‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 124 sur 291 · Manche, arr. et c. Avranches · texte numérisé non relu

Manche, arr. et c. Avranches

268 CHAPITRE VHI.

Coutances. Ces Pinchon étaient très-puissants, grâce ad crédit de leur frère maître Guillaume, conseiller du roi & Paris. Thomas, malgré son titre de liaillî du Cotentin et de châtelain de Saint-James, ne s'en était pas moins rendu suspect aux partisans du régent par son mariage avec la sœur de Colin et de Guillaume Avenel, créatures des Anglo-Navarraisd'Avranches. Aussi, lorsfjuc au mois de juillet 1358 le dauphin et Charles le Mauvais entrèrent en lutte ouverte, une émeute éclata aussitôt à Sainl- James contre Thomas Pinchon que les habitants chassèrent du châlcau' : le capitaine Jean Paynel, qui avait été avec deux notables bourgeois, Etienne Guiton et Olivier de Cresne, le principal instigateur de ce soulèvement, obtint pour ce fait des lettres de rémission au mois d'août 1358; et le procès qui lui fut intenté en Parlement, ainsi qu'à ses deux complices, par les frères Pinchon, durait encore en 1360'. A Saint-Hilairc-du-Harcouet*, Robin du Pont-Juhel occupa en 1358 l'église pa-

1. Après avoir chassé ThomaB Pinchon, Jean Paynel et les habitants de Saiol-James avaient Tait terment & • messire Henri de Ticiivillc, niatEtre de aostre ostel, et k mcssire Henri de Colonihi^res, commissaires do par nous k visiter les Torteresses des bailliages de Caca et de Coslcnlin >, de bien et loyaument garder et dÉfcndro le chlteau de Sainl-Janies au nom du régent. Les dits habitants Turent compris dans la grice acrordée à leur capitaine en août I3b8. Arch. Nat., sect, hisL, JJST, n* 61.

1. Oliviorde Creene et ËLienne Guiton comparurent et déposèrent devant le Parlement, le 14 décembre 13â8 (Sect. jud., X>>G, r* 399). Les demandeurs étaient : maître Guillaume Pinchon, conseiller du roi ; Thomas Pinchon, chevalier, bailli de Cuutaaces; Nicolas Pinchoii, prêtre ; Itavain Pinchon, vicomiodo Coutaaces, Iriic»; et les défendeurs : Jean Paicne), seigneur de Morcé, Jean do Ilomilty, chevaliers; GeoITroi de Ilomilly, Guillaume de Romilly, écuyers; Guillaume de Itonnel, Guillaume Cnhourdin, Gnillaamc des Pina, Olivier da Crcane, Ëlienne Guiton l\'- 6, f-* 404 et 40â]. Le 34 janvier 1360 (n. et.), le régent nomma Jacques ta Vache, Jean de Charny, Pierre d'Orgemont et Guillaume Beacot, conseillers du r commissaires pour juger le dit procÉi (X'*6, ^ 407 v*).

3. Manche, arr. Mortaio. Arch. Nat., sect. hist., JJ 114, n* 60, t-'^T et 16.

roissiale et s'y fortifia , sous le prétexte que cette église était menacée par les Navarrais de Mortain.

Outre Pontorson et Saint-James, Saint-Pierre-Langers * et HoyoD ' complétaient, avec le Hpnt-Saint-Michel et Sacey, le cercle de forteresses d'où les habitants de cette région, restés fldëles au duc de Normandie, s'efforçaient de soutenir la lutte contre les ennemis du royaume, et de tenir en respect les Anglo-Navarrais d'Avranches.

On imagine sans peine l'anarchie qui résulta de cet état de choses : l'oppression niultiple et continue qui pesa alors sur les paysans du Cotentin épouvante la pensée. Les souffrances furent d'autant plus horribles que ces contrées, comme nous l'avons dit, n'avaient cessé de croître depuis le commencement du quatorzième siècle en population et en richesse. Les gens du plat pays y devinrent une proie que se disputèrent tour à tour et exploitèrent à l'cnvi les Anglais, les Navarrais, même les Français, sans compter les tuchins ou brigands de bois. Heureux les paysans à qui leur position de fortune avait permis de se réfugier dans une ville fermée , ou qu'une faveur relative du sort avait placés dans le voisinage immédiat de quelque forteresse importante! au moins ceux-là n'avaient ordinairement affaire qu'à la garnison de cette forteresse, qui levait sur eux une

1. Manche, arr. Avranches, c. Sartilly. Par acte daté de CaeD le 25 juillet 1356, Robert de Clermont, sire de Bosmont, maréchal du duc de Normandie et son lieutenant es parties de Cotentin, accorda des lettres de rémission à Jeannin le Charron, dit de Mantes, qui vers le 25 décembre 1356 • s^en ala à Avranches avecques les Navarroys qui lors estoyent ennemis du royaume de France et a demeuré toujourz avecques eulx.... jusqucs au temps de la mikaresme darreniére passée que il, qui toujourz avoit en propos et vol enté de retourner avecques les François,... se vint rendre comme bon et loyal Françoii à la garnison et forteresse de Saint Pierre Langierj si comme par le dit capitaine nous a esté tesmoingné.... » JJ 89, nM09.

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