Documents communiqués par .M. Dalifol
2. Il y a une erreur de date. Pinel a été nommé médecin en cUcf dans les derniers mois de 1793 (le 11 octobre).
HISTUIKE DE BICÊTKK 455
— Eh bien ! fais-ea ce que tu voudras, je te les abandonne ! Mais je crains bien que tu ne sois victime de ta présomption. »
Maître désormais de ses actions, Pinel commence dès le jour même son entreprise, dont il ne se dissimule pas les diflicultés réelles, car il s'agit de rendre libres environ cinquante furieux, sans que cette mesure devienne nuisible ou dangereuse pour les autres aliénés paisibles. Il se décide ù n'en déchaîner que douze, pour le premier essai : la seule précaution qu'il croit devoir prendre est de faire préparer un nombre égal de camisoles, de ces gilets en toile forte et à longues manches qui peuvent s'attacher derrière le dos de l'aliéné quand on veut le réduire à l'impuissance de mal faire.
Le premier auquel Pinel s'adresse est le plus ancien dans ce lieu de misère : c'estun capitaine anglais, dontpersonne ne connaît l'histoire, et qui est là enchaîné depuis quarante ans. 11 est regardé comme le plus terrible de tous les aliénés; ses gai'diens ne l'approchent qu'avec circonspection, depuis que, dans un accès de fureur, il a frappé, d'un coup de ses menottes, un des servants à la tête, et l'a tué sur place. Il est garrotté avec plus de rigueur encore que les autres ; cette rigueur et l'abandon complet auquel elle le condamne ne font qu'exaspérer sou caractère, naturellement furieux.
Pinel entre seul dans sa loge et l'aborde avec calme : « Capitaine, lui dit-il, si je vous faisais ôter vos fers, et si je vous donnais la liberté de vous promener dans lacour, mepromettriez-vous d'être raisonnable, et de ne faire de mal àpersonne?
— Je te le promets. Mais tu le moques de moi, ils ont tous trop de peur et toi aussi...
— Non certes, je n'ai pas peur, puisque j'ai six hommes pour me faire respecter, s'il le faut. Mais croyez à ma parole, devenez confiant et docile; je vous rendrai la liberté, si vous vous laissez mettre ce gilet de toile à la place de vos chaînes si pesantes. »
Le capitaine se prête de bonne grâce atout cequ'on exige de lui, maisenhaussant les épaules et sans articuler un mot. A|irès quelques minutes, ses fers sont complètement détachés et l'on se retire en laissant la porte de sa loge ouverte.
Plusieurs fois il se lève sur son séant, et retombe ; depuis si longtemps qu'il est assis, il a perdu l'usage de ses jambes; enfin au bout d'un quart d'heure, il parvient à se tenir en équilibre, et, du fond de sa loge obscure,, il s'avance en chancelant vers la porte. Son premier mouvement est de regarder le ciel, et i! s'écrie en extase : « Que c'est beau! ! ! » Pendant toute la journée, il ne cesse de courir, de monter les escaliers, de les descendre, en disant toujours : '< Que c'est beau! que c'est boni !1 » Le soir, il rentre de lui-même dans sa loge, dort paisible sur un lit meilleur qu'on a préparé, et, durant deux années qu'il passe encore à. Bicêtre, il n'a plus d'accès de fureur, il se rend même utile dans la maison, en exerçant une certaine autorité sur les fous, qu'il régente à sa guise, et dont il s'établit comme le surveillant.
Son voisin de captivité n'est pas moins à plaindre que lui : c'est un ancien officier français, qui est aux fers depuis trente-six ans, et qui a été frappé jadis d'une de ces manies terribles dont on voit encore assez d'exemples fréquents de nos jours. Doué d'une intelligence faible et facile àfanatiser, il s'est imaginé, dans
ses mystiques et sévères méditations;, qu'il était destiné par Dieu au baptême du sang, c'est-à-dire à tuer sur terre les chrétiens, afin de leur épargner l'enfer, et de les envoyer directement jouir au céleste séjour des béatitudes réservées aux bienheureux. Sa burlesque idée a produit un crime atroce, et c'est par un de ses propres enfants, c'est en lui enfonçant un couteau dans le cœur, qu'il a préludé à l'exécution de sa mission homicide. Déclaré fou par le Parlement etconduità Bicêtre, il a été pendant de longues années tourmenté de son délire frénétique. Enfin le calme est venu, mais sans la raison. Maintenant il est muet et immobile, mais ce n'est plus qu'un spectre décharné assis sur sa pierre. Ses membres sont toujours chargés des mêmes chaînes qu'on lui a mises autrefois et qu'il n'a plus la force de soulever : on les lui a laissées, peut-être plus par habitude que par souvenir de son action cruelle. Pour lui il n'y a point d'espoir d'amélioration. Pinel le fait transporter dans un des lits de l'infirmerie. Les jambes de ce malheureux sont tellement raidies et contractées qu'il ne peut les étendre, son agonie se prolonge encore quelques mois et il meurt sans s'être même aperçu de sa délivrance.
