Bibl. Nat., mss. lat., n» 5381, 1. 1, f
78 CHAPITRE lU.
suite des Croisades, commence à être employé, prini paiement dans le midi de la France ; mais ce papier, 1 briqué d'ordinaire en Orient, est d'un prix trop éle pour passer dans l'usage courant et suffire aux besoi de la consommation journalière ^ Le monopole du pa chemin n'est sérieusement menacé qu'au moment o grâce au progrès de l'aisance, à l'abondance croîssai] du linge, à l'emploi universel de la chemise, on se no à fabriquer, sur une grande échelle, du papier de chif c'est-à-dire dans les premières années du quatorzièi siècle. Avant cette date, on ne trouve écrits sur ce p pier que des documents courts et isolés, des lettres, p exemple; mais une matière adaptée & l'écriture ne pe être considérée comme usuelle que si elle arrive à f( mer des registres plus ou moins volumineux. Or c registres sur papier de chiffe apparaissent, pour la pi mière fois, dans notre pays du moins, sous le règne Philippe de Valois '. Le papier fabriqué avec des ch fons de linge devient dès lors de plus en plus commi et de moins en moins cher jusqu'à ce que cette abo dance et ce bon marché viennent, un siècle plus tai solliciter, pour ainsi dire, le génie de Jean Gutenbei
1. Le plus ancien registre, sur papier de coton, conservé aux Archi Nationales, a été exécuté vers le milieu du treizième siècle ; on y a m( tienne les recettes et les dépenses d'Alphonse, comte de Poitiers, frère saint Louis, de 1243 à 1248. Ce registre fait partie du Musée des Archi où on l'a inscrit sous le n« 247. V. Musée des Archives Nationales j \
- ris, 1872, p. 136 et 137. Cf. les n»« 248, 281, 306, 311.
2. Le plus ancien registre, sur papier de chiffe, conservé aux Archr Nationales, provient de Tétude d'un notaire de Mazères (Ariége, arr. 1 miers) et contient des actes datés du 19 septembre 1333 au 10 février K (/6id., n* 344, p. 198). Viennent ensuite, par ordre d*ancienneté, un re( tre de la justice de Saint-Martin des Champs où Ton a consigné des arr rendus de 1332 à 1345 {Ibid.j n'' 356, p. 203), et un registre de Nol
, Dame de Paris pour les années 1356 à 1361, composé de trois cent dix-n
feuillets {Fbid., n» 374, p. 212 et 213).
de Mayence. Tout le monde comprend en eiTet que si Ton n'avait pu confier qu'au parchemin les caractères de l'écriture, la rareté de la matière n'aurait jamais permis à la découverte de l'imprimerie de prendre un caractère vraiment pratique. Peut-être même,] 'immortel imprimeur, qui était un industriel et un commerçant aussi bien qu'un inventeur, en supposant qu'il eût eu l'idée de sa découverte, n'eût-il pas été tenté, à défaut du papier de chiffe, delà mettre à exécution. Yoilà pourquoi il importe au plus haut degré de signaler ce lien étroit, ce rapport de cause à effet qui unit l'usage universel de la chemise & la fabrication du papier fait avec des chiffons. Voilà pourquoi, sans tomber dans le paradoxe, il est permis de considérer cette innovation relative à un détail du vêtement, cet essor donné à une industrie nouvelle, comme les deux événements les plus considérables de l'époque où vécut du Guesclin. L'économiste et le moraliste y verront, par un exemple saisissant, comment un perfectionnement, insignifiant en apparence, apporté dans l'hygiène du peuple, peut devenir le point de départ de rinvention la plus féconde dans l'ordre intellectuel et d'une ère nouvelle pour la civilisation générale. L'historien en conclura que ce quatorzième siècle, si misérable au point de vue politique, si abaissé au point de vue de la ferveur religieuse et de l'invention littéraire, n'en est pas moins, par cela seul qu'il est le siècle du linge de corps et du papier de chiffe, le digne précurseur ou, pour mieux dire, l'indispensable préparateur du siècle de l'imprimerie.
La honte de cette époque, nous tenons à l'ajouter, après avoir tracé, d'après les faits, un tableau qui modifiera peut-être bien des opinions préconçues, la honte de cette époque, c'est la barbarie et, il faut bien le dire, l'immoralité de la justice. La justice seigneuriale, qui
est une propriété au môme titre que la terre, se partage comme celle-ci. Il en résulte qu'il y a telle localité, Regniowez*, par exemple, dans les Ardennes, où la justice appartient à trois seigneurs à la fois, au seigneur de Montegny, au seigneur de Toulon et au seigneur de Lor *. Allez donc chercher une répression prompte du crime au milieu d'un tel déchirement! Cette justice est aussi cruelle dans ses arrêts que lente et difficile à faire mouvoir. En 1357, à Annonay *, le juge criminel du seigneur de Roussillon, condamne un faux témoin à parcourir la ville revêtu d'une chemise blanche constellée de langues rouges, à rester trois heures attaché au pilori de la ville, et flnalement à avoir la langue coupée *. La justice royale, cette ressource suprême des opprimés, n'est pas moins cruelle. On brûle d'un fer chaud au visage, sur chaque joue, quelqu'un dont le seul crime est d'avoir mal parlé du roi '. En 1362, une pauvre femme de Rouen, Alice Souris, est condamnée à être enfouie toute vivante, et le duc de Normandie est obligé d'intervenir; il accorde comme une faveur à cette malheureuse d'être noyée dans la Seine •. Le roi s'efforce de protéger les faibles, il serait injuste de ne pas le reconnaître, mais à condition toutefois que les oppresseurs n'appartiennent pas, nous ne disons point à son entourage, mais seulement à la domesticité de son entourage. Un simple valet fauconnier ^ de Bureau de la Rivière, qui a attenté à l'honneur d'une femme mariée; Perrin de Mons, valet de chambre de Louis, duc d'Anjou, qui u