‹ Histoire de Bertrand du Guesclin et son époqueChapitre 78 sur 291 · Ordonnance du 26 janvier 1333. Rymcr, vol. H, p · texte numérisé non relu

Ordonnance du 26 janvier 1333. Rymcr, vol. H, p

2. Ordonnance du l'^août 1335 : « Quod omnes homines, inter œtates sexdecim et sexaginta annorum exislentes^ ac omnes alii homines, tani milites quam armigeri, ad expugnandum potentes, se, sub pœna forisfacturœ vilœ et membrorum, lerrarum, tenementonim, bonorum et catallonim ac omnium quœ nobis forisfacere poterunt, armis competentibus.... maniant. » Ibid.j p. 916.

tandis qu'en Angleterre, du moins sous le règne d'Edouard III, c'est une obligation inhérente au chiffre du revenu, à la position de fortune, obligation que le roi impose au besoin par force aux récalcitrants; à V<rai dire, c'est déjà l'application du principe de la nation armée.

Edouard III avait compris, d'un autre côté, que rien n'était plus opposé au véritable esprit militaire que les exercices de parade chevaleresque si fort en honneur chez nous sous les deux premiers Valois et d'où devait sortir la malheureuse création de l'ordre de l'Étoile : de là l'interdiction , qu'il renouvela souvent pendant le cours de son règne, des joutes, des passes d'armes et des tournois*.

Ces mesures, si sages qu'elles fussent, ne pouvaient sufDre à un prince aussi belliqueux qu'Edouard, qui, plus d'une fois, eut à tenir tête en même temps aux Écossais et au roi de France. Aussi, le voyons-nous invariablement, au début de ses grandes expéditions*, sans

1. « Ne aliqui homines ad arma seu alii quicumque justas seu bur- <ieas facere, turoeare seu alia facta armorum quœcumque inibi exerccre praBsumant, sub forisfactura equorum et armorum suorum necnon incarcerationis corporum suorum.... » Ordonnance du 6 mars 1340 (Rymer, vol. II, p. 1118).— Autre ord. en date du 10 octobre 1340 {Ibid., p. 1138). — Autre ord. en date du 26 mai 1341 {Ibid.j p. 1161). — Autre ord. en <iate du 4 novembre 1343 (/6id., p. 1238). — Autre ord. du 28 juillet 1344 (Rymer, vol. lH, p. 17). — Autre ord. du 12 novembre 1347 (Ibid.j p. 141).

2. Mandement du 28 août 1337 (Rymer, voi. II, p. 993). — Mandemente pour Texpédilion de 1339, dite de Buironfossc [Ibid,, p. 1016 à 1018, 1070 il 1072). — MandemenU pour l'expédition de 1346 qui aboutit à la victoire de Crécy et en 1347 à la prise de Calais (Rymer, vol. lU, p. 67, 68, 71, 79, 95, 97, 107, 108, 135). — Mandement pour l'expédition du prince de Galleë en 1356 qui aboutit à la victoire de Poitiers (/6*d., 322). — Mandement du 5 août 1362 à l'occasion du départ du prince de Galles pour la Guyenne, • ad eligendum, arraiandum et triandum quatcrvigenti sagittarios pedites de melioribus et aptioribus sagiltariis comitatus Kantiœ. » /6id., p. 675.

préjudice de l'appel adressé aux hommes d'armes proprement dits, mander aux comtes et vicomtes de son royaume, de choisir, de trier avec soin entre tous les hommes de leur ressort les individus les plus valides, les plus courageux, les plus adroits, les plus exercés soit au tir de Tare, soit au maniement de la lance, les plus endurcis à la fatigue, et de les envoyer à l'endroit qu'il a fixé pour le rendez-vous général. Les comtes et vicomtes étaient ainsi chargés d'un travail de révision et de triage; mais comme cette révision et ce triage s'exerçaient sur tous les sujets de leur ressort indistinctement', de telles opérations supposent, loin de l'exclure, le service militaire obligatoire. Les individus une fois recrutés dans ces conditions, on en faisait deux parts à peu près égales : les plus adroits étaient enrôlés comme archers, les plus forts comme coutilliers ou lanciers à pied. Les premiers étaient munis d'un arc en bois d'if, quelquefois peint% si commode, si maniable, si portatif qu'on tirait avec cet arc trois « saiettes » ou flèches barbelées* en moins de temps qu'on n'en mettait avec une arbalète génoise ou française à lancer un carreau ou vireton*. Cet arc anglais du quatorzième

1. « Quod sexaginta homines.... quorum una mcdietas sit de sagittariis, et allera mcdietas de homînibus ad lanceas, cum omni festinatione qua fleri poterit, de melioribuSj validioribus et fortioribus hominibuê terrarum et dominiorum vestrorum, prœfate cornes (le mandement, daté du 26 février 1338, est adressé à Henri de Lancastre, comte de Derby), CIUQUAM NON PàRCENDO, eligalis, trielis et arraietis.... » Rymer, vol. H, p. 1016. Cf. p. 1017, 1018.

