‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 143 sur 291 · Arch. Nat., sect. hist., JJ 90, n · texte numérisé non relu

Arch. Nat., sect. hist., JJ 90, n

2. « Par Dieu, raconte l'auteur du Ménagier de Parts,' je veis à Meleun une chose aussi bien estrange, un jour que le sire d'Andresel estoit capitaine de la ville ; car en plusieurs lieux les Anglois estoient logiés à Tenviron : les Navarrois estoient logiés dedens le chastel. Et un après disner ledit sire d'Andrescl estoit à la porte^et lui ennuyait, et se demenoit qu'il ne savoit où aler esbattre pour passer le jour. Un escuier lui dit : ■ Sire, voulez vous alcr veoir une damoiselle demeurant en ceste ville qui fait quanque son mari lui commande? * Le sire d'Andrcsel lui respondi : • Oyl, alons. * Lors ils se prirent à aler, et en alant fut monstre

2d8 CH.\prrRE IX.

Toisinage, celles qui sont aux gages do dauphin aussi bien que les autres, se lirrent aux plus abominables excès. Dans la première quinzaine de juin, Charles entreprend de reconquérir la partie de Melun qui est toml>6e au pouvoir des Navarrais et, le 18 de ce mois, il Tient en personne assiéger le château à la tète de forces imposantes. Trois reines font alors leur résidence dans ce château : Jeanne dTlTreux, veuve de Charles le Bel, Manche de Navarre, veuve de Philippe de Yalois, la première tante, la seconde sceur du roi de Navarre, et enfin Jeanne de France, sœur du duc de Normandie et femme de Charles le Mauvais. La garnison a pour chefs deux célèbres capitaines, Martin Enriquez ou Martin de Navarre, et ce terrible Bascon de Mareuil qui n'a pas

aa sire (TÂDdre^el an escnier doqnel Yen lui dil que c'esloit le mari d*icétle damoiselle. Le sire d'Andresel Tappella et lui demanda se sa femme faisoît ce qu'il lui commandoit. Et icellni escuier lui dit : « Par Dieu, sire, OT; se il n y a rillenie grant. » Et le sire dAodresel lui dit : « Je mettrai à TOUS pour un disner que je tous conseillerai à lui foire Caire telle cbose où il n'y aura point de villenie. et si ne le fera pas. • L'escnier respondi : • Certes sire, elle le feroit, et gaigneroie. >.... Adonc le sire d'Andresel, qui tenoit un baston, lui dit : « Je vueil que, si tost que nous serons arri* ▼es, et sans dire autre chose, pardevant nous tous tous direz à Tostre femme qu'elle saille pardessus ce baston derant nous trestous, et que ce soit fait sans froncicr on guigner ou faire aucun signe. • Ainsi fut fait, car tous entrèrent en Tostel de l'escuier ensemble. Et incontinent la damoiselle leur vint au devant. L'escuier mist et tint à terre le baston et dit : « Damoiselle. saillez par ci dessus. » Elle saillit tantost. Il lui dit : • Ressaillez ! •• Elle ressaillit encores. « Saillez ! » Elle sailli trois fois sans dire un seul mot fors que : « Voulentiers. » Le sire d'Andresel fut tout esbahi et dit qu'il devoit et paieroit le disner l'endemain en son hostel d'Andrésel. El tantost se partirent tous pour aler là; et tantost qu*il fut entré en la porte d'Andresel, la dame d'Andresel vint au devant et s'enclina. Tantost que le sire d'Andresel fut descendu, il qui tenoit encores le baston pardessus lequel la damoiselle avait sailli à Meleun, mist icellui baston à terre et cuida pardessus icellui faire saillir la dame d'Andresel qui de ce faire fut refusant : dont le sire d'Andresel fut parfaitement courroucié. Et du surplus je me lais, et pour cause. ■ Le Ménagier de Paris^ éd. Pichon, t. I, p. 148 à 153.

craint, comme nous l'avons vu, d'attaquer Pontorson le 17 février de l'année précédente. Aussi, le régent a mis en œuvre une artillerie déjà puissante. Il a tiré pour la circonstance de son arsenal du Louvre, dont la garde est confiée à Jean de Lyons, vingt mille carreaux, dix mille viretons, dix-huit falots, six cents tourteaux et même deux grands canons garnis de poudre, de charbon et de « plommées '. »

Les plus grands personnages, Robert, sire de Fiennes, dit Moreau, connétable de France, Gui de Châtillon^ comte de Saint-Pol, prennent part à ce fait de guerre. Toutefois, s'il faut en croire Cuvelier, le héros du siège de Melun fut du Guesclin. Il y a lieu de croire du moins que Bertrand y assista, comme cela semble résulter de deux actes datés de Melun en juin 1359, que nous avons découverts *. Le régent y donne à deux écuyers, Roland de la Chesnaie et Colin Robert, compagnons d'armes du capitaine de Pontorson, sans doute à la prière de celui-ci, les biens confisqués de Robert d'Oyssé et de Normand de Champeaux, sire de Bréquigny et de Champeaux. Ainsi se trouve confirmé le témoignage de Cuvelier que Ton avait jusqu'à présent quelque raison de suspecter, en voyant le trouvère picard placer le siège de Melun en 1363, c'est-à-dire quatre ans après sa date véritable.

L'épisode où figure du Guesclin est dans toutes les mémoires. Aussitôt que le régent, duc de Normandie, a terminé ses préparatifs, il ordonne un assaut général. Les assiégeants sont disposés sur deux lignes. Les arbalétriers et les archers forment le premier rang ; ils sont munis de pavois pour se garantir du trait. Derrière ceux-ci se tiennent, pour les soutenir, les cheva-

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