Vendée, arr. les Sables-d'Olonne
5. La fabrication du sel est florissante encore aujourd'hui à Bouin et à BeauToir-sur-Mer.
BEBTRIND DO GUBSCUN. I — 7
la première moitié de 1350 entre lui, d'une part, le seigneur de Beaumanoir, Foulques de Laval et Maurice Mauvinel, représentants de Philippe de Valois , d'autre part, où il donne en gage auxdits chevaliers les forteresses de Bouin et de Beauvoir-sur-Mer, il a soin de réserver expressément ses droits sur tout le sel fabriqué (jians ces seigneuries. Si le roi de France a besoin de ce sel, il le payera comptant à Raoul qui promet seulement de faire remise du quart du prix que Qxeront vingtquatre experts désignés, par moitié, de part et d'autre*. En octobre 1349, Edouard avait envoyé en Poitou Henri, comte de Lancastre*, pour tenir tête au Galois de la Heuse institué par Philippe de Valois, au commencement de cette année, capitaine souvera^in de tout le pays compris entre la foire de Niort et la mer*. Raoul éprouva sans doute quelque ombrage de la présence , dans une région où il avait jusqu'alors commandé en maître, d'un lieutenant du tuteur de Montfort; mais quel ne dut pas être le mécontentement de ce chevalier à Tâme vénale, lorsqu'il vit bientôt le roi d'Angleterre accorder au comte de Lancastre, par acte du 6 novembre 1349, le monopole de la vente du sel en Poitou et es parties voisines*. Cette mesure, en ruinant le possesseur des salines de Bouin et de Beauvoir, le frappait dans ce qu'il avait de plus cher.
2. Le 20 octobre 1348. Edouard III notifia à Moniqtiot de France et à Thomas de Honllcy, gardiens des châteaux de Noirmoulier et de la Barre ainsi qu'à Thomas de Dag\\orth et aux principaux capitaines de Bretagne, la nomination de Henri, comte de Lancastre, comme lieutenant et capitaine es parties de Poitou. Rymer, vol. UI, p. 190.
3. Dans un acte du 1.) mars 1349, le Galois de la Heuse, cb*', sire de Goy, est qualilié « capitaine souverain pour le roi en la vicomte de Thouars dès la feure de Niort jusques à la mer et des terres de Belleville et de Clisson. - JJ 80, n" 19*2, f* 157 et 158.
4. • Ne quis salem apud la Bay vel alibi in partUms Piclavie ab ali^ quo, nisi a comité Lancastrie, emere audeat, » Rymer, vol. lU, p. 190.
Gomment la fidélité d'un Raoul de Caours aurait-elle résisté à une telle épreuve? Nul doute que l'ancien pensionnaire d'Edouard ne soit entré dès ce moment en négociations avec le roi de France. Ces âmes viles, mercenaires, sont souvent les plus vindicatives. D'ailleur» Raoul connaissait trop bien le prix de toutes choses pour ne pas se rendre compte du peu de valeur que pouvait avoir sa parole ; il sentait parfaitement que personne ne prendrait au sérieux son nouveau changement de front,, s'il n'en attestait avec éclat la sincérité par des actes. C'est alors que, rassemblant les débris du parti de- Charles de Blois et y joignant l'appoint des forces dont il disposait, il infligea aux auxiliaires de Montfort dansles premiers jours d'août 1350 cet échec important d'Anray', où une centaine d'hommes d'armes anglais périrent avec leur chef Thomas de Dagworth, le vainqueur delà Roche-Derrien, le lieutenant d'Edouard en Bretagne.
Dagworth, pris à Timproviste par la défection de Caours, avait dû faire appel, pour soutenir la lutte, aux garnisons anglaises des forteresses de la vallée dela Vilaine où s'ouvrirent les hostilités; et Robert Brambore, capitaine du Fougeray, répondit sans doute à cet appel. Par un heureux hasard, Bertrand se tefMtt alors-
1. « Anno gratie 1351 concessa est k-egi décima bieanâfllgPHkiiDUsr- Thomas de Dagworlhe^ nobilis miles, peremptus est per fraudem Francorum. » (Henri de Knygthon, Hist. Angl. ScripL de Twysden, t. U, col. 2602.) Knygthon se trompe de date ; le combat où périt Thomas de- Dagworth doit être antérieur au 8 septembre 1350, date de la nominatioD de Gautier de Bdntley comme lieutenant en Bretagne en remplacement de Dagworth. « Environ ce temps, eschelèrent et prindrent Englois Bescherel. Et y ot une bataille près d'Auroy que fist Raoul de Caours et lesire de Beauvoir, et y eut mors et prins bien cinq cens Englois. Et y fu mors Thomas Dagome qui estoit lieutenant du roy Edouart en Bretaigne. » Bibl. Nat., dép. des mss., fonds français, n" 4987, 1^ 51 v*. Cf* Froissart, Chroniques j t. IV. p. 400.
tapi avec sa bande composée d'environ soixante gars sur la lisière des bois' qui entouraient, au quatorzième siècle, la forteresse dont il s'agit, guettant les Anglais de la garnison pour les happer * à la première occasion favorable. Il apprend, par un valet' du château tombé en ses mains, que le capitaine et la plus grande partie de ses hommes viennent de partir en expédition. « Amis, nous souperons aujourd'hui dans ce maître donjon, et je vous y régalerai de mouton gras », s'écrie Bertrand, en montrant de loin à ses gars la belle tour à créneaux qui domine encore le pays. II sait que la garnison a fait une commande de bois de chauffage, et voici le stratagème qu'il imagine. Il se présente devant le château à la tête de trente gars des plus résolus déguisés en bûcherons et tout courbés sous le poids de fagots et de bourrées où ils ont caché leurs armes. Le reste de la troupe, réparti en quatre petits groupes de sept à huit hommes, se tient caché à quelque distance, prêt à accourir au premier signal. Bertrand porte la plus forte charge et s'avance le premier, en faisant de grandes enjambées, comme quelqu'un qui aurait hâte de se débarrasser d'un fardeau trop lourd. Plusieurs de ses compagnons se sont affublés de jupons blancs pour ressembler à de pauvres vieilles femmes qui viennent de ramasser du boi». La sentinelle du château les aperçoit et sonne de la trompe. A ce moment, plus d'un des faux bûche-
1. Ces bois sont ceux de Teillais (auj. succursale d'Ercé-en-Lamée Ille-et-Vilaine, arr. Hedon, c. Bain) ; il resie encore des débris de cette forêt entre Teillais au nord et RufBgné au sud. Au quatorzième siècle, la forêt de Teillais s'étendait à Touest jusqu^au Fougeray.