2. « Quod mille arcus, quorum ducenti et quinquaginta depicHf et reliqui albi existant.... » Chaque arc en bois blanc coûtait douze deniers^ chaque arc en bois peint, dix-huit deniers. Ibid,j p. 1169.

3. Une gerbe de flèches barbelées, aceratoSy coûtait quatcrrze deniers, une gerbe de flèches simples, donze deniers. Ibid.^ p. 1157.

4. C^est Tobservalion que fait Jean Villani dans son célèbre récit de la bataille de Crécy: « Havea (il re d'Inghilterra) 30000 arcicri, come detto

stècie, long de pins de cinq pieds*, mais très-léger, était véritablement par le progrès qu'il réalisait et par son action irrésistible contre tonte espèce d^hommes d'armes à cheval, le pendant de la mousqueterie perfectionnée des temps modernes. Quant aox coutilliers on lanciers k pied, qn'on prenait de préférence parmi les montagnards de la Comoaaille et du pays de Galks pdrce qo'ils étaient pins endurcis à la fatigue et meilleurs marcheurs, après qu'on avait remplacé leurs guenilles par un uniforme de gros drap', Farme qu'on leur mettait en main ne ressemblait en rien à ces lances ebevaleresques dont les proportions étaient si démesurées que le roi Jean, le matin de Poitiers, les fit retailler k la longueur de cinq pieds'. Non, c'était un grand coutêla.^, une espèce de dague à la pointe acérée, pour trouver le défaut de la cuirasse des hommes d'armes et achever les chevaliers ou écuyers que le tir des archers avait désarçonnés, en un mot, quelque chose de tout à fait analogue par sa forme et surtout par sa destination et ses effets k notre baïonnette ^

A Un ff>((hfk<î H GhaImi, rh^, qnaiido i Genoresi Meslnrauio ano qnaâffWff (U hnltrniro, fjuiïlli MaeUavano tre saette coloro archi, clie put» in ittin nrm nnvoln. * In (jiovanni Viliani iib. XII, cap. lxti. dans Mnraton. ff^r. liai, trripi., i. XIII, col. 948.

f . tmnn ]f% mînialnre« da temps, ces arcs dépassent la téie des hommes âé |rf«d qni ft>n Mrnr^'nt.

7. - (/nilf^iH e,oTiim (Wallensiam ad lanceas) de nna tanica et de ono fffnMfMft nnifift nect» vestiantur. • Ord. do 28 août 1337 (Rymer, toI. H,

%. (Airfmuiufjt df. J. Froiêêarl, t. V, p. 14, 236.

t$. ftmm^tX^ danA la seconde rédaction do premier livre de ses chroni> /|ft^<i, d^f ft ^»rt I>ien, à l'occasion de la bataille de Crécy. le rôle assigné nnt VrtiWutn^ et en général aax coatilliers dans les armées d'Edouard : » tA Ma gens d'armes englés, qui estoient rengiet à piei, s avanchoient et «^ ft^rtffil entre ce^ seigneurs et ces gens qni ne se pooient aidier de Uiftf* rUfirhtix ne d*îaiix meismes (il s*agit des cheraliers français désari/fttné'% imr hn archers d* Angleterre), et tenoieni daghes, haces et court

Si le vainqueur de Crécy innova par les éléments dont il composa son armée, il fît une révolution non moins profonde et non moins heureuse par la proportion dans laquelle il employa ces éléments divers. L'infanterie avait été jusqu'alors l'accessoire des armées féodales, il en fit le principal. En parcourant les montres et revues passées à l'occasion de ses expéditions militaires, on constate que les fantassins, archers ou coutilliers, formaient généralement les quatre cinquièmes de TefTectif totaP.

