‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 12 sur 291 · DécoiCTé · texte numérisé non relu

DécoiCTé

l'enfance de du GUESCLIN. 29

Bertrand assène un tel coup de lance à ce nouvel adversaire qu'il fait voler le heaume à dix pieds de là, et les hérauts s'écrient encore : « Victoire à l'aventureux venu nouvellement! »

Bertrand fournit ainsi quinze courses où mainte lance est rompue, sans trouver son maître. Enfin, au seizième assaut, un chevalier normand réussit à faire sauter la visière du mystérieux écuyer. On reconnaît Bertrand à la grande joie de ses amis, et c'est à qui le comblera de félicitations. Robert du Guesclin, tout rayonnant, vient à son fils et lui dit : « Beau fils, soyez sûr que je ne vous traiterai plus vilainement comme je l'ai fait jusqu'à ce jour. Désormais je vous donnerai chevaux de prix, or et argent à volonté. J'engagerai au besoin ma terre pour vous mettre en état d'aller partout acquérir de la gloire, puisque aujourd'hui vous m'avez tant fait honneur. »

OITBRRB DB LA SUCCESSION DB BRBTAQNB.

Charles do Blois et Jean de Montfort. — Situation des deux partis en présence. — Qualités et défauts des Bretons. — Caractère de Charles de Blois. — Rôle des principaux membres de la famille du Guesclin dans la guerre de la succession. — Ouverture des hostilités. — Captivité de Jean de Montfort; Jeanne de Flandre, sa femme, appelle le roi d'Angleterre à son secours. — Arrivée en Bretagne de Gautier de Masny, de Robert d'Artois, d'Edouard III. — Bertrand du Guesclin, écuyer au service de Charles de Blois, Ûgure parmi les défenseurs de Rennes contre les Anglais. — Trêve de Malestroit. — Violences arbitraires de Philippe de Valois ; exécution du sire de Clisson, de six chevaliers et de quatre écuyers bretons. — Reprise des hostilités; succès de Charles de Blois et fuite en Angleterre de Jeanne de Montfort ; prise de Quimper et siège de Guérande. — Nouvelles violences de Philippe de Valois. — Évasion et mort de Jean de Montfort. — A flaire de Cadoret. — Bataille de la Roche-Derrien ; le mari de Jeanne de Pcnthiùvre, battu et fait prisonnier par Thomas de Dagi^vorth. est emmené captif en Angleterre.— Ruine complète du parti de Charles de Blois (1341-1347).

Quatre années environ après le tournoi de Rennes, Jean III, duc de Bretagne, au retour de l'expédition dite du pont de Bouvines où il avait accompagné Philippe de Valois, meurt & Caen sans enfants. Il laisse une nièce et un frère. La nièce, Jeanne de Penthièvre, fille de Gui de

Bretagne, comte de Penthièvre, frère putné et germain* du duc Jean III et de Jeanne d'Avaugour, est mariée à Charles de Chdtillon, dit de Blois, fils de Gui, comte de Blois. Elle a pour elle le roi de France dont son mari est le neveu par Marguerite de Valois sa mère, sœur de Philippe de Valois. La Bretagne française, composée des diocèses de Rennes, de Nantes, de Dol, de Saint-Malo, de SaîntrBrieuc et de la partie orientale du diocèse de Tréguier, est généralement favorable à Jeanne de Penthièvre et à Charles de Blois. Leur compétiteur, Jean de Bretagne, comte de Montfort, frère cadet et consanguin' du duc Jean III, a pour lui la Bretagne bretonnante, c*està-dire les diocèses de Saint-Pol-de-Léon, de Quimper, ainsi que la partie occidentale du diocèse de Vannes, et nous allons le voir bientôt s^allier aux Anglais. Jeanne de Penthièvre invoque le droit, dit de représentation, qui régit en Bretagne les successions nobles. En vertu de cette coutume, comme fille du second fils d^Arlhur If, elle est appelée & recueillir tous les droits dont son père aurait joui personnellement, s'il avait survécu & son frère aîné et doit en conséquence avoir le pas sur Montfort qui n'est que le quatrième fils d'Arthur IL Elle a notamment des droits incontestables sur la vicomte de Limoges, héritage de Marie sa grand'mère, que son compétiteur ne peut revendiquer à aucun titre, puisqu'il est fils d'Iolande de Dreux. Jean de Montfort, de son côté, fait valoir en sa faveur le principe de l'hérédité masculine, ce même principe dont Philippe de Valois s'est au-

1. I^ duc Jean IK et Gui, comte de Penthièvre, étaient issus tous les deux du premier mariage d'Arthur II avec Marie, fille de Gui IV, vicomte de Limoges.

