N'a Glarcsse en France qui sache fil filer
Qui ne gaignast ainçois ma ûnance à filer, Qu^elle ne me vosist hors de vos las geter. » [Chron. rimAî, éd. Charrière, l. H, p. 12, vers 13645 à 13647.)
DU aUBSCLIN, OTAGE POUR CHARLES DB BLOIS.
Mort d'Innocent VI. — Jean do Montfort atteint sa majorité. — Négociations infructueuses pour le renouvellement de la trêve en Bretagne. — Du Guesclin capitaine général pour Charles de Blois dans le duché. — Prise de Pesliviwi, de TrogoCF, de Carhaix, de Saint-Pol-de-Léon, de la Roche-aux-Anes. — Voyage du roi Jean à Avignon. — Projet de croisade. — Redoublement du brigandage dans les provinces occidentale» du royaume. — Campagne de du Guesclin et de Philippe de Navarre contre les brigands qui infestent la Bassc-Sormandic. — Reddition d'Aulnay, siège de Cotigny et de Coulonces. — Siège de Bécherel par Charles de Blois. — Affaire d'Évran et suspension d'armes. — Trôve de Poitiers. — Entrevue de Poitiers ot échec des négociations. — Éclat de la cour du prince d'Aquitaine et de Galles. — Luxe de la princesse de Galles el des dames anglaises. — Origine de ce luxe. — Dialogue échangé à Poitiers entre Jean, sire de Beaumanoir, et une grande dame de Guyenne, au sujet d'une mode nouvelle. — Du Guesclin, otage pour Charles de Blois. — Mariage de Bertrand avec Thiphaine Raguencl. ; — Différend entre Guillaume de Felton et du Guesclin. — Provocation de Felton. — Réponse de du Guesclin. — Arrêt rendu sur cette affaire par le Parlement de Paris (1362, août-1364, février).
Non content d'avoir assuré la paix entre les rois de France et d'Angleterre, Innocent YI redouble d'efforts après Bréligny pour couronner son œuvre en mettant (in à la guerre qui ensanglante la Bretagne depuis plus de vingt ans. Mais les conférences tenues à Calais, eu
376 CHAPITRE XU.
avril 1361 ', et à Saint-Omer, en avril et mai 1362', restent sans résultat. Chartes de Blois et Jean de Montfort ne peuvent parvenir à s'entendre, et bientôt Dieu rappelle à lui le bon pasteur qui a travaillé avec plus de zèle encore que de succès à rétablir la concorde parmi son troupeau. Après un pontificat qui n'a duré en réalité que neuf ans et quelques mois, mais qui semble long d'un siècle, si Ton songe aux difiBcultés, aux épreuves de tout genre avec lesquelles s'est trouvé aux prises le souverain pontife, Etienne Aubert meurt à Avignon, le lundi 12 septembre 1362, avant d'avoir pu rendre un suprême senice à la chrétienté en paciûant la Bretagne.
Malheur aux vaincus ! Cet arrêt implacable nous revient en mémoire au moment où va s'ouvrir le dernier acte de cette terrible guerre de la succession, l'une des luttes les plus acharnées dont l'histoire ait gardé le souvenir. Qui n'en connaît d'avance le tragique dénouement, Auray, c'est-à-dire la défaite et la mort de Charles de Blois? Et pourtant il est certain que celte campagne néfaste s'était ouverte sous les plus brillants auspices pour la cause du mari de Jeanne de Penthièvre. Mais par une sorte de fatalité, les actes relatifs au commencement de cette période font tout à fait défaut, comme si les vainqueurs avaient pris à tâche de les anéantir; et nous n'avons guère pour nous renseigner que la chronique rimée de Guillaume de Saint- André, dont l'auteur, fort peu soucieux de Texactitude, est en outre dévoué corps et Ame à Jean de Montfort.
1. Rymer, vol. III, p. 607, G08, 612. Martene, Thés. AnecdotjLU, col. 894, 895.
2. Martene, Thea. Auerdot.y l. II, col. 1063. Rymer, vol. 01, p. 628, 633 et 644.
D*après ce chroniqueur, dont les Bénédictins, et à leur suite tous les historiens modernes, ont adopté la version*, la trêve conclue entre les deux compétiteurs à la fin de 1360 après la paix de Brétigny, aurait été prorogée d'un an à Châteauneuf de la Noue*, en août 1362, environ un mois avant le terme fixé pour son expiration (29 septembre). Rymer a publié, il est vrai, un acte, daté de Westminster le 7 juillet de cette année*, par lequel Jean de Montfort donne aux évoques de Winchester et d'Ély, à Richard, comte d'Arundel, et à Gautier, sire de Masny, pleins pouvoirs pour proroger la trêve qui est sur le point d'expirer. Mais, si un nouvel arrangement était intervenu dans le courant d'août, ainsi que Taffirme Guillaume de Saint-André, comment n'est-il fait aucune allusion à cette prorogation dans un autre acte, postérieur au premier de près d'un mois, puisqu'il est daté du 23 septembre, où Edouard III délègue à son tour pleins pouvoirs aux évoques de Winchester et d'Ély, pour renouveler la trêve de 1360*?
11 vient, d'ailleurs, de se produire un fait considérable qui a modifié complètement la face des choses en Bretagne. Jusqu'alors Edouard, en qualité de tuteur de Montfort, a été le seul maître de la partie du duché qui tient pour son pupille, et Charles de Blois n'a pu songer un seul instant à reprendre la lutte contre le roi d'Angleterre dont il resie, jusqu'au parfait payement de sa rançon, le prisonnier sur parole. Mais, lorsque la trêve de 1360 est sur le point d'expirer, le jeune comte de Montfort vient d'atteindre sa majorité. Il vient d'être mis en possession de toutes les places qui lui appar-