Le troisième présente un singulier contraste : c'est un homme dans la force de l'âge et dont les yeux sont étincelants ; il a la parole hautaine et les gestes dramatiques. Dans sa jeunesse il a été homme de lettres. Doué alors d'une humeur facile et douce, et d'une brillante imagination, il faisait de beaux rêves d'amour et d'iionneur, qu'il traduisait en romans passionnés : il écrivait sans cesse, et pour se livrer avec plus d'ardeur à ses compositions favorites, il finit par s'enfermer dans sa chambre, où bien souvent il passait la journée sans prendre d'aliments et la nuit sans dormir.
Pour l'achever, une passion malheureuse vint exalter encore ses idées : il s'éprit des charmes d'une de ses voisines, bonne et honnête fille, comme elles le sont toutes d'abord, mais qui se fatigua bientôt du pauvre auteur : elle lui fut infidèle et ne lui laissa même pas la consolation de pouvoir douter de son malheur. Aussi, pendant près d'une année, sa douleur fut amère et concentrée, puis un beau jour il reconnuttout le ric^icule de son désespoir, etpassant d'un extrême à l'autre, il se livra avec emporlenient aux plaisirs et aux excès de tout genre; ce fut au milieu d'une orgie que sa raison s'égara complètement, et que, conduit à Bicêtre dans l'état de manie la plus extravagante, il fut jeté il y a douze années dans la loge où il agite encore avec violence les chaînes qui le retiennent.
Ce malade étant plus turbulent que dangereux, et ne pouvant même pas comprendre le bien que l'on veut lui faire, il faut employer la force pour lui ôter ses chaînes. Dès qu'il se sent libre, il se met à courir circulairement dans la cour jusqu'à ce qu'il perde haleine et qu'il tombe épuisé. Son agitation dure encore quelques semaines, mais elle n'est plus violente comme autrefois : les prévenances de Pinel et l'intérêt tout particulier qu'il porte à ce malade ont bientôt rétabli sa raison; mais par malheur il veut rentrer dans le monde, si bouleversé alors, et se jette dans les factions politiques avec toute la fougue de ses passions: le 8 thermidor, sa tête tomba sur l'échafaud.
Pinel vient d'entrer dans la quatrième loge : c'est celle de Chevingé dont la délivrance est peut-être un des faits les plus mémorables de cette journée.
Chevingé était soldat aux gardes françaises et n'avait au service qu'un défaut.
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celui de rivrognerie; mais, une fois que sa lète était montée parle vin, il devenait querelleur, violent, et d'autant plus dangereux que sa force était prodigieuse. Ses excès, assez fréquents, le tirent renvoyer de son corps, et il eut bientôt dissipé ses faibles ressources. Ensuite, la honte et la misère le plongèrent dans un tel découragement que son intelligence en fut altérée ; il crut, dans son délire, qu'il était devenu général, battit ceux qui ne voulaient pas reconnaître son grade et sa qualité," et c'est à la suite dune lutte assez violente qu'il tut amené à Bicètre, dans l'exaltation la plus furieuse.
Il était garrotté depuis dix années et avec plus de soin encore que ses compagnons, parce que, souvent, il était parvenu à rompre ses fers par la seule force de ses mains. Une fois, entre autres, qu'il s'était procuré ainsi quebpies moments de liberté, il délia tous les gardiens réunis de le faire rentrer dans sa loge avant qu'il les eiU tous fait passer sous sa jambe, et, en elTet, il exécuta cette inconcevable prouesse sur les huit hommes qui voulaient se rendre maîtres de lui. Depuis lors, sa force était passée en iiroverbe à Hicétre.