2. Jean de Bretagne, comte de Montfort, qui devint duc de Bretagne sous le nom de Jean IV, était issu du second mariage d'Arthur 11 avec lolande de Dreux, comtesse de Montfort-PAmaury.

torisé quelques années auparavant pour monter sur le trône de France. Telle est Torigine de cette célèbre guerre, dite de la succession^ qui va ensanglanter la Bretagne pendant un quart de siècle.

Considérée comme région naturelle, la Bretagne a son caractère propre qui la distingue profondément des provinces qui Tavoisinent; et la population bretonne ellemême n'a pas une manière d'être moins singulière, moins caractéristique que le pays qu'elle habite. Si la guerre de la succession offre tant d'attrait à Thistorien, c'est précisément parce que le génie si original de la province où sévit cette guerre rayonne alors pour la première fois avec un éclat incomparable *.

Avec ses assises de granit, ses forêts de chênes, ses landes couvertes de bruyère, la Bretagne est empreinte d'^un caractère de désolation et de sauvage grandeur que rehausse encore l'Océan qui bat sa ceinture de côtes avec une fureur inouïe, comme s'il voulait reconquérir cette terre. Tune des premières du continent européen, au dire des géologues, dont il fut dépossédé à l'époque où notre globe émergea graduellement du sein des ondes. La race bretonne participe de la dureté du sol primitif qu'elle foule; elle s'harmonise avec la tourmente éternelle de l'Océan qui l'entoure. Bien différente de la

1. Si la terrible guerre de la succession n'a pas été de trop pour mellre en pleine lumière le caractère si tranché de la race bretonne, on peut dire que son originalité littéraire ne s'est dégagée que de nos jours. 11 a fallu que la secousse sociale de 1789 vint ébranler notre pays jusque dans ses fondements pour faire jaillir de ce sol réfraclaire de l'ancienne Armoriquc la source de poésie profonde qui y était cachée ; et l'on sait ce qu'il en a aussitôt coulé d'enchanteur, d'éblouissant, de suave: Chateaubriand, Lamennais. Renan, et cela en moins d'un siècle. I^a Bretagne nous a donné la grande imagination dont nous avions semblé dépourvus jusqu'alors. Elle a déjà pris largement sa revanche du long retard qu'elle avait mis à entrer en ligne : ses enfants ont marché comme les dieux d'Uomèrc : en trois pas, ils ont atteint les bornes du monde.

BERTBAND DU GLESCLIN. I — '^

3* »:hap!TH£ z: 11^11-13^7-

Xormandie ^a voisine dont [e ^nie consiste dans cet équilibre «les Suraltés «x^i «ronstitne la raison pratique ou le b«)n 'sens. la Bretagne est avant tout une âme: son génie et^t fait de <§enLînient et d'imafdnation. elle a besoin de se passionner, elle a soif ile se dévouer, elle est femme. Autant ailleurs «^n se prosterne votontiers devant la richesse, la force, le succès, autant Ld on est doux à la pauvreté, compatissant à la Cùblesse et au malheur^ autant on adore la s;uateté. Tan«iis «pie. daas d'autres pays, l'infortune même Imméritée fait souvent la solitiftie autour d elle, en Bretairne. au contraire, loin d*attiédir la tùlélitê. elle Techaulfe jusqu'à Tenthoosiasiiie.

Tel est. 'lu moins, le beau spectacle «{ue vont donner les Bretons pen<iant le cours de la jruerre de la suocessiûB, aussi bien les partisans de Montfort que ceu\ de Charles de Blois. Dès le début de cette guerre . la captivité, puis la mort du mari de Jeaane de Flandre, au lieu de ruiner son parti, nont pour effet que de lui donner de nouvelles forces. A la vue de cette jeune et belle veuve qui ks conjure de Taider à vem^er son mari^ à la vue de ce berceau qu'une mère conSe à leur garde, ks Bretons bretonnants attachés à la cause de Xontfort sont émus jas(|u'au fond de Time, et leur liilélité s'e\alte Josqif à niéroîsme. On a conservé une ou deux lettres ailressées à Jeanne de Flandre par ses partisans : elles respirent je ne sais quelle fleur de chevalerie : le dévouement le plas touchant s'y dissimule mal sous la modestie des expressions, et à travers les formules du respect on snt percer la tendresse'. Après la défaite de la Roche- Derrien et la mine de leur parti, les Bretons de Charks de Biois ne se montrent pas moins admirabks. Ils

serrent autour de Jeanne de Penthièvre. la «ligne com-

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