ce que le patriotisme a de plus inviolé, ce que la religion a de plus saint. Il faut remercier le hasard qui a marié ce nom, dès le début de la carrière de notre héros, à la gloire de du Guesclin. L'imagination peut-elle rien concevoir de plus merveilleux que ce monastère, point de renconlre de la rêveuse Bretagne et de la sage Normandie, tel qu'il florissait au onzième et au douzième siècle, alors qu'il avait pour abbé un Boherl de Torigni, par exemple, et que des moines éminenls par le savoir aussi bien que par la piété, isolés sur le haut de ce rocher où veoaient expirer à leurs pieds les soucis vulgaires et les vains bruitsdu monde, suspenduscnlre la merctiecîel, répandaient autour d'eux comme un parfum de prière et d'étude? Ce fut alors un de ces coins do terre bénis, une de ces retraites bienheureuses où l'humanité se trans-

figure et où la vie d'ici-bas devient si belle qu'elle prend quelque chose de la vie d'en haut; On raconte une légende qui témoigne du prestige dont fut entouré le Mont- Saint-Michel aux plus grands siècles du moyen âge. Un jour que Norgot, évéque d'Avranches, qui vivait au commencement du onzième siècle, assis à Tune des fenêtres de son palais épiscopal, portait ses regards du côté de la mer, il lui sembla que la célèbre abbaye était tout en feu. 11 fit prendre aussitôt des informations, et Tabbé déclara que lui et ses moines n'avaient rien vu ni rien entendu de ce que disait l'évoque. Alors, ajoute dom Huynes qui rapporte cette légende*, tous reconnurent que ce feu qu'avait vu le prélat n'était autre chose que la présence des bienheureux esprits qui visitaient cette montagne, et l'évoque Norgot n'eut rien de plus pressé que de se démettre de sa charge épiscopale pour se faire moine au Mont-Saint-Michel. Quoi qu'il en soit du phénomène qu'avait cru observer le bon évéque d'Avranches, l'explication qu'en donnèrent les contemporains respire la plus touchante poésie : le monastère du Mont- Saint -Michel apparaissait aux hommes du onzième siècle si au-dessus de la terre qu'il leur semblait se confondre avec le ciel et n'être pas indigne de la vénération même des anges.

Il importait d'autant plus de protéger le Mont-Saint- Hichel, en le confiant à la garde de du Gueschn, que Téglise de la célèbre abbaye, considérée comme but de pèlerinage, ne fut jamais plus fréquentée qu'au quatorzième siècle. La place que les voyages d'agrément occupent dans la vie de nos jours, les pèlerinages la tenaient dans l'existence de nos pères. Mais aujourd'hui, malgré

1. Histoire générale de Vabbaye du Mont-Saint-Michel, par dom Haynes, publiée par M. Eugène de Robillard de Beaurepaire, t. I, p. 66 4 68.

-2:,i CHAPITRE VTII.

I;i rir.ilit/! h/^auroup plus irrande des commniiicatioQS. Ip4 (jTfrri!^ rirhf^s on du moins aiâés entreprennent aeulâ /Ip, irrfifuU voya^'fïs pour leur instruction oa poor leur pUiisir \u\r('Ui'iji, au contraire, les classes laborieoies. \r< p;i y ^ans *t U:s ouvriers fies villes, étaient précisément r/jhw qui s'adonnaiftnt le plus aux pêlerina^s. On abiicsaïf iiirrne lU". rette forme de tlévotioQ en y atlmettant pr/rii'iturrfrM-nl les enfants. Il n'était pas rare alors Je renroritnT |>ar les chemins îles petits îran^ODS de dix à floti/e* arH et au-dessous ^ qui se rendaient par bandes h un peleiinap', quelquefois lointain, en vivant d'aurri^>nes ci (;fi rliantant des cantiques. D'ailleurs U y av/ii(, oulie Ii's piderins volontaires, les pèlerins forcés. l,é' pIiM soiiveid, lorsi|iif: les rois de France accordaient A un rnniinil un ^nlre,, ils le condamnaient à se rendre en pélernia^e, dans un délai fixé, à quelque célèbre H^HM tuaire, pour y demander pardon à Dieu et y déposer telle ou telle riffrande, un cierge, par exemple. Les plus coupables devaient faire le voyage nu-pieds et en chemJHe, le.s autres h pied el en jeûnant au pain et à Feau. Nous avons dressé, d'après les registres du la chancellerie royale, la liste de ces sanctuaires pour ainsi dire ofOcif^ls, liste (|ui n'^^st pas sans intérêt, quand on songe A la place énorme que. tenaient, & tort ou à raison, les pèlerinages dans la vie du moyen Age. On y remarquera une lacune où s'accuse bien la [politique suivie par les rois de France pendant tout le cours du quatorzième siècle dans lu ({ucstion du siège de la papauté. Tandis

1. • Vidlt luultos parvulofl de partihus Blcscnsi et Francie, atatis duodecinif decem et octo aimorum vcl circa, ut sihi videtur, ad scpulchram dîcti domini Caroli (il s'agit du tombeau de Charles de Ulois à Guingamp, •n Bro(agne) aflluentes.... de cicmosinis vivebant. •» Bibl. Nat., mss. lat., n«M81, t. II,M84 v.

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