‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 101 sur 137 · L'ÈRE DE LA FEMME · texte numérisé non relu

L'ÈRE DE LA FEMME

ou LE RÈGNE DE l'hARMONIE UNIVERSELLE !

Lorsque l'insolence impunie D'un scepticisme sensuel Etouffe sous la calomnie L'ENVOYÉ (1) providentiel

1. Ces mots sonl écrits en capitales dans le livre: Poésies et chants hannoniens, i vol. Joubert édit. 1857, p. 7.

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Alors, LA FEMME SOUVERAINE A l'encontre des ini'créans Doit affranchir l'espèce humaine D'UN MARTYRE de SIX MILLE ANS.

En septembre 1858, il publia un autre ouvrage : Les sept Clameitr.sdu Désert. La couverture de ce livre porte l'adresse de l'auteur : rue Serpente, 21, et ces mots :

Le prix distributif de cette brochure est de : "2 francs et plus pour

les riches.

— — / franc pour les

aisés.

— — 0,50 pour les gênés.

Elle contient un Cri dlndirjnnlion, un Cri d' Alarme, un Crt de Pitié,

un Cri de Dégoût. Il maltraite fort Pierre Leroux, vieux blagueur avec sa balançoire, seigneur Victor Considérant, fameux socialiste, saint Cantagrel, bon ermite, saint Blanc, bedeau sempiternel, vendeur de vulnéraire, oracle de collège, demi-dieu de bricole, Proudhon, Achille de Lilliput, général Tom- Pouce qui tranche du Goliath, etc.

Trois ans plus tard, le l" novembre 1861, il mourait oublié à Toulouse.

COMMERSON — J. AlL... ET FÉU...

Un professeur de l'Université décrotteur de souliers. — Les escargots sympathiques.

A l'époque où Jean Journet inondait les cafés, les théâtres, les rues et les promenades de ses brochures, un excentrique d'un autre genre vint aussi quelque temps habiter la cinquième division de Bicètre.

Joseph-Jacques Commerson (1) était professeur de belles-lettres. Il avait eu pour élève le duc d'Orléans et avait fait représenter à rOdéon, une pièce en vers, le Bouquet de Molière, avec un certain succès. Titulaire d'une pension sur la Liste Civile, cette pension avait été réduite de moitié, vers 1835, alors que M. Guizot était ministre de l'instruction publique.

Pour se venger de ce qu'il croyait être un acte révoltant d'arbitraire, Commerson ne trouva rien de mieux que de quitter la chaire du professeur pour venir s'établir, sur le pont Saint-Michel, devant une sellette de décrotteur. Sur sa boîte, il avait, en grosses lettres, écrit ses titres et qualités, et, tandis qu'il tenait les brosses à ses mains, à la boutonnière de son habit noir fleurissaient les palmes universitaires, Cette excentricité lui attira bientôt de nombreux clients.

« Il ne manquait pas, chaque fois que l'occasion s'en présentait, d'ajouter force commentaires k cette exhibition :

« — Monsieur, disait-il au client, en saisissant les deux brosses et en frottant le soulier avec agilité, vous pouvez vous flatter d'avoir l'Université à vos pieds.

« — Un coup de brosse, demandait un autre.

l. Et non pas Jean comme l'écrivent plusieurs chroniqueurs et l'ordre de police m6me.

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« — Tout de suite, monsieur, vous me voyez disposé à décrotter tout le monde, sauf le Grand Maître de l'Université. Oh! pour celui-là ce serait une trop rude besogne, mieux vaudrait nettoyer les étables d'Augias (1). »

Au bout de six mois de ce manège, M. Guizot fit demander l'auteur de cette mauvaise plaisanterie pour l'inviter à y mettre un terme. Gommerson se rendit au ministère. Reçu par le ministre, le trop exalté professeur s'emporta, non seulement eu parole, mais en action. Si l'eu en croit certain chroniqueur (2), « le bruit d'une vive altercation, bientôt suivi d'un soufflet, se fit entendre dans l'antichambre. » Condamné pour ce fait à deux ans de prison, Gommerson fut gracié de la moitié. On aurait pu croire qu'il sortirait corrigé. Il n'en fut rien.

Une douzaine d'années plus tard, en 18-18, il avait obtenu du roi Louis Philippe un secours de 150 francs, payable sur la Liste civile. Le 24 février arriva. Gommerson n'avait pas touché son mandat.

Il se présenta au mois d'août, dans les bureaux du liquidateur général chargé de l'administration des biens de l'ancienne Liste civile, M, Vavin, et demanda le paiement de la somme qui lui avait été allouée par l'ex-roi. Sur l'observation qui lui fut faite que ce secours ne pouvait, comme toutes les autres sommes de cette nature, être payé avant celles dues aux créanciers qui n'avaient encore rien pu recevoir, qu'il fallait attendre à cet égard les délais de la liquidation régulière, Gommerson entra en fureur, poussa des cris, proféra des menaces, AI. Vavin fut obligé de requérir la force armée pour le faire sortir. Le lendemain l'irascible professeur était envoyé à Bicêtre. (26 août 1848.)

La note médicale qui motivait sa séquestration était ainsi conçue :

Le nommé Gommerson, Josepfi-Jacques, âgé de 32 ans, céîibalaire, ex-professeur de lettres, se disant aujourd'liui décrotteur (^arrêté dans fes bureaux de f'ancienne Liste civife pour violent emportement etc.), est atteint d'aliénation mentale, caractérisée par un état d'exaltation cérébrale extrême, des accès d'emportement violents, dangereux, des actes furieux, spontanés, des impufsions irrésistibles et non motivées, des plaintes contre l'autorité, des menaces viotentes, si on ne fui fait pas justice, etc., etc. Cet état do surexcitation nerveuse existe

1. Victor Fournel — Les Rues de Paris, types et i)crsonnages célèbres, I vol. 1S76 Paris, chrz Firmin-Didot et C"^. p. 02o-62G.

2. l^arousse. — Grtuid Dictionnaire du XIX' Hii^cle, art. Commkrson.

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depuis dix ans surtout. A cette époque croyant avoir à se plaindre d'un ministre et étant chez lui, il se livra à une telle colère qu'il l'rappa le ministre.

Signé : (Illisible.)

Il ne cessa, pendant toute la durée de son séjour à Bicêtre, de protester contre sa séquestration. Il écrivit à Emile de Girardin qui publia sa lettre dans la Presse, (I) il écrivit à Victor Hugo qui s'émut et demanda à M. Vavin des explications. Le représentant du peuple, Manuel, adressa une lettre au directeur de l'hospice pour le prier de lui faire connaître les motifs de l'arrestation de Commerson (2).

Bref, M. Vavin eut peur d'avoir été trop brusque et lit auprès du préfet de police les démarches nécessaires pour faire relaxer celui qu'il avait fait arrêter (3). Le Préfet écrivit au Directeur :

Citoyen, le 26 du courant, j'ai fait placer à l'hospice confié à votre direction pour y être traité d'aliénation mentale, le citoyen Joseph Jacques Commerson, ex-professeur de l'Université, âgé de 32 ans.

Je vous invite à transmettre très promptement un rapport de médecin sur la situation mentale actuelle de cet individu afin de me faire connaître s'il pourrait, sans inconvénient, être laissé en liberté.

Salut et fraternité (4).

1. Il adressa une chanson à M. Emile de Girardiu intitulée : « Je suis fou! »

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