Chronique des quatre premiers Valois j p
5. Le 7 mars 1377 (n. st.), Charles Y accorda des lettres de rémission à Jean le Preslrel, flls de fea Jacques le Prestrel, « comme, es derraines guerres meues entre nous et nostre frère le roy de Navarre, après la prise de nostre ville de Mante, le dit Jaques, qui s*cstoit retrait en la compaignie d'aucuns des genz de nostre dit frère en la tour de Meullent, eusl esté pritis par noz genz et amenez à Paris où il fu exécutez, » Arch. Nat., scct. hist., JJ 110, n» 191.
Funérailles du roi Jean. — Jean de Grailly, captai de Buch. — Arrivée du
— Jeanne de Navarre. — Dialogue entre le captai de Buch et Faucon le héraut. — Les Ânglo-Navarrais prennent position sur la colline de Cochcrel. — Les Français campent à la Croix- Saint-Leufroy. — Du Guésclin est élu commandant en chef sur le refus du comte d'Auxerrc. — Les Français vont offrir la bataille au captai qui la refuse. — Bertrand attire Tennemi en plaine par une retraite simulée. — Acharnement du combat. — Anglais tués ou faits prisonniers : Jacques Plaulin, Jean Jouel, Robert Chesncl. — Français tués : le vicomte de Beaumont, Baudouin d'Annequin, les seigneurs de Béthencourt et de Villequier. — Du Guésclin fait exécuter un mouvement tournant et une charge en queue qui assurent la victoire aux Français. — Le Bascon de Marcuil est tué et le captai de Buch est fait prisonnier. — Erreurs de Froissart sur la journée du 16 mai ; explication 4§ ces erreurs. — Départ de TArchiprôtre avant Taction. — Théâtre de celte action. — Perles des deux armées. — Grand nombre des prisonniers et énormité des rançons payées par ces prisonniers. — Charles Y reçoit la nouvelle de la victoire de Cocherel la veille de son sacre à Reims. — Le nouveau roi revient à Paris et donne à du Gucsclin le comté de Longuevillc. — État Qorissant jdes sciences et des lettres à Pavéoement de Charles le Sage (1364, mai).
Tandis que Charles Y procède aux obsèques de son père qui se célèbrent avec la plus grande pompe* à Pa-
1. On dépensa à ces obsèques, du 27 au 29 avril^ en trois jou», dix-sept
BERTRAND DU GUESCUH. 1 — 28
ris et à Saint-Denis pendant les premiers jours de mai, le captai de Buch débarque à Cherbourg. Fils de Jean de Grailly, II du nom, et de Blanche de Foix, cousin germain par sa mcre du célèbre Gaston Phœbus, comte de Foix, Jean de Grailly, III du nom, captai de Buch*, vicomte de Benauge* et de Castillon, est la fleur de la chevalerie de Gascogne. Les Grailly et les Albret* se partagent la domination dans ces landes immenses qui s'étendent jusqu'aux portes de Bordeaux. Ces deux puissantes familles se disputent les faveurs des rois d'Angleterre, maîtres df îa Guyenne. Le captai, lorsqu'il ne va pas guerroyer au loin contre les païens delà Prusse, comme il Ta fait au lendemain de Poitiers, passe le temps à courir le cerf ou à lancer Tépervier dans ses giboyeuses forêts de pins. Il est devenu, à Técole de son cousin le comte de Foix, Tun des premiers chasseurs de son temps. Aussi, le prince de Galles, qui recherche avec passion toutes les nobles distractions, ne demande au seigneur de Buch d'autre redevance que des lévriers et des faucons. Le captai est en outre bien fait de sa personne, aimable, galant avec une pointe de gaillardise, doué de celle faconde un peu théâtrale qui a toujours été Tun des dons naturels des habitants de la Gascogne. Grdce à ces avantages, il est peut-être le
seul des feudataires de Guyenne ^i n'ait pas eu trop à
mille sept cent soixante et une livres de cire qui, à 23 firancs les cent livres, coûtèrent au Trésor 4805 francs 7 deniers i^arisis. Bibl. Nat., Quittances, t. XV, n» 21.