Déjà Pinel, en le visitant plusieurs fois, avait reconnu dans Chevingé une excellente nature d'homme, sous cette exaltation sans cesse irritée par un traitement trop cruel ; il lui avait promis d'améliorer bientôt son sort, et cette promesse seule l'avait rendu plus calme. Enfin, Pinel lui annonce qu'il n'aura plus de fers : « Et pour te prouver que j'ai confiance en toi, lui dit-il, et que je te regarde comme un homme fait pour le bien, tu vas m'aider à délivrer ces malheureux qui n'ont pas leur raison comme toi ; et si tu te conduis ainsi que j'ai lieu de l'espérer, je te prendrai à mon service et tu ne me quitteras plus. »
Jamais dans une intelligence humaine, révolution ne fut plus subite ni plus complète; les gardiens eux-mêmes sont saisis de respect et d'élonnement devant le spectacle que leur donne Chevingé ; à peine délivré, le voilà prévenant, attentif, et suivant de i'nnl tous les mouvements de Pinel, pour exécuter ses ordres avec autant d'adresse que de promptitude ; le voilà qui fait entendre aux aliénés des paroles de raison et de bonté, lui qui, tout à l'heure, était encore à leur niveau, mais devant lesquels, maintenant, il se sent grandi de toute sa liberté.
Cet homme que les cliaines ont dénaturé pendant les plus belles années, et qui, sans doute, aurait traîné sa vie entière dans cette longue agonie de lui-même, cet homme devient désormais un modèle de conduite et de reconnaissance ' phisieurs fois, en ces temps difficiles, il sauve la vie à Pinel, et un jour le délivre d'une bande de forcenés, qui déjà le conduisent à la lanterne, comme électeur de 89. Pendant la disette, il part chaque malin de Bicêlre, et ne rentre qu'avec d'abondantes provisions, que l'or ne peut pas môme procurer en ce moment ; toute sa vie, enfin, n'est que dévouement continuel envers son libérateur.
Chevingé est plus qu'une .urande leçon pour la science, c'est encore la conquête d'une honnête nature sur une infâme mutilation, et ce n'est j.as sans émotion moi-même que je retrouve dans cette s ène que je raconte, le nom d'un serviteur qui partagea plus tard les jeux de mon enfance, et qui est resté cher à mes souvenirs.
Auprès de Chevingé, dans la loge voisine de la sienne se trouvent trois malheureux soldats prussiens Ils s'opposent violemment à ce que leurs fers soient
détaches. Quand ils sont libres, ils ne veulent pas sortir de leur prison, et res-
tent dans leur position habituelle. Soit chagrin, soit défaut d'intelligence, ces malheureux étrangers semblent insensibles à la liberté dont ils peuvent jouir.
Après eux vient un singulier personnage, un de ces hommes dont la manie est d'autant plus tenace qu'elle ne s'attache qu'à une seule idée, mais extravagante et pleine d'orgueil : c'est un ancien ecclésiastique, qui se dit et croit être le Christ. Son extérieur répond à toute la vanité de sa croyance ; il a le maintien grave et mesuré ; son sourire doux et sévère tout à la fois, repousse toute espèce de familiarité ; il n'y a pas jusqu'à l'arrangement de sa chevelure, longue et pendante de chaque côté, sur une figure d'expression, pâle, intelligente et résignée, qui ne lui donne une singulière ressemblance avec une belle tête du Maître dont il a pris la place.
Si vous pensez le confondre par cette apostrophe si naturelle : « Si tu es celui que tu prétends être, si tu es Dieu enfin, Iirise tes chaînes et fais-loi libre à l'instant ; » il vous répond avec une tierté modeste : « l'yustrà tentabis Dotninum tuum ! » C'est en vain que tu tenteras ton seigneur ! » C'est le sublime de l'arrogance humaine en délire. La vie de cet homme est un roman tout entier, dans lequel l'exaltation religieuse joue le premier rôle. Il a fait à pied le pèlerinage de Cologne et de Rome ; ensuite il est parti pour l'Amérique et s'est aventuré au milieu des peuplades sauvages pour les convertir à la foi.
Mais toutes ces courses et tous ces voyages, loin de le distraire, ont fait tourner son idée dominante en vraie manie; et, à son retour en France, il s'est publiquement annoncé comme étant celui dont il venait au loin de répandre la parole. Ari'èté par la police et conduit devant l'archevêque de Paris, il fut enfermé à Bieêtre, comme impie ou aliéné ; de lourdes chaînes lui furent mises aux pieds et aux mains, et depuis douze années il supporte avec une rare patience ce long martyre et les sarcasmes continuels auxquels l'expose sa monomanie.
