Au tribunal
On me condamne aux galères
A l'exposition.
Vieux.
Du rouge.
Dans ce monde.
Quoi qu'on en dise.
Lot.
Douze ans de fer.
Une bamboche.
Bicêtre-prison deviendra-t-il hospice?
Le nom commun à ces deux établissements semble lui seul trancher la difficulté, et lorsqu'il s'agit de ne faire des deux portions de Bicôtre qu'une prison ou qu'un hospice, on sent avant même de juger, que BicAlre ne peut être que prison.
En effet, par suite d'un long usage, et d'après l'emploi auquel cette maison était destinée, une tradition presque antique a tellement imprimé au nom de Blcêtre le sceau de la flétrissure, qu'il est en quelque sorte impossible de le prononcer sans éprouver un sentiment d'horreur qui, retombant sur les habitants de ce fatal séjour, semble être une partie de la peine encourue parle crime; et l'habitude en a fait un mot si redoutable, qu'un père irrité l'emploierait utilement pour épouvanter son fils et le réprimer dans ses écarts.
Que ce soit à tort ou à raison, le préjugé n'en existe pas moins, et l'effet est si général, que des condamnés, h qui il reste quelque appui, sollicitent la faveur d'éviter ce séjour, auquel la loi les condamne et que plusieurs mêmes ont assez de crédit pour subir leur peine dans une autre prison.
11 faut bien qu'un lieu aussi diffamé, même aux yeux du crime, verse quelque espèce de honte extraordinaire sur tous ceux qu'il renferme, et dès lors réunir à la fois dans son enceinte et ceux que la société punit et ceux qu'elle soulage, c'est en quelque sorte et malgré tout ce que la raison peut dire de contraire, c'est, dis-je, flétrir le bien fait et avilir l'infortune. Vainement dira-t-on qu'en changeant le nom, l'effet sera détruit : changer le nom, ce n'est pas le faire oublier ; il faudra des siècles pour effacer des impressions que des siècles ont consolidées; et d'ailleurs quand on pourrait y parvenir, serait-il bon de le tenter et heureux de l'obtenir? Pourquoi détruire une puissancemorale qui peut arrêter le vice dans sanaissance? Pourquoi se priver d'un mol qui lui seul vaut mille leçons ■? d'un mot qui, frappant fortement l'imagination peut suffire, ne fût-ce qu'une seule fois, à détourner du crime un jeune homme impi'udent, en lui peignant sous des couleurs d'autant plus effrayantes, l'abîme où il court se précipiter?
Cette considération morale demande donc que tout Bicêtre et son nom restent prison ; mais toutes les considérations d'économie, de prudence, d'amélioration et de promptitude dans l'exécution le demandent bien plus encore.
En effet, la partie de Bicêtre, actuellement prison, est tellement appropriée à cette destination qu'il serait difficile de lui en donner une autre. Et d'abord la forme des constructions, les moyens de défense et de précaution extérieufs et intérieurs qui en résultent ne laissent rien à désirer sous le rapport de la sûreté, et cette assertion est prouvée par le fait, puisque avec les criminels les plus déterminés, les plus féconds en ressources, et qui n'ont rien à perdre en osant tout, on ne peut, dans une année, citer une seule évasion. On trouve d'ailleurs à Bicêtre tous les moyens de salubrité, de belles infirmeries et de grands ateliers; enfin cette maison étant éloignée de Paris, le service du départ de la chaîne s'y fait sans embarras, sans danger, et est exempt de cette affluence qui serait au moins inutile dans une grande ville.
Pour établir cette prison avec les mêmes avantages dans un autre local, il faudrait un temps considérable, des sommes énormes ; et la perte de l'un ou le défaut de l'autre, auraient bientôt placé ce projet dans la foule de ceux qui
commencés et suspendus, n'ont fait que promettre le bien et produire des regrets.
Mais autant les dispositions et les bàtimens de Bicêtre-prison offrent d'avantages et de facilités conformes à leur destination, autant les bàtimens de Bicêtre-hospice sont loin de ressembler à un édifice consacré à l'exercice de la bienfaisance publique. Construits sans plans, rapprochés sans accord, ces bàtimens où le besoin et les circonstances ont fait tout changer en dortoirs, et où il ne reste aucun emplacement pour les ateliers, ne présentent aucune des conditions nécessaires à un hospice. La foule d'indigeus que cette maison est destinée à recueillir, est amoncelée dans des salles humides et étroites et la plupart mal aérées, et dont plusieurs même sont privées du jour. Une grande partie du bâtiment demande des réparations, même des reconstructions urgentes; et pour trancher net, je n'hésite pas de dire qu'il faut ou reconstruire l'hospice ou le déplacer. Reconstruire l'hospice serait chose difficile, dispendieuse, etemportant avec soi l'idée d'un tems indéfini; le déplacer est facile et prompt avec les moyens que fournit le département.
Il existe à Franciade un bâtiment vaste et solide attestant encore l'opulence des moines qui l'habitaient; c'est la ci-devant abbaye de Saint-Denis. Elevé et distribué pour une congrégation nombreuse, apanage de tous les accessoires qui api)artiennent à un grand établissement, cet édifice est, par son étendue, par sa structure, par sa distribution, celui de tous les édifices nationaux environnant Paris qu'avec le moins de tems et le moins de frais, on pourrait convertir en un superbe hospice : une seule difficulté semblerait aujourd'hui mettre obstacle à l'exécution de ce projet, c'est l'usage provisoire qu'on a fait du l)âtimcnt dont il s'agit, en y plaçant un hôpital militaire ; mais cette difficulté peut se résoudre facilement par les ressources qu'offre le lieu même de Saint-Denis.
