Rymcr, vol. III, p. 166 et
leurs oppresseurs est de bonne heure poussée à ses dernières limites. Naturellement farouches vis-Â-vis des étrangers, les Bretons détestent à plus forte raison des eDvahisseurs qui, non contents d'occuper leur pays à 0iain armée, fomentent parmi eux la guerre civile. II entre d'ailleurs du mépris dans cette haine, et elle en est d'autant plus implacable. Si les auxiliaires de Montfort étalent en toute occasion leur orgueil de conquérants, les vaincus de la Boche-Derrien ont, de leur côté, pour les vainqueurs ce mépris qu'inspire à Tbomme de cœur l'abus de la force mise au service du lucre; et il liaut avoir étudié de près les compatriotes d'Abélard et de Lamennais pour se faire une idée de Tinaccessible hauteur où ce mépris peut s'élever dans une âme bretonne.
On raconte une anecdote où la charité chrétienne de Charles de Blois fait heureusement contraste à cet acharnement de haine contre les auxiliaires de Montfort. Ce prince, pendant sa captivité en Angleterre, traversait un jour le grand cimetière de Londres; il récitait, suivant sa coutume, un a De profundis » pour les &mes des noorts ensevelis dans ce cimetière. « Pourquoi n'aitemez-vous pas avec moi?» dit-il à Eudes Cillard, jeune page breton qui l'accompagnait. — « Parce que, répartit Eudes, ceux dont les ossements blanchissent ici ont égorgé nos parents, nos amis, et ont brûlé nos deaieures. » — « Vous êtes un misérable », reprit Charles de Blois*, en imposant silence h son page.
Eudes Cillard nous représente ici les sentiments qui animent toute la jeunesse bretonne, dans les familles dévouées au mari de Jeanne de Penthièvre. Du Guesclin partage au plus haut degré ces sentiments ; mais, pour