Du moment que tous les sujets d'un royaume peuvent être appelés à servir, il devient nécessaire de les préparer de longue main à cette éventualité en les astreignant tous sans distinction, les petits comme les grands, les riches comme les pauvres, à une sorte d'éducation guerrière. Il n'est pas moins utile de les pourvoir d'un certain degré d'instruction générale qui permette de tirer dans le cours d'une campagne le meilleur parti' possible de la valeur intellectuelle de chacun aussi bien que de ses forces physiques. A ce point de vue, l'organisalion régulière, sur tous les points du territoire, d*exercices fréquents en rapport avec les institutions militaires de chaque pays, la diffusion systématique de certaines connaissances appropriées au but que l'on se propose, sont le complément à peu près indispensable du service

espios de guerre, durs et roys, et ocioicnt gens à leur aise, sans contredit et à peu de fait et de dcflensce. » Ibid., t. III, p. 417.

l. Par exemple, une ordonnance du 16 février 1339 ordonne de lever dans le comté d'York 200 hommes d'armes, 500 fantassins armés et 500 archers ; dans le comté de Gloucesler, 63 hommes d'armes, 250 fantassins armés et 250 archers ; dans le comté de Staflbrd, 55 hommes d'armes, 220 fantassins armés et 220 archers ; dans le comté d'Oxford, 20 hommes d'armes, 80 fantassins armés et 80 archers ; dans le comté de Nprthumberland, 70 hommes d'armes, 250 fantassins armés et 250 archers, etc. Rymer, vol. H, p. 1070 à 1072.

obligatoire. C'est ce qu'Edouard III comprit avec un admirable bon sens lorsqu'il édicta, en 1337, une ordonnance dont Froissart a Tésumé la teneur et dont les deux dispositions suivantes méritent d'être rapportées textuellement : « l"" Il est défendu, sous peine de mort, par tout le royaume d'Angleterre, de se divertir à un autre jeu que celui de l'arc à main et des flèches, et il est fait remise de leurs dettes à tous les ouvriers qui fabriquent des arcs et des flèches. S*" Il est enjoint à tous seigneurs, barons, chevaliers et honnêtes gens des bonnes villes, de faire apprendre la langue française à leurs enfants, afln que ceux-ci soient plus en état de se renseigner et moins dépaysés & la guerre*. » A cette école, à la faveur d'un ensemble d'institutions aussi complet, se formèrent ces incomparables archers dont le tir décida la plupart des victoires remportées par les Anglais au quatorzième siècle. Les contemporains ne s'y trompèrent pas, et Edouard lui-même, renouvelant le 1" juin 1363* l'ordonnance dont nous venons d'emprunter le texte à Froissart, en proclame hautement les heureux effets et reconnaît la part qui revient

1. « Encoires fu il conseilliet et arrestet que on deffendesist^ et sus le teste, parmi leroyaumme d'Engleterre, que nuls nejeuastne s'esbaniasl ors que de l'arch à main et des saiettez, et que tout ouvrier ouvrant ars et saiettes fuissent francq et quittez de touttes debittcz.

Encorres fu il ordonné et aresté que tout seigneur, baron, chevalier et honneslcs hommes de bonnes villes mesissent cure et dilligence de estruire et aprendre leurs enfans le langhe francoise, par quoy ils en fuissent plus able et plus coustumier ens leurs gherres. » Chroniques de J, Froissart, t. I, 2* partie, p. 402.

2. « Quia populus regni nostri, tam nobiles quam ignobiles, in jocis suis, artcm sagittandi, ante hœc tempera, communiter exercebant, unde toti regno nostro honorem et commodum, nobis in actibus nostris guerriniSj Dei adjutorio coopérante, subventionem non modicam pervenisse.» Hymer, vol. III, p. 704. Cette môme ordonnance fut renouvelée le 12 juin 1365, Ibid.jfi, 770.

aux sagittaires dans ses triomphes. Le vainqueur de Crécy savait si bien où résidait la principale force de son armée que beaucoup de sauF^^onduits, délivrés à .des Français prisonniers en Angleterre, portent interdiction expresse d'emporter sur le continent des arcs et des flèches*.

Tandis que le roi d'Angleterre étendait l'obligation du service & la nation tout entière, son rival le roi de France, après avoir paru d'abord entrer dans la même voie, s'en écarta vers la fin de son règne d'une manière complète. Grâce au principe posé par Philippe le Bel qu'en cas de danger suprême tout Français devait porter les armes, mais que ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient servir avaient la faculté de se faire exempter moyennant une contribution pécuniaire, toutes les fois que les rois de France eurent pendant la première moitié du quatorzième siècle un pressant besoin d'argent, ils ordonnèrent une levée en masse avec faculté de rachat, en d'autres termes ils établirent un impôt de guerre. C'est ainsi qu'en 1337 et 1338 et aussi en 1347 et 1348 Philippe de Valois proclama le ban et fit un appel général pour la défense du royaume* ; mais ces ordonnances, il ne faut pas s'y méprendre, avaient surtout pour but et n'eurent guère d'autre résultat que de remplir les coffres des agents du fisc. Dans tous les octrois de deniers faits sous ce règne par des villes, il est stipulé que leurs habitants seront dispensés du service

1 . • Proviso semper quod arcxts vel sagiilas aut armaturas aliquas non deferantj nec equos aliquos pretium quadraginta solidorum excedenteS) extra regnum Angliœ secum non ducant quovis modo. » Rymer, vol. HI, p. 598.