Raisonner avec de tels malades, c'est prêcher en vain àdes êtres qui ne peuvent ni ne veulent comprendre, mais Pinel ne cherche pas à combattre son délire par d'inutiles paroles : il le fait déchaîner en silence, et ordonne expressément que chacun imite sa réserve et n'adresse plus un seul mot à ce pauvre aliéné. Cette défense, qui estobservée rigoureusement, ju-oduit sur cet homme si gonllé de luimême, un efletbien plus sensible que les fers et le cachot : il se sent humilié d'un abandon et d'un isolement si nouveau pour lui, au milieu de son entière liberté. Entin, après de longues hésitations, on le voit, de son propre mouvement, venir se mêlera la société des autres malades; dès ce jour, il revient à des idées plus justes et plus sensées, et, en moins d'une année, il est assez bien rétabli pour avouer lui-même toute l'absurdité de son délire, et pouvoir sortir de Bieêtre.
Ici se terminent malheureusementles notes de Pinel sur cette scène intéressante; elles apprennent seulement que, dans l'espace de quelques jours, cinquante-trois aliénés sont ainsi débarrassés de leurs chaînes : parmi eux se trouvent des individus de toutes les conditions et de tous les pays: ouvriers, négociants, militaires, avocats. Français, Anglais, Allemands et Italiens. Une amélioration inespérée suit cette mesure qu'on avait, jusque-là, regardée comme impossible et même comme funeste. Les furieux, qui, chaque mois, brisaient des centaines d'écuelles en bois, renoncèrent à leurs habitudes de violence et d'emportement; d'autres, quidéchiraient leurs vêtements et se complaisaient dans la plus sale nudité, deviennent
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pi'0|ires et décents. Le calme et l'harmonie succèdent au tumulte et au désordre ; il s'établit enfin, dans toutes les parties du service, une régularité et une bienveillance dont l'influence gagne bientôt les aliénés eux-mêmes; c'est ainsi ([u'aprés quebjues semaines, on voit des maniaques, encore fort agités, semettre la camisole volontairement ou se la faire mettre par des fous plus tran([uilles.
Il y a bientôt un demi-siècle qu'un tel exemple a été donm'' pour la première fuis en France.
(Extrait du Iraili- complet du ré,i;iine sanitaire des aliénés, par Scipiou Pinel. chai'itiu: m, régime physique et ijioral, paf,'es '.16 et suivantes.)
NOTK XXVlll
i.e 3 août 1887, une cérémonie touchante réunissait après la distribution de? prix aux élèves de l'Ecole municipale d'infiimiiers et d'infirmières de Kicétre, les surveillants et les surveillantes de cet établissement dans la cour d'entrée de la cinquième division, pour l'inauguration de la pla(£ue commémorative érigée en riionneur du surveillant Pussin. Cette placjue, en marbre noir, a été fixée dans l'endroit le plus apparent, sur l'extrémité nord du grand bâtiment de la deuxième section actuelle.
Elle porte, gravée en lettres d'or, rinscription suivante:
Lr ;î aniU 1S87,
Mnnsifiir l'oiiln-ll,- i-lunl Piv/i't ilr ht Seiiu;.
Monsieur Pi'i/ran, Dirrrii'iir dr rAiliniiiislra/ioii Générale
ih' l' Assistniiri' pii/iliijiip,
celte plnqiie
a été placée en viémoiri; de
Jenii-Iinplisle Pussin,
surveilla ni éi Bicètre
(lin -21 avril 17S() au 20 mai 1802)
appelé par l'inrl: snn plus fidèle collatioratenr,
el par Parizel : le pi'éearsi'ur île Pinel.
Le voile qui recouvrait la plaque étant tomli(', M. le Préfet de la Seine a pris la parole en ces ti'rmes :
■< Mesdames, Messieurs,
•< Cette inscri[)tion est destinée à perpétuer le souvenir de l'un de vos prédécesseurs (pii, entré comme uialade dans cette maison, y guérit, s'y attacha au point de ne vouloir plus la quitter et devint digne d'être appelé par Pinel •< son meilleur collaborateur v.
'< Cette estime du savant pour le sui veillant modeste n'a rien (jui doive nous surprendre : les âmes d'élite se rencontrent à travers la diversité des conditions, et c'est un acte de justice que nous accomplissons en inaugurant, après la statue
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de l'illustre médecin, cette plaque de marbre qui vous rappellera que la République sait rendre hommage à tous les dévouements, et qu'elle ne distingue pas entre ceux qui ont prodigué leur vie aux souffrants et aux déshérités.
