Bibl. Nat., mss. lat., n* 5381, t. I
une nature comme la sienne, haïr les Anglais, c'est les combattre par tous les moyens dont il peut disposer. La défaite de la Rocbe-Derrien , la captivité du chef de son parti , la trêve conclue par Edouard tant avec le roi de France qu'avec Charles de Blois , rendent la guerre régulière désormais impossible. Bertrand se met alors à faire aux ennemis de son pays une guerre de partisan. Des nobles de haute condition répugneraient à faire cette guerre ou ne voudraient pas se placer sous les ordres d'un simple écuyer. Ce qu'il faut d'ailleurs, ce sont des hommes jeunes, pauvres, endurcis aux ()rivations, surtout connaissant à fond le pays par une longue habitude, capables de se retrouvera certains indices au milieu de l'immensité des landes, de l'épaisseur des bois, sachant les sentiers écartés, les chemins perdus, les défilés des routes , les souterrains , les clairières inconnues des forêts susceptibles d'offrir un refuge en cas de poursuite, les fourrés où l'on peut s'embusquer pour faire un bon coup et tomber à Timproviste sur les Anglais '. Qui réunit mieux ces conditions que des paysans jeunes et bien choisis, de vigoureux gars, comme on les appelle encore dans la Bretagne française et en Normandie? Bertrand les recrute sans doute de préférence parmi les compagnons des jeux de son enfance, dont il a pu mettre à l'épreuve de bonne heure le courage ou la ruse dans ses belliqueux amusements; il les réunit au nombre de cinquante ou soixante et se met à leur tète*.