Aliquotiens tex aonorum. •» IbiU., t* 190 v
qu'on impose en certaines occasions aux criminels graciés des voyages en Chypre, au Sinaî, à Jérusalem, on ne les condamne pas une seule fois à se rendre en pèlerinage à Rome S
Le dauphin Charles paraît avoir eu pour le pèlerinage du Mont-Saint-Michel une dévotion particulière dont hérita, du reste, son fils et successeur, l'infortuné Charles VI *. Le trait suivant, qui nous est fourni par un do-
1. Voici la liste de ces sanctnaires rangés par ordre alphabétique : Chypre (le sanctuaire n'est pas spécifié). Arch. Nat., sect. hist.^ JJ 122,
Jérusalem. Arch. Nat., sect. jud., x »' 7, f" 126 V à 130.
Mont-Saint-Michel. JJ 110, n* 346.
Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer. JJ 94, n* 19. JJ 95, n* 14. JJ 107, n* 280. JJ 122, 235. Bibl. Nat., Chartes royales, v, 235.
Notre-Dame de Chartres. JJ 95, n« 14. JJ 111, n" 101. JJ 113, n* 222.
Notre-Dame des Doms, à Avignon. JJ 121, n* 197.
Notre-Dame de Liencc (auj. Liesse, Aisne, arr. Laon, c» Sissonne). JJ 94, n» 19. JJ 110, n* 313. JJ 122, n'' 119, 249.
Notre-Dame de Monlfort (Eure, arr. Pont-Audemcr). JJ 122, n* 235.
Notre-Dame du Puy en Vêlai. JJ 119, n*^ 97, 164. JJ 123, n" 186.
Notre-Dame de Rocamadour (Lot, arr. Gourdon, c. Gramat). JJ 86, n*4l9.JJ87, n'319.
Notre-Dame de Vauvert (Gard, arr. Nîmes). JJ 123, n" 186.
Saint-Antoine de Viennois (Isère, arr. et c. Saint-Marcellin). JJ 120, n*83.
Sainte-Catherine du mont Sinaï. JJ 91, n" 275.
Saint-Gilles de Provence (auj. Saint-Gilles du Gard, Gard, arr. Nîmes). JJ 119, n- 12. JJ 122, n«' 148, 329.
Saint-Jacques en Galice. JJ 119, n* 11. JJ 122, n* 61.
Saint-Julien du Mans. JJ 145, n" 368.
Saint-Lubin de Gravant (Eure-et-Loir, arr. Dreux, c. Brezolles). JJ 120. n» 253.
Saint-Maur des Fossés (Seine, arr. Sceaux, c. Charenton). JJ 113,
Saint-Maurice du Buisson. JJ 89, n* 274.
Saint-Nicolas de Bar (à Bar-sur-Aube, Aube). JJ 91, n* 275.
Saint-Thibault en Auxois (Côte-d'Or, arr. Semur, c. Vitteaux). JJ 86, n* 374.
2. Les historiens de Charles VI n*ont pas fait mention d*un pèlerinage que le malheureux roi, en butte aux premières atteintes de la maladie qui
cument inconnu jusqu'à ce jour, atteste la ferveur de cette dévotion. Un certain Guillaume Lesage, de Vains su diocèse d'Avranches, au mois de novembre 1357, avait noyé son beau-père dans la grève du Mont-Saint-Hicbel. Enfermé à la suite de son crime dans les prisons de Saint-James, le meurtrier Ht agir des amis influents qui sollîcilèrentsagrace. Le duc de Normandie l'accorda, mais à la condition que Guillaume, nu-pieds et en chemise, visiterait trots fois l'église du Mont-Saint-Michel et qu'à chacun de ces voyages il ferait dire trois messes où l'on prierait « Dieu, noire créateur, sa bienheureuse mère, tous les saints et saintes, pour monseigneur le roi de France, nous dauphin son fils et l'état de la couronne de France'. •> Pauvre couronne de France, elle était alors tellement gisante à terre et foulée aux pieds que le dauphin Charles, au moment où il implorait ainsi pour elle l'assistance divine par l'entremise de saint Michel, ne se doutait certainement pas qu'il lui rendrait un jour tout son éclat ! et pourtant ce dauphin Charles devînt bientôt le glorieux roî Charles V. Tant il est vrai que les puissances tombées, qui s'humilient devant Dieu, sont bien vite relevées devant les hommes !
D'ailleurs, lout sentiment do dévotion mis à part, le duc de Normandie devait être reconnaissant aux moines
troubla SB raison, Ql nii HonI -Saint-Michel, au tnoii Je fi-rricr 1394. Deux tctw, tmané» du BuccesMur do Charles V, sont datis du Nant-Snint- Hicbel, le \i février 1394. I.e preiujer do ces actes, qui a àt& publié par SeoouMe {Ordmn., L Vtl, p. 590 et Ô9l)i o*! un privlldgo necordd aux marchands d'iniagra^ de coquilles el curnes, lu second, qui Ml inMit, etemple de rimposition (le douze deniers pour livra • lec povrus rcmmes rai^ans et vendons chandelles de cire aux pclerins iledeos la barrière du Hont Saint Micliet. • Arch. Nat., sccl. hisl., JJ l4J,n'3e9.
1. • Es quelles (nieMe<i) celebraul il face prier Dieu nosiro créateur, M benoile mère et tous sainx el sainclcs pour monseigneur, oous et l'estat de la coronne do Franco. • JJ 87, n- MO, f- lâ3 v el 154.
de leur fidélité. La gloire du Moni-SainUMichel, au quatorzième siècle, c'est d'avoir été un véritable sanctuaire de ce sentiment national que la guerre de Cent ans développa, pour ne pas dire éveilla avec tant d'énergie. Depuis dix ans que durait la lutte contre les Anglais, les religieux avaient montré un patriotisme admirable. Leur abbé, Nicolas le Vitrier, qui avait vu le jour sur le pittoresque rocher dont le monastère forme le couronnement féerique, avait armé ses hommes et serviteurs^ « faisant luy mesme, ajoute dom Huynes, historien du Hont-Saint-Hichel, un tel guet autour de ce rocher que jamais nul Anglois durant ces troubles n'y mit le pied^ » Pour récompenser cette grandeur de courage, le dauphin accorda à Nicolas le Vitrier le 27 janvier 1357 des lettres patentes portant que le capitaine du Mont- Saint-Michel ne serait désormais autre quel'abbé ou celui que Tabbé désignerait au roi. Nicolas, dont la modestie égalait le patriotisme, désigna sans doute Geoffroi de Gastegny, car cet écuyer est mentionné comme capitaine de la garnison du Mont dans un acte du 1 1 juillet 1357. Geoffroi de Castegny fut remplacé le 13 décembre suivant par Bertrand du Guesclin, ou, s'il fut maintenu, il se trouva placé sous les ordres du nouveau capitaine de Pontorson. Mais, afin que la nomination de Bertrand ne pût préjudicier au privilège accordé à l'abbé du Mont- Saint-Michel le 27 janvier précédent, le duc de Normandie confirma ce privilège le 22 décembre 1357*. Déjà, du temps que Pierre de Villiers exerçait le commandement dont hérita Bertrand, il avait sous ses ordres la
1. Histoire générale de t abbaye du MontSaini-Michel au péril de la meTj par dom Jean Huynes, publiée par E. de Robillard do Beaorepaire, t. II, p. 93.