« Jusqu'à Pinel, en efTet, tous les malades sans distinction entre la simple idiotie et la démence furieuse, étaient considérés comme dangereux. C'est ici que Pinel, réagissant contre cette crainte exagérée, fit tomber leurs fers, et cette méthode nouvelle, accueillie avec incrédulité au moment où elle fut instituée, eut pour résultat immédiat de rendre la folie plus calme, les crises moins dangereuses et moins prolongées.
<< Lorsque j'eus l'honneur d'inaugurer, à l'entrée de la Salpêtriére, la statue de Pinel, mes recherches personnelles pour arriver à mieux connaître le grand homme dont je devais prononcer l'éloge, m'amenèrent à découvrir à côté de lui J.-B. Pussin, et, tout en reconnaissant la grandeur de l'initiative prise par le savant, je pensai que le succès obtenu était peut-être dû en partie à cet homme qui, en prodiguant à. tout instant à ces malheureux ses soins et son dévouement, était sans doute parvenu à réveiller un écho dans ces consciences ^endormies, à se faire aimer de ceux qu'il avait sous sa surveillance.
« Certes, les conditions qu'acceptait votre prédécesseur étaient loin de valoir cellesqui vous sont faites: un peu de vin, la tableau second réfectoire et3() francs de gages par an, telle était sa rémunération et tel fut le prix dont, pendant vingtdeux ans, on paya ses services. C'est vous dire que nous ne nous considérons pas comme dégagés par les salaires que nous vous donnons, et, si nous avons réussi à rendre pour vous la vie plus facile et plus si^rc, il y a une chose que nous ne prétendons pas payer parce qu'elle est d'un prix inestimable, c'est la sensibilité, l'abnégation, le dévouement de tous les jours, vertus naturelles chez certains hommes et qui, dans votre profession, sont des qualités indispensables.
« Pussin suivit Pinelà la Salpêtriére. mais il passa ici les principales années de sa vie, et c'est bien dans cette maison que nous devions vous le présenter comme un modèle de chaque instant. Vous n'avez pas attendu cette solennité pour vous inspirer des mêmes sentiments, et les récompenses que nous vous avons décernées montrent que vous aspirez à l'imiter.
« .le ne saurais trop vous répéter ([ue ces malades, ces fuus, sont susceptibles de coni|)rendre le dévouement qu'on leur témoigne. L'éclipsé de leur raison laisse percer encore quelques lueurs: ils conservent une certaine justesse d'observation qui leur permet d'apprécier les soins que l'on apporte à leur soulagement. Dans cette fréquentation quotidienne, l'intelligence, même alTaiblie, sait reconnaître les sentiments affectueux, et les actes de violence sont rares à l'égard d'un infirmier bienveillant. Dans les maisons de fous, il se forme, croyez-le bien, une opinion publique, souvent plus juste que celle que nous rencontrons extra-miiros, car elle est fondée sur une observation personnelle et sur l'impression directe des traitements dont chacun est l'objet.
« En inaugurant cette inscription, nous ne voulons pas seulement honorer l'un de vos prédécesseurs, nous entendons aussi vous rappeler les exemples de dévouement, de patience et d'humanité qu'il a donnés. Nous espérons trouver parmi vous des continuateurs de Pussin, qui mériteront d'inscrire leur nom à côté du sien sur les feuillets de pierre du livre que nous ouvrons aujourd'hui. >•
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Cette chaleureuse allûeulioii a été accueillie par d'unaniines applaudissements, et la séance a c'té levée.
Parmi les personnes présentes citons:
MM. E. Peyron, directeur de l'Assistance publique; Bourne ville, député de la Seine, médecin de Bicêlre; le D'' Ghaslin, médecin de Bicêtre; Imard, inspecteur général de l'Assistance publique; Barbier, secrétaire général; Mourlan, chef de division; Leclère, chef du bureau des aliénés; Gallois, architecte de Bicétre; Ventujol. directeur; Adanconrl, économe; Labouyrie, directeur de l'hospice d'Ivry ; (Juérin, secrétaire particulier du préfet de la Seine ; Mauger, secrétaire du Directeur de l'Assistance ; plusieurs représentants de la Presse parisienne ; les internes en médecine et en pharmacie et les employés de l'établissement.
(Extrait du l'almarès des Écoles Municipales d'Infirmiers et d'Infirmières de Bicêtre de la Salpêtrière et de la Pitié. 10= année. Pages .'iO, .'i?, ;j8, o9.)