Deux autres maisons conventuelles inhabitées y existent encore sans destination et sous la main du Gouvernement, ce sont les Annonciades et les Ursulines. Rien de plus facile que de transporter dans l'une ou dans l'autre de ces maisons l'hospice militaire dont l'existence n'est que provisoire, et dont le déplacement exécuté sans fatigue, puisqu'il s'opérerait dans le même lieu, rendrait libre une maison immense qui deviendrait alors le plus beau monument de la bienlaisance nationale.
En acquérant par ces arrangemens des droits à la reconnaissance publique, le Gouvernement exercerait encore un acte de justice. Chargé parla loi de remplacer aux hospices les propriétés qui ont été vendues au profit de la nation, il exécuterait par là une partie de ce remplacement, et, en dédommagement du dépouillement exercé sur la misère, il accorderait à l'indigence, un asile sain, commode, à l'abri pour longtems de fortes réparations, enfin un monument qui attesterait sa justice et son humanité, et dont la consécration à ce pieux usage honorerait l'autorité qui l'aurait ordonnée.
L'hospice actuel de Bicètre étant devenu libre par l'effet de ces dispositions, ils'agirait donc alorsd'en régler la destination, et de compléter avec ce secours le plan d'organisation des maisons de détention.
Diminuer les frais d'entretien de cette maison, par la démolition des parties les plus délabrées; conserver les parties saines; ajouter d'abord à la prison
actuelle de Bieétre tout ce qui sera nécessaire pour y loger complrtement les condamnés à la détention, à la gène ou aux fers, et en même temps pour y établir les ateliers convenables à ces trois classes de détenus; affecter le reste du bâtiment au Dépôt de mendicité qui y serait transféré de Saint-Denis; tel est, ce me semble, le meilleur emploi qui puisse élre fait et qu'il importe de faire de l'hospice de Bicêtre, aussitôt après qu'il se trouvera mis à la disposition de l'Administration des Prisons.
Tout Bicêtre n'étant plus alors qu'un lieu de détention, un faible supplément à la gai'de établie pour les condamnés suflit à la sûreté générale de la maison premier avantage notable, et même déterminant, pour la translation à Bicêtre du Dépôt de mendicité dont la garde est aujourd'hui si difficile et mèine si périlleuse en la maison de Saint-Denis.
En second lieu, rien de si facile que de réserver au Dépôt de mendicité, dans le quartier qui lui sera destiné, de vastes emplacements pour des ateliers dont l'établissement est plus nécessaire encore à celte espèce do détenus qu'à toute autre puisque la paresse étant la cause première de la mendicité, c'est par le travail qu'on peut la prévenir ou l'éteindre.
Enfin, un autre avantage résulte encore de ce voisinage des cond.amnés et des repris de mendicité; un meilleur ordre de choses permettant une meilleure combinaison de travaux, on trouve le moyen de régler les occupations sur les détentions, en appliquant aux métiers qui veulent une longue instruction et de l'habitude, les détenus à longs termes, et en réservant les travaux préparatoires ou les métiers qui s'apprennent en peu de jours, aux renfermés à courte détention. Ainsi, en supposant que l'on fit des condamnés de Bicêtre destisserands de tout genre, les détenus du Dépôt de mendicité seraient occupés aux filatures de toute espèce; les uns pré|iareraient la matière première des travaux des autres, et Bicêtre arriverait tout à coup à se convertir en une grande manufacture, que le Gouvernement pourrait aisément y établir, et dont il pourrait plus aisément encore confier l'établissement à des entrepreneurs avec lesquels jl lui serait facile de traiter sous de meilleures conditions.
Les mendiants ainsi ramenés au travail ne seraient rendus à la sociél(' (lue pourvus d'un métier et sachant l'exercer, mais surtout sachant par le triste exemple de leurs voisins, quelle destinée leur préparerait l'oisiveté, s'ils avaient le malheur de s'y livrer en recouvrant leur liberté; le nom même de la prison qu'ils viendraient de quitter, ajouterait en eux à la crainte d'y rentrer et Bicêtre présent seulement à leur souvenir, exercerait encore sur eux cette influence moi'ale qui en la calculant le plus faiblement possible, est toujours une force utile à conserver.
En adoptant ce plan, le Dépôt de mendicité serait dune convenaldement et sûrement placé; et il le serait jiar distinction des sexes, précaution plutôt
tentée qu'exécutée dans le Dépôt actuel de Saint-Denis
Au rapport est joint un arrêté dont nous détachons l'article I.\ :
454 HISTOIRE DE RICÈTRE
ARTICLE IX Bicètre.
La prison de Bicêtre sera habitée exclusivement par des hommes et fera le service de Maison de détention et de Maison de Force.
Elle sera destinée ;\ renfermer les hommes condamnés ;\ la détention, à la gêne, aux fers, par les tribunaux criminels de la première division. Fait à Paris le 13 frimaire an X.
Pour projet, Le prcfel du déparlemeni de la Seine, FROcnoT(l),