2. Mesnard, Histoire de Nîmes, l. Il, PreuvcSj p. 54. Varin, Archives de Reims, l. II, p. 793. Archives nationales, section historique, K 1248. Cf. Boutaric, Instiiulions mililaires de la France, p. 235 à 237.

militaire', sauf le cas d'arrière-ban. La noblesse française, du reste, était très-hostile* à l'emploi à la guerre des milices bourgeoises. Elle exploita contre celles-ci plusieurs incidents malheureux de la campagne de 1346, comme la prise de Caen et le passage de Blanquetaque. Elle exploita surtout la défaite de Crécy, quoiqu'il n'y eût pas de raison de faire retomber la responsabilité de ces échecs sur les gens des communes plutôt que sur la chevalerie proprement dite. Soumis à Tinfluence des grands seigneurs qui l'avaient porté sur le trône, imbu d'ailleurs par son éducation des préjugés les plus étroits de Técole féodale, Philippe de Valois se fit un principe, surtout à partir de 1347, d'exclure plus encore qu'on ne l'avait fait avant lui les gens des communes de son armée. <^ Il advint, dit Froissart racontant la malheureuse expédition entreprise par Philippe en juin et juillet 1347 pour débloquer Calais investi par Edouard HI, il advint que, dans l'espérance de reconforter les habitants de Calais et de faire lever le siège, le roi de France rassembla un très-grand nombre d'hommes d'armes venus de toutes les parties de son royaume. Il dit qu'il ne voulait désormais guerroyer qu'avec des gentilshommes et que, d'amener en bataille les gens des communautés, ce n'est que toute perte et encombrement, car ces gens-là fondent dans une môlée

1. Oi'donnanccs des rois de France , t. II, p. 320 (ord. du 17 février 1349).

2. S'il fallait en croire M. Michelel {Histoire de France, t. III, p. 299), celte hostilité aurait été inlcrcssée en ce sens que la noblesse aurait commencé à recevoir une solde sous le règne de Philippe de Valois ; mais le brillant historien a commis une grave erreur : la solde dont il parle de vingt sous pour les banncrets, de dix sous pour les simples chevaliers, existait déjà dès le temps de Philippe le Hardi, et l'ordonnance de juin 1338 citée par M. Michelct (Ord.j II, p. 123) ne fit que confirmer des ordonnances antérieures.

comme la neige au soleil. Bien y avait paru à la bataille de Crécy, à Blanquetaque, à Caen et en tous les lieux où on les avait menés. Aussi, il n'en voulait plus avoir, excepté les arbalétriers des cités et des bonnes villes. Quant à leur or et à leur argent, il en voulait bien pour payer les frais et la solde des gentilshommes, mais voilà tout. Les non nobles n'avaient qu'à rester chez eux pour garder leurs femmes et leurs enfants, faire leurs affaires et leur commerce, cela leur devait suffire. C'était aux nobles seuls à user du métier des armes qu'ils ont appris et où ils ont été dressés dès Tenfance*. »

Si nous avons rapporté textuellement ce curieux passage, c'est qu'il ne nous fournit pas seulement un renseignement précieux, il a de plus la couleur du temps, l'accent du personnage, et l'on dirait que l'on entend parler Philippe de Valois. Le chroniqueur de Valenciennes tenait probablement ces détails du très-féodal Jean de Hainaut, l'un de ses protecteurs, qui avait accompagné le roi de France dans Texpédition de 1347. Ce qui nous porte à le croire, c'est qu'on y trouve reproduite une erreur grossière que Froissart, dans son récit de l'invasion d'Edouard III en France en 1346, avait déjà empruntée* à Jean le Bel dont la chronique, comme l'auteur a soin de nous en prévenir, a été écrite, pour ainsi dire, sous la dictée du seigneur de Beaumont. Nous voulons parler de la prétendue lâcheté qu'auraient montrée les bourgeois de Caen en défendant leur ville ijontre les Anglais. Cette assertion n'est qu'un mensonge inventé à plaisir par la noblesse pour discréditer les gens des communes au point de vue militaire, mais il y a là un curieux exemple de l'audace avec laquelle la passion et

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