Et disoit que il voloit raquerir son héritage
l'enfance de du GUESCLIN. 5
près de songer à devenir lui-môme un roi ou quelque chose d'approchant.
Nous avons dit que Bertrand appartenait à une branche cadette de la famille du Guesclin. La branche aînée de celte famille, dite du Plessis-Bertrand, était ainsi désignée à cause d'un château bâti vers 1237 par un du Guesclin, qui avait aussi le prénom de Bertrand, sur la paroisse de Saint-Coulomb, à peu de distance de la vieille forteresse dont nous venons de parler. Au moment de la naissance de notre Bertrand, cette branche aînée était représentée soit par Pierre du Guesclin, I*' du nom, qui transigea en 1293 avec son frère, aïeul du connétable, soit par Pierre 11 son (ils, marié à Jeanne de Montfort, qui était seigneur du Plessis-Bertrand en 1336.
La branche aînée des du Guesclin était riche et puissante, elle avait dans sa mouvance la moitié environ de la presqu'île dont Saint-Malo occupe l'extrémité occidentale*. Le château du Plessis-Bertrand était le chef-lieu de ce fief considérable. Aussi ce château, dont il subsiste encore quelques débris, un portail et un groupe de tours en ruine, paraît avoir été une forteresse très-imposante*; il était entouré de vastes douves, et, s'il faut en croire les savants du pays, sa forme rappelle un peu celle de la Bastille.
Telle n'était pas sans doute la Motte féodale où Bertrand du Guesclin vint au monde*. Au moyen âge, les
1 . V. rintéressant article de M. L. Rioull do Neuville sur les ancôtres de du GuesdiU; dans la Revue des Questions historiqueSj livraison du !•' juillet 1872, p. 208 à 220.
2. Pierre du Guesclin, chevalier, seigneur du Plessis-Bertrand, eut riionneur de donner dans ce ch&teau 1 hospitalité à Charles de Blois à la un de 1364, peu de temps avant la bataille d'Àuray. Bibl. Nat., mss. lat., n- 5381, t. I, f- 120 et 121.
3. Cette Motte était située à cinq cents mètres du bourg de Droons, sur le bord de la route actuelle de Brest à Paris. Du Guesclin, une' fois par-
branches cadettes avaient généralement la pauvreté en partage, et il ne semble pas que les du Guesclin de Broons aient fait exception à cette règle. Robert du Guesclin , père de Bertrand , avait pour tout patrimoine le modeste fief de la Motte-Broons ; et Jeanne Malemains, sa femme, fille de Foulques Malemains , de la famille normande des seigneurs de Sacey* et de Saint-Hilairedu-Harcouet*, lui apporta plus de beauté que de for-
Yeau aux grandeurs et à I^opulence^ s'empressa de convertir Phumble manoir paternel en une forteresse redoutable flanquée de quatre tours, que Ton nomma le château de Bertrand du Guesclin. En 1616 les États de Bretagne accordèrent quinze mille livres au marquis d'Épinay pour la démolition de cette forteresse. Le chevalier de Fréminville dit qu'il en avait vu encore distinctement les décombres pendant les premières années de ce siècle; mais aujourd'hui c'est à peine si l'on en peut reconnaître l'emplacement à quelques mouvements de terrain, à quelques flaques d'eau, restes de l'étang seigneurial. En 1^0 le conseil général des Côtes-du-Nord a fait ériger en cet endroit, à la mémoire du connétable, une colonne en granit de Pléguien, d'un seul bloc, haute de dix mètres. L'une des faces du piédestal porte le nom de Bertrand du Guesclin; une autre, ces mots : né à la Motte-Broons en 1321, et la troisième, l'écusson de ses armes.
1. Manche, arr. Avranches, c. Ponlorson. D'après Bertrand d'Argentré {Histoire de Brelagnç, éd. de 1618, p. 400), Foulques Malemains aurait été seigneur de Saccy, mais c'est une erreur qui a déjà été relevée par du Paz {Hist. généal. de plusieurs maisons de Bretajgne, 1620, p. 416). Si Foulques avait été seigneur de Saccy, Jeanne Malemains, fille unique et seule héritière de Foulques, aurait hérité de la seigneurie et du titre i or la mère de du Guesclin est toujours mentionnée dans les actes comme dame de Sens, non de Saccy. Le 10 juin 1333, Philippe de Valois manda au bailli du Cotentin de laisser les gens du roi de Navarre jouir d'une partie des émoluments de « la garde à l'oir Gilebert Malemains, jadis sire de Sacé, Vccé, Montasnel et Quernet. » L. Delisle, Actes normands^ de la Chambre des comptes, p. 57 et 58.
2. Manche, arr. Mortain. Les Malemains possédaient des fiefs à Saint- Hiiaire-du-Harcouet et à Lapenty (Manche, arr. Mortain, c* Saint-Hilaire du-Harcouet). Frary Malemains, sire de Saint-Hilaire, chevalier, figure parmi les seigneurs normands qui conclurent à Rouen avec Philippe de Valois, le mercredi 21 avril 1339, cette convention célèbre dont M. Michelet [Hist. de France, t. ÏII, p. 323) et môma mon savant maître M. Victor le Clerc (Hist. littéraire^ t. XXIV, p. 149) ont mis en doute.
l'enfance de du GUESGUN. 7
tune; sa dot se composait de la terre de Sens* et du moulin de Vieux vy-sur-Couesnon'.
La Hotte de Broons ne ressemblait en rien à ces belles résidences de grands seigneurs dont un écrivain espagnol du commencement du quinzième siècle , Gutierre Diaz de Gamez, porte-drapeau do don Pedro Nino, comte de Buelna, dans son curieux récit de la vie qu'on menait au château de Sérifontaine*, nous donne une idée si magnifique*. Ici point de ces corps de logis séparés pour
bien à tort, l'authenlicilé. Nous avons aux Archives Nationales l'acte original auquel sont encore appendus les sceaux de tous les chevaliers qui prirent part à cette convention (Arch. Nat., sect. hist., J 210, n* 7) , et M. Kervyn de Lettenhovc en a publié intégralement le texte {Œuvres de Froissartj t. XVHI, Pièces jusliflcalives, p. 67 à 73), qui est incomplet et inexact dans Rymer {Fœdera, t. lU, p. 76). En 1350 et en 1351 Fralin Malemains était en procès contre Philippe de Landev^' (Arch. Nat., sect. jud.j X'* 5). En juin 1355 Gilbert Malemains, écuyer, qui avait tué à Saint- Hjlaire-du-Harcouel Frallin Gandon, son beau-frère, se faisait délivrer des lettres de rémission (Arch. Nat., JJ 84, n*213). En 1374 une Jeanne Malemains, dame de Monlauban et de Rinville, était en procès avec Andrieu d'Averton et Gilbert de Combray (Arch. Nat., sect. jud., X" 1470, f- 172) ; et dans un acte de février 1394 (n. st.) relatif à un fait qui s'était passé en 1391, il est fait mention de Jeanne Malemains, dame de Saint-Ililairedu-Harcouet (JJ 145, n- 368).
1. Sens-de-Brelaçne, lUe-et-Vilaine, arr. Rennes, c. Saint-Aubin d*Aubignc.