‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 21 sur 137 · Mirabeau. — déjà cité · texte numérisé non relu

Mirabeau. — déjà cité

i. V. Hugo. — Claude Giieu.r. Le dernier jour d'un rondamné.

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la force principale était le chemin de ronde entourant entièrement les trois côtés (lui joignaient la façade. Neuf guérites étaient occupées par des factionnaires appartenant à la compagnie des sous-ofâciers sédentaires. La porte d'entrée se trouvait à l'alignement d'un angle de l'église formant retour d'ériuerre (1), Les principaux bâtiments construits à des épofiues plus ou moins éloignées les unes des autres étaient : La Correction, qui rappelle la destination primitive ; les Cabanons (bcàtiment neuf ei bâtiment vieux) et la Force.

De ces divers corps de logis, la Correction était le seul qui fut adossé à un mur extérieur et eut l'inconvénient de ne pas avoir un chemin de ronde derrière lui. C'était l'endroit faible de la maison et les prisonniers le savaient si bien que c'était toujours de ce côté qu'ils essayaient et réussissaient quelquefois à s'échapper. Ou enfermait là — dit le règlement — déjeunes garçons libertins depuis l'âge de sept ans jusqu'à seize. Nous examinerons, dans un des chapitres suivants, par quels traitements peu humains on pensait les corriger de leurs vices. Soixante enfants environ y végétaient.

Les cabanons avaient front sur rue jusqu'au logement du grefâerconcierge et. en se prolongeant sur deux ailes en équerre, entouraient de trois côtés la Cour royale. A la vérité, c'étaient deux bâtiments adhérents, l'un de six étages, l'autre de cinq. Le dernier portait le nom de bâtiment neuf. Ensemble, ils contenaient 248 cabanons ou petites chambres de huit pieds carrés où, isolément et sans la moindre communication avec l'extérieur, sinon à travers le guichet étroit de leur porte ou les barreaux de leurs fenêtres, on enfermait les prisonniers payant pension, détenus par lettres de cