‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 110 sur 137 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Distractions olTertes aux administrés de Bicêtre. — Fête nationale. — Fête annuelle Jeux divers. — Lectures du soir. — Bibliothèque. — Visites.

Afin de rompre la monotonie des longs jours passés entre les quatre murs de l'Hospice ou de l'Asile, l'Administration offre, de temps en temps, à ses administrés, de petites récréations, de véritables fêtes même. Nous avons dit, dans un de nos précédents chapitres, quelles étaient les distractions offertes aux enfants. On est bon voisin à Bicêtre, il n'est point rare que les uns amusent les autres. C'est ainsi qu'au Mardi-Gras et k la. Mi-C an' me, la joyeuse cavalcade des jeunes pensionnaires de la 5' division descend dans les cours, musique en tête, et que pierrots, arlequins, paillasses, amusent par leurs chants et leurs rires le? bons vieillards qui ne peuvent, en raison de leurs infirmités, aller regarder les masques des boulevards. C'est ainsi qu'à la buanderie, les journalières font une collecte entre elles le jour de la fête des blanchisseuses, à la Mi-Carème, et que les aliénés qui, pendant le cours de l'année, les aident au lavage du linge, viennent participer à leur fraternelle agape et danser avec elles au bal donné, dans la buanderie même, et surveillé par une administration bienveillante ce jour-là. La Salpètriôre n'a-t-elle point le bal des folles !...

Deux fois par an, au 1-t juillet, à la fête annuelle du Kremlin, en septembre, Bicêtre se pavoise. Les fenêtres de la Sibérie, les portes

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de l'Asile sont oniées de drapeaux. A 10 heures du matin, les portes de l'Hospice s'ouvrent. Alors, un orphéon et une fanfare font leur entrée. La fête commence. Ail heures, concert à la Sibérie; à 2 heures, concert dans la cour du parloir de la 5° division, promenades en musique, chants, etc., les artistes se multiplient et jusqu'à 5 heures du soir de joyeux accords font résonneries voûtes. Ces jours-là il y a double ration de vin, et chaque pensionnaire reçoit un petit pâté en supplément à déjeiiner.

A l'Asile, une lois par an, a lieu le concert des frères Lionnet avec le concours des meilleurs artistes de Paris. A l'Hospice, de temps en temps, moins souvent qu'ils ne le voudraient, les vieillards assistent, eux aussi, à de petites récréations musicales organisées par la direction. Il y a quelques années, un hiver, il y eut deux concerts et des conférences presque tous les mois. Les poètes Charles Grandmougin, Léon Duvauchel, Paul Bonhomme, Mac-Nab, vinrent dire leurs meilleures poésies, le charmant conteur Hugonnet de ravissants contes ; Paul Vibert plaida la cause du canal des Deux-Mers devant un nombreux auditoire. Jamais public ne fut si attentif et si enthousiaste. Dernièrement, le nouveau directeur de Bicètre, M. Pinon, reprenant les traditions de son prédécesseur, adonné aux vieillards une charmante matinée en l'honneur du Centenaire du 4 août 1789.

L'Hospice possède 2 salles, dites salles de réunion, où les vieillards peuvent, le soir, jouer aux cartes, aux dés, aux dominos, aux dames, aux échecs, au jaquet. L'une de ces salles est réservée spécialement aux fumeurs. Dans la seconde, l'usage du tabac est interdit. Pour les amateurs d'exercice et de plein air, 4 jeux de boules très bien organisés sont mis à leur disposition pendant toute la journée. 11 se joue là d'interminables parties devant une galerie attentive à louer ou à critiquer les coups.

Enfin, chaque soir, à la bibliothèque, de 6 àT heures, un employé ou un instituteur de la maison fait une lecture à ceux qui préfèrent la distraction intellectuelle à la distraction corporelle.

La bibliothèque est ouverte à tous (employés ou pensionnaires), de 8 heures du matin à 4 heures du soir, dimanches exceptés. Inaugurée en 1860, elle contient aujourd'hui près de 1,200 ouvrages en 3,000 volumes. Formée d'abord d'un petit noyau d'oeuvres.

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elle s'est augmentée peu à peu, par l'achat de nouveaux vulumes fait chaque année par le Conseil municipal depuis 1878 (1). Les ouvrages de la bibliothèque peuvent se répartir ainsi :

Histoire et Géographii^ 150

Voyages 200

Publications pittoresques 150

Poésies 600

Romans et Contes 1,500

Sciences et Arts 2si)

Théâtre 120

Total. . . 3.000

Une bibliothèque spécialement réservée aux aveugles (Méthode Louis Braille), renferme environ 50 volumes. On compte chaque jour de 25 à 30 lecteurs, dont 4 à 5 aveugles (1 j.

L'année dernière, un ancien interne de Bicètre, le docteur Larcher, a légué en mourant sa bibliothèque à l'Hospice. Elle est renfermée dans 2 vitrines spéciales portantces mots : « Legs Larcher», et contient 150 volumes d'histoire, de sciences, d'art, et 250 romans environ. Il existait autrefois dans l'établissement 2 sociétés musicales (orphéon et fanfare), composées de serviteurs et d'administrés de l'Hospice. Ces deux sociétés, dont les statuts avaient été approuvés par l'Administration et dont le Directeur de Bicètre était président, se sont dissoutes, faute d'adhérents, en 1S80.

Une société de secours mutuels des administiés de l'Hospice, fondée le 18 avril 1858, à l'aide d'anciens membres des deux sociétés des

1. Sur la proposition de M. Bourneville {Rapport aur le Iniilget i(r IST'.t, p. :u<).

2. 1/hospice de Bicètre pobsède encore une ljiL)iiotliè(iue fort riche. C'est celle des internes en médecine fondée par les élèves de l'année \HC)'j. Elle est, par conséquent la plus ancienne de celles qui existent actuellement dans les divers hôpitaux et hospices de Paris. Créée avec un petit nombre de volumes, elle fut enrichie en 1867 d'une centaine de volumes donnés par M""' Cazon, veuve d'un médecin de Versailles, lui 1870, elle reçut un grand nombre d'ouvrajie du docteur Marcé, tous relatifs au.\ maladies mentales; eu 1871 le legs du docteur Hurland vint doubler les ressources sciontiliques de la bibliothèque médicale de Bicètre, en même temps qu'il ajoutait à l'élément

a Amis de l'Humanité», qui existaient déjà avant cette époque, fonctionne encore aujourd'hui sous la surveillance et le patronage de l'Assistance publique. Elle a notamment pour but : l°de procurer quelques douceurs aux sociétaires en traitement à l'infirmerie ; 2" de pourvoir aux frais de leurs funérailles. Le directeur de Bicêtre est président-né, et l'économe-trésorier. Le droit d'entrée est fixée à 3 francs avant 70 ans, 5 francs de 70 à 76 ans, 8 francs à partir de 76 ans. La cotisation mensuelle est de 0 fr. 35 cent. Tout sociétaire à l'infirmerie reçoit une indemnité de 0 fr. 15 cent, par jour pendant sa maladie jusqu'à concurrence de 6 mois par année. En cas de mort, il a droit à un service funèbre (dernière classe), dont le prix est de 21 francs.

La société a aujourd'hui un encaisse de 6,500 francs environ ; elle compte 250 membres participants et 10 membres honoraires.

En terminant, un peu de statistique : Les admissions à Bicêtre se sont élevées pendant les dix dernières années :

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