BERTRAND DU GUESCLIN. I
moin pour les Gascons qui combattirent à Cocherel dans les rangs de T armée française. Cette partialité se comprend d'autant mieux que presque tous les seigneurs de Saintonge et de Gascogne qui servirent sous du Guésclin dans la journée du 16 mai 1364, tels que les seigneurs de la Trau \ de Pommiers et de Mussidan, étaient redevenus Anglais, lorsqu'en 1366 et 1367 le clerc de la reine Philippe de Hainaut, pendant son séjour à Bordeaux à la cour du prince de Galles, se fit raconter la défaite du captai de Buch. Les historiens se sont donc trompés en empruntant de préférence à Froissart le récit des divers incidents de la bataille de Cocherel : ce récit n'est, à la lettre, qu'une amusante gasconnade. Du Guesclin vient d'avoir tous les bonheurs dans cette journée. L'Archiprêtre a voulu jouer, selon son habitude, un double jeu. En sa qualité de Périgourdin, Arnaud de Cervolle compte des amis et des parents parmi les Gascons de Jean de Grailly. Il prétexte ces relations d'amitié et de parenté pour quitter, dès le début de l'action, le champ de bataille, et regagner Pont-de-l'Arche, mais il ordonne à ses gens de rester pour prêter main-forte aux Français. En réalité, il n'a d'autre but que de se prévaloir de ce départ, si le captai est vainqueur, et de l'assistance prêtée par les hommes
\oi témoin occulairc, les historiens devraient toujours, avant d'adopter une version, en rechercher et, s'il se peut, en déterminer la source.
1. Le 2 octobre 1364, le soudic de la Trau, chevalier et sire de Didonne (auj. Saint-Georgos-de-Didonne, Charente-Inférieure, arr. Saintes, c. Saujon), fit hommage à Charles V du château de Beauvoir, sis en la sénéchaussée de Toulouse, que le roi do France venait de lui donner avec 500 livres de rente, en considération de ses services à la bataille do Cocherel, en Normandie (Arch. Nat., J 622, n* 75). Deux ans après avoir obtenu cette faveur, le 10 juin 1366, ce soudic ou Soudan de la Trau n*en faisait pas moins hommage à Bordeaux au prince do Galles pour sa seigneurie de Didonne (Maichin, Hist, de Saintonge, 1671, in-^, p. 172).
LA BATAILLE DE COCHEREL. 45 r
(l'armes à sa solde, si au contraire l'avantage reste à rarniée dont il fait partie. Mais Tabsence de ce misérable est une bonne fortune pour du Guesclin : il y a des auxiliaires dont le concours ternirait les plus belles victoires.
L'action s'est engagée dans le village et aux abords du pont de Cocherel, mais elle s'est continuée dans les prairies voisines, et son dénoûment a eu pour théâtre les villages de Jouy* et de Hardencourt* situés sur la rive gauche de l'Eure en face des collines d'où la feinte de du Guesclin a fait descendre les Anglo-Navarrais*. Ceux-ci, dès qu'ils voient la victoire les abandonner, essayent de s'échapper par leur aile gauche et de gagner Pacy. C'est dans cette direction que les vainqueurs poursuivent les fuyards. Aussi, Bertrand, dans un de ses actes en date du 27 mai suivant, appelle-t-ii l'affaire de Cocherel « la bataille près de Pacy* ». Trente ou quarante hommes d'armes' seulement, tant chevaliers qu'écuyers, ont péri dans l'armée de du Guesclin. Les vaincus, au contraire, ont fait des pertes énormes et que l'on n'évalue pas à moins de huit cents combattants, tués ou tombés entre les mains des vainqueurs *. Le nombre des prisonniers est si considérable que le soin de les garder nuit à la poursuite et empêche les Français de tirer tout le parti possible de leur victoire .. C'est que chaque captif un peu notable est pour son