Pour haper les Engloiz, quant de là sont sevré
{Chnyn, rimée^ t. I, p. 33, vers 851.)
3. « Un varlet sorty du chastcau en la forest du Teillay • Bertrand d*Argentré, UUl, de Bretagne^ éd. de 1618, p. 400.
rons voudrait bien « être dans la mer salée* », mais il est trop tard pour reculer.
Le stratagème réussit. La garnison croit qu'on lui apporte le bois dont elle a besoin, elle fait abaisser le pont-levis et ouvrir la porte. Bertrand entre le premier. Dès qu'il est sur le seuil, il jette sa charge en travers, tire son épée et fend la tète au portier en poussant son cri de guerre. « Guesclin ! En avant I mes amis, en avant! crie-t-il à ses compagnons, à bas vos fagots; il y a céans bon vin, il ne s'agit plus que de le tirer; » puis, sV dressant aux Anglais : « Fils de putain, voilà du bois que vous payerez cher : c'est pour chauffer votre bain, mais c'est de votre sang que je remplirai la baignoire. »
Du Guesclin et ses compagnons sont déjà maîtres de la porte, lorsque la valetaille des cuisines et des écuries, accourant au bruit, s'efforce d'assommer les assaillants à coups de pierre. Un des gars de Bertrand reçoit même sur l'oreille un tel coup de cognée qu'il tombe sur le pont-levis pour ne plus se relever. Bertrand passe son épée au travers du corps de l'écuyer anglais qui a fait ce coup, saisit la cognée et s'élance en avant au cri de : « Guesclin ! la journée est gagnée ! » C'est alors que notre héros, en poursuivant quelques fuyards, se trouve tout à coup séparé du gros de sa troupe et comme enfermé dans une étable où il lui faut soutenir seul l'assaut de toute une armée de valets des cuisines, de la bouteillerie, de la paneterie et des écuries. Ces combattants d'un nouveau genre sont armés les uns de leviers à porter les seaux, les autres de perches pointues, plusieurs enfin de broches et de pilons. La situation de du Guesclin et des siens menace de devenir critique lorsqu'on entend retentir un galop de chevaux. Par précau-
] . Tel Y ot qui vousist eslre à la mer salée.
{Chron, rimée, p. 35, vers 913.)
102 CIUPITRE IV (1347-1350).
lion, les gens de Bertrand crient à ces nouveaux arrivants : « Si vous n'êtes pas pour Charles de Blois, si y ans êtes Anglais, sauvez-vous, car fussiez-vous le double de ce que vous êtes, vous seriez morts! Bertrand de Claquin, et avec lui cinq cents Français sont ici, confessant les Anglais. » — « Eh ! par la vierge Marie, répondent les cavaliers, nous sommes des vôtres. »
Il est temps que ce secours arrive. Bertrand, lorsque «es compagnons parviennent jusqu'à lui et réussissent à le dégager, se débat comme un sanglier aux abois. Il ne lui reste plus une partie de son armure qui ne soit en pièce; sa cognée s'est brisée dans la lutte, et il en est réduit à se battre avec les poings. Blessé au front, aveuglé par le sang qui jaillit de sa blessure et lui coule dans les yeux, il ne distingue plus ni amis ni ennemis * et frappe à tort et à travers quiconque s'offre à ses coups. Toutefois une résistance aussi opiniâtre a donné aux compagnons de du Guesclin le temps de venir au secours de leur chef; et bientôt, grâce surtout au renfort reçu pendant l'action, le château est conquis.
Cuvelier ajoute que Robert Bramborc fut tué en voulant reprendre le château dont du Guesclin s'était ainsi emparé; mais le témoignage du trouvère picard est contredit par un contemporain, probablement Breton d'origine, l'auteur du célèbre poëme sur le combat des Trente. Le Hobert Bramborc, capitaine du Fougeray, et le Robert Bembro ou Boincbourc •, chef des trente champions an-
i . Il ne voloil souffrir lo bien c'on li faisoit.
