Rymer^ vol. III, p
4. Le 18 juin, d'après l'inscription mise sur le tombeau de Gui de Laval dans l'église collégiale de Vitré (Dom Morice, i. I, p. 276 ; Preuves, t. Il, CjI. 30) , le mercredi 20 juin, d'après la lettre de Thomas de Dagworth au chancelier d'Angleterre (Robert de Avesbury, Hist. Ed, ///, p. 159} et les chroniqueurs anglais (Henri de Knyghton, Hist, AngL script, de Ttuysdeuy t. H, col. 2593).
52 niIAPlTHE n (1341-1347).
dont les Nonimnds ont introduit l'usage. On se dispute longtciniis la victoire, Thomas de Dagworth est fait deux fois prisonnier'. Charles de Blois, qui commande les siens en personne, fait des prodiges de valeur et reçoit dix-sept blessures avant de se rendre. Les chefs des plus grandes familles de Bretagne, les Rohan, les Laval, le» Bougé, les Chiteaugiron, les Châteauhriant, trouvent la mort en combattant aux côtés de leur duc; les autres, comme les seigneurs deRochefort, de Beaumanoir, de Tinténiac, de Lohéac, tombent au pouvoir des Anglais. Défaite glorieuse, mais irréparable, dont le parti de Charles de Blois ne doit jamais se relever.
On aura remarqué sans doute que, dans la revue rapide que nous venons de faire des principaux événements écoulés entre la trêve de Malestroit et la bataille de la Roche-Derrien, nous avons complètement perdu de vue Berlrand du Guesclin. 11 y a 14 dans l'histoire de notre héros une lacune regrettable que les montres de l'armée île Charles de Blois, si nous les avions conservées, permettraient probablement de combler. A défaut de documents de te genre, on ne saurait s'étonner du silence des chroniques du temps sur un obscur écuyer, A une période de sa vie où personne ne peut prévoir qu'il deviendra un jour le plus grand capitaine de son siècle. Toutefois il est permis de conjecturer que Bertrand ne reste pas inactif, alors que son pays prend feu ; et s'il peut ne pas assister à telle ou telle opération de détail, on incline à croire, non sans vraisemblance, qu'il joue de la hache lui aussi, à cette lutte décisive de la Roche-Derrien od donnent toutes les forces du parti de Charles de Blois. Quoi qu'il en soit, il faut bien recon-
t. ■ Vriut nltcr MschalKcus pcr iluas vice» pnFvaluit illa ili fli'con Angliii! (13ÏS-1388), auclore monacho quod.tm saiiC cdited bj Edward Maundc Thompson, Loodon, 1B74, p. S4.
nattre que, sur le rôle de notre héros pendant les sept premières années de la guerre de la succession, nous en sommes réduits à la mention fort succincte de Froissart relative au siège de Rennes.
Si isolée que soit cette mention, elle a beaucoup d'importance à un double point de vue. D'abord elle confirme la tradition qui nous montre Bertrand attaché dès le début de sa carrière au parti de Charles de Blois. Ensuite elle donne lieu de supposer que le jeune écuyer, enrôlé dans la garnison de Rennes à la fin de 1342, continue d'appartenir à ce qu'on peut appeler les forces organisées de son parti, tant que ce parti reste debout pour soutenir ouvertement la lutte contre les Anglais. Le désastre de la Roche-Derrien, la ruine aussi bien financière que militaire qui en est la conséquence^ la captivité de Charles de Blois, la trêve conclue par
Edouard tant avec son prisonnier qu'avec le roi de France, plusieurs fois renouvelée et maintenue sans interruption depuis la fin de 1347 jusqu'au commencement de 1351, tous ces événements vont changer entièrement la face des choses en Bretagne. Liée par les trêves et plus encore parle précieux gage qu'une défaite vient de mettre entre les mains des vainqueurs, épuisée d'ailleurs par l'énorme rançon qu'il faut recueillir pour obtenir la mise en liberté de son mari, Jeanne de Penthièvre est désormais hors d'état de prendre l'offensive contre ses adversaires. Ne pouvant plus dès lors combattre les ennemis de son pays dans les rangs d'une armée régulière, Bertrand du Guesclin, plutôt que de briser son épéc, entreprend de faire aux Anglais une guerre de partisan, et il se met à la tète d'une compagnie franche.
LA VIB PBIVEB AU QUATORZIEME SIECLE.
Accroissement de la population. — Aisance générale. — Habitation. — Ameublement. — Argenterie. — Inventaire d'un paysan. — Mobilier d'une ferme. — Gages des domestiques et salaires des journaliers. — Alimentation. — Cuisine. — Boissons. — Mœurs gaies et libérales : banquets, fêtes, réjouissances, danses. — Établissements de bains dans les campagnes comme dans les villes. — Médecins et chirurgiens jurés. — Vogue de la médecine arabe. — Crédit médical des juifs. — Coût des opérations chirurgicales. — Traitement dé certaines maladies. — Aliénation mentale. — Barbiers. — Luxe de l'habillement. — Fourrures. — Literie. — Usage universel de la chemise ou linge de corps. — Apparition et emploi fréquent du papier de chiffe. — Le siècle du linge et du papier de chiffe prépare le siècle de l'imprimerie. — Exemples de barbarie et d'immoralité de la justice, tant royale que seigneuriale. — Épanouissement de l'esprit chrétien dans les confréries.
Il est maintenant hors de doute que la population de la France, pendant la première moitié du quatorzième siècle, avant la peste de 1348 et les premiers désastres de la guerre dite de Cent ans, égalait au moins, si même elle ne dépassait un peu sur certains points, celle de la France actuelle. C'est la conclusion où étaient arrivés depuis longtemps les savants* qui avaient traité cette