‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 230 sur 291 · Arch. Nal., sccl. hisl., JJ 114, n · texte numérisé non relu

Arch. Nal., sccl. hisl., JJ 114, n

2. Les clironiqueurs, Froissarl entre autres, prétendent que telle bataille ou division de Tarmée française fut opposée à telle autre bataille ou division de Tarmée anglo-navarraise ; mais, outre que ces ctironiqueurs sont en désaccord entre eux et se contredisent parfois eux-mêmes, des actes authentiques relatifs aux prisoimicrs faits à Cochcrel démentent ces classements arbitraires. Il semble ressortir de ces actes que la bataille de Cochcrel fut une mêlée assez confuse où les diverses divisions de chaque armée se trouvèrent confondues.

446 r.HAPITRE XIV.

achetés. Les !loniiands et les Picards, surtout, ont éprouvé les pertes les plus sensibles. Un grand seigneur allié à la maison de France, le vicomte de Beaumont*, Baudouin d'Annequin, maître des art>alétrierSy Jean de Béthencourt*, le seigneur de V'Jlequier', Tiennent de trouver la mort en voulant enfoncer le front de Fenneffli dont les lignes sont comme un mur impénétrable contre lequel se brisent tous les efforts. Déjà les Français n'ont plus la même ardeur, et leurs adversaires commencent à gagner du terrain, lorsque tout à coup le captai entend retentir sur ses derrières un grand galop de chevaux : c'est un escadron, composé d'environ deux cents Bretons, tous gens d*élite et admirablement montés, que du Guesclin tient en réserve depuis le commencement de l'action pour charger en queue les Anglo-Na-

varraisV

1. Loais^ Ticomte Je Beaamoat, avait épousé à L^oa le 13 aorembre 1362 Isabelle de Bourfooa, fille de Jarqaes de Bourboa. 1* da nom, comte de la Marche et de Pontiea, et de Jeanne de Chàttllon (Arch. >at., sect. jud., XI' 20, f** 330 à 33:)}. Le TÎcomte de Beaomont eut rhonneur d'étra pleoré par Cliarles de Blois, qui était à Dinan lorsqu'il apprit en mèoie temps la victoire de (Zocherel et la mort de son coosin. Dom Morice, Preuves, t. Il, col. 15 et 16.

2. Jean de Bétheocourt; chevalier, marié à Isabelle de Saint-Martin « trespassa à Honneflou en compagnie de nostre amé et féal ch*' le mareschat de Clermontj et l'Aisne fils du dit de Betencourt en la besoigne de Cocherelj en la compaignie de nostre amé et féal chambellan Beriran de Clasquin. • Arch. Nat., JJ 76, n* 200. — Dans le récit de la bataille de Cocherel par Jean de Venette [Cont, G. de Xangiaco, t. Il, p. 342), Géraud a lu : « dominus de Lenlecuria in Caileto. * Lentecuria est une mauvaise leçon qu*il faut remplacer sans doute par : Betencuria.

3. Le seigneur de Villeqnier était alors capitaine de Caudebec.

4. Comme c'est ce mouvement tournant qui assura aux Français la victoire, jusqu'alors indécise, il importe d'établir à Taide de témoignages conlemperains, que la charge dont il s'agit fut exécutée par des Bretonj*, et que du Guesclin l'ordonna, s'il ne la conduisit pas lui-même : « Tnde a bello se aliqualiter subtrahens (Bertrandus de Claquin), una cum paucis de suis Britonibus, equom armatos asccndit, et a tergo alio$ viriliter

Ce mouvement tournant et celte charge impétueuse décident du sort de la journée. Épuisés par une lutte qui dure depuis plusieurs heures, attaqués à la fois en tête et en queue, Jean de Grailly et les siens ne sont plus de force à soutenir le choc de ces troupes fraîches. Le Bascon de Mareuil, que le captai a chargé plus spécialement de la garde de son pennon, se fait tuer en défendant ce signe de ralliement de Tarmée navarraise. Dès lors, celte armée se laisse aller à une débandade générale. Guillaume de GauviPe se rend à Gui le Baveux*, et JofTroi de Roussillon à Amanieu de Pommiers.