1. Les Grailly étaient seigneurs de la Teste-de-Buch (Gironde, arr. Bordeaux), et c*est do cap^ équivalent gascon de it%it ou <(7e, qu'ils prenaient le titre de captai,
2. La vicomte de Benauge formait un fief considérable dont le ch&teao de ce nom, situé dans la commune d Arbis (Gironde, arr. la Réole, c. Targon), rappelle encore aujourd'hui le souvenir.
3. Albret est la forme ancienne de Labrit (Landes, arr. Mont-de-Marsan).
soufTrir de la morgue anglaise. Depuis près de deux ans que .le vainqueur de Poitiers habite le continent en qualité de prince d'Aquilaine, Jean de Grailly a obtenu toute sorte de succès à la cour brillante de ce prince; et au moment même où quelques-uns des plus puissants barons de Saintonge et de Gascogne, notanunent les seigneurs de Pommiers, de Mussidan et de la Trau% quittent le parti de TAngleterre pour faire leur soumission à Jean et à Charles Y, c'est le captai de Buch que le fils aine d'Edouard III vient de désigner au roi de Navarre comme le guerrier le plus capable d'ouvrir avec succès les hostilités contre la France.
A son arrivée en Normandie, le lieutenant de Charles le Mauvais trouve les partisans de son maître plus animés que jamais contre les Français. La surprise de Mantes, le pillage de cette ville et de Meulan ont changé en exaspération la haine qui couvait depuis longtemps. Le captai, qui s'associe à ces sentiments, s'empresse de les mettre à profit. Il donne des ordres pour que les nombreuses garnisons navarraises, qui occupent des forteresses dans cette province, se concentrent ou du moins envoient des détachements aux environs d*Évreux où doit avoir lieu le rassemblement général. En basse Normandie, Robert Porte, évoque d'Avranches et Guillaume, abbé de Cherbourg; dans le comté d'Évreux, Pierre de Sacquenville et Guillaume de Gauville, secondent activement le généralissime du roi de Navarre. Le captai parvient aussi à js'assurer le concours de l'Anglais Jean Jouel ; et cet aventurier, qui depuis la prise de Rolleboise ose prendre le titre de duc de Normandie, se met aussitôt en devoir de rassembler les Compagnies
1. La Trau (on prononce : la Traou) est aujourd'hui un ch&teau ruiné do la commune de Préhac (Gironde, arr. Bazas, c. Villandraut). Le sei^ gneur de Prchac s'intitulait, tantôt aoudiCj tantôt Soudan de la Trau»
de gens d'armes de sa nalion éparses dans les forteresses les plus voisines du théâtre des hostilités. En môme temps, Tévêque d'Avranches envoie en toute hâte un messager en Bretagne et le charge d'enrôler immédiatement tous les hommes d'armes qui consentiront à prendre du service dans les rangs navarrais*. Le captai ne tarde pas à avoir sous ses ordres une armée composée d'environ sept cents lances, de trois cents archers et de cinq cents autres soudoyers.
Que de fois du Guesclin, guerroyant péniblement contre les capitaines des Compagnies, réduit à les assiéger les uns après les autres dans leurs repaires, à entendre leurs bravades et' parfois à laisser leur insolence impunie, que de fois du Guesclin a soupiré après le jour où il lui sera donné de les trouver réunis une bonne fois sur quelque champ de bataille, aQn de pouvoir prendre comme d'un coup de filet tous ces pillards. Ce jour tant attendu est enfin arrivé. 11 est peu de chefs de ces bandes, du moins parmi ceux que le brigandage a conduits à la renommée ainsi quW la fortune, qui ne se soient fait un point d'honneur de répondre à Tappel du captai de Buch et de Jean Joucl. En trte des aventuriers navarrais figure le Bascon de Mareuil, l'ennemi personnel de du Guesclin, celui qui, dès 1359, a essayé de surprendre Ponlorson et que nous avons vu accabler Bertrand de ses insultes au siège de Melun*. Outre sa force herculéenne, il est un trait qui le distingue entre tous :
1. Le 11 mai 1364, Robert, évoque d'Avranclies, conseiller du roi de Navarre el lieulenant du captai de lîuch, mande d'allouer es comptes de Henri de Mantes, vicomte d'Avranches, 10 francs d'or, prix d'un cheval acheté pour Perrot de la Fontaine « pour aller en Hrctaigne pour querre fronz d'armes au hesoing de noslre dit seigneur, lequel cheval fut mors vu chemin. >» iJibl. Nat., Quittances, t. XV, n» VI,