{Chron» rimée, p. 39, v. 1015).
î. On lit • Rohort Boincbourc » dans nn dos plus anciens manuscrite du pottme sur le combat des Trente. (Uibl.Nat., dép. des mss., fonds françaiM, n* ir»:»ri, ^ 53.) Cost par erreur que B. d'Argentré {Hist, de BreL, p. 30^) donne au chef du parti anglais au combat des Trente le prénom do Hichani,
glais dans l'affaire du 27 mars 1351, ne sont évidemment qu'un seul et même personnage. Or tout le monde sait que Robert Bembro trouva la mort ^ sur le champ de bataille du chêne de Mi-Yoie.
Du Guesclin n^était pas en mesure de garder longtemps la forteresse du Fougeray à une époque où toute cette partie de la Bretagne, depuis Redon jusqu^à Bécherel, était au pouvoir des partisans ou des auxiliaires de Montfort. Après une occupation qui dura tout au plus une année, il dut revendre sa conquête aux Anglais, si tant est que ceux-ci n'aient pas réussi à la reprendre. Toutefois il est à noter que Robert Bramborc ou Bembro est mentionné, au moment du combat des Trente, comme capitaine de Ploôrmel; mais il est certain, d'un autre côté, que la forteresse du Fougeray était retombée au pouvoir des Anglais dès le 12 mai 1352 '. On peut supposer, avec quelque vraisemblance, que la garde de cette forteresse, après son évacuation volontaire ou forcée par du Guesclin, fut confiée par Gautier de Bentley à ce fameux Robert Knolles qui, de simple archer, allait bientôt devenir le plus redoutable chef de partisans de sa nation et même de son siècle. Robert, alors au début d'une carrière militaire qui devait être si brillante et surtout si fructueuse ,r avait figuré au combat des Trente comme le second champion du parti anglais, quoiqu'il ne fût encore qu'écuyer ; car c'est à tort que, sur les listes des champions des deux partis, on le qualifie de chevalier : il n'acquit ce dernier titre que huit ans plus tard, au sac d'Auxerre, le 10 mars 1359. Il commençait par conséquent à être assez en évidence
1. El Boincbourc cbay mort, à la terre abatu. (Bibl. Nal., ms. fr. q* 1555, ^ 561.) « Là fut mort Robert Brambroc, cbief d'iceulz Englois. • Ibid.^ n* 4987, ^ 51 v.
pour prendre en main le commandement d'une forteresse, même importante. Quoi qu'il en soit, nous apprenons, par un mandement en date du 10 juillet 1355, que le roi d'Angleterre avait donné, antérieurement à cette date, le château du Fougeray ainsi que celui de Châteaubriant à Knolles. Après avoir révoqué cette donation, le tuteur de Montfort confia de nouveau au célèbre partisan, par acte du 13 juin 1360, la garde des châteaux de la Gravelle *, du Fougeray et de Châteaubriant, à la condition de payer à l'échiquier d'Angleterre une redevance annuelle de deux mille florins de France, dits moutons '. On voit qu'Edouard, allant encore plus avant dans la voie où il s'était engagé dès 1347, au lieu de solder les capitaines de ses forteresses dans le duché, exigeait d'eux un tribut considérable : c'était mettre en quelque sorte aux enchères le pillage de la Bretagne. Il résulte d'un autre acte' qu'en 1358 les Anglais étaient maîtres du Fougeray : on trouve ainsi cette forteresse occupée, sans interruption, de 1352 à 1360, par les adversaires de Charles de Blois.
Nous ne saurions donc, à l'exemple du plus grand nombre des historiens de du Guesclin, placer le premier exploit du futur connétable pendant le siège de Rennes par le duc de Lancastre. Lorsque ce siège eut lieu à la fin de 1356 et pendant la première moitié de 1357, il y avait déjà plus de deux ans, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, que Bertrand avait été fait chevalier; et il faut remarquer que Cuvelier, dans le récit de la prise du Fougeray, ne donne jamais à son