invadenSj totam illam phalangcm Vasconum cl Nararrorum penetravit, comile Altissiodorense una cum suis Gallicis conlra alios nihilominus dimicantc. » Conl. G, de Nangacio, t. IF, p. 343. — « Et une route des Bretons demoura à ctieval avec les pages et les bagaiges.... Alors 8*en vindrcnt les Bretons fcrir en la bataille tous frais. Et se iceulx Bretons eussent gueres plus attargU, te captai eust eu victoire. Alors, comme dit est, iceulx Bretons se ferireut eu travers des Gascons et des Angloiz.... Tous les bons prisonniers eurent les Bretons. » Chronique des quairt premiers Valois^ p, 146, 147. — • Une grant partie des %fiVkSj qui estaient en la bataille de Bertran du Guesclin passèrent sur le dos de leurs ennemis et telement les dommagèrent, avec ce que ceulz qui combatoient ou frout de devant combatoient bien, que les Navarrois et Englois furent desconflz. » Bibl. Nal., ms. fr. n* 49 S 7, ^ 90. — Cuvelier, de son côté, a consacré 70 vers {Chronique de B, du Guesclin, t. I, p. 178, vers 4737 à 4807) à raconter ce mouvement tournant qui, d*après le trouvère picard, aurait été exécuté par 200 bonnes lances que commandait Eustache de la Uoussaye. Le nom de cet inséparable compagnon d'armes de du Guesclin indique assez, quoique Cuvelier n'ait pas pris soin de le dire expressément, que ces 200 bonnes lances étaient des hommes d'armes bretons. Citons seulement les vers suivants :

Derrière les Angloiz, dont il y ot fuison Se misdrent les François, par tel avision Que de tous lesEngloiz veoient le talon.

1. Charles V donna vers 1366 les château ot seigneurie de Tillières (auj. Tillières-sur-Avre, Eure, arr. Évreux, c. Vemeuil) à Gui le Baveux, seigneur de Longue ville « en recompense de ce qu'il avoit fait prisonnier en la bataille proche Cocherel Guillaume de Gauville, ennemi du roi. » Arcb. Nal., J 217, n* 23.

Les principaux chefs des Compagnies navarraises, Pierre d'Aigremont*, Baudouin de Bauloz, Jean Gansel, Lopez de Saint-Julien', Jacques Froissart, secrétaire du roi de Navarre*, tombent entre les mains des vainqueurs. C'est à peine s'il reste cinquante hommes d'armes autour du captai. Celui-ci n'en continue pas moins jusqu'au bout la résistance, et il lutle jusqu'à ce qu'il soit renversé par terre. Il se rend alors à un écuyer breton nommé Roland Bodin.

Le lecteur peut maintenant se rendre compte, nous l'espérons du moins, des grandes lignes de la journée du 16 mai. Froissart, il est vrai, a raconté les choses tout autrement. S'il fallait en croire ce chroniqueur, ce n'est pas aux habiles dispositions prises par du Guésclin, ce n'est pas à l'intrépidité des Bretons que reviendrait l'honneur de la victoire de Coclierel, c'est aux Gascons du parti français. Cette retraite simulée qui, avant que l'action fût encore engagée, fit perdre aux Anglo- Navarrais l'avantage de leur position, ce seraient les Gascons qui en auraient eu les premiers l'idée. Cette charge d'hommes d'armes à cheval qui aurait décidé du sort de la journée et abouti à la prise du pennon du captai, elle aurait été exécutée par des Gascons. Enfin, Jean de Grailly lui-môme aurait été fait prisonnier par des Gascons. Ces trois assertions constituent autant d'erreurs qu'il est facile de réfuter. D'abord, quant à la retraite simulée, si Froissart en enlève l'honneur à du Guesclin dans une de ses rédac-

1. Ce Pierre d'Aigremont, capitaine du Bois-de-Maine, fut fait prisonnier par un écuyer du diocèse de (juimpcr, qui déposa dans l'enquôte pour la canonisation de Charles de Blois. Bibl. Nat., lus. lat. n* 5381, t. Il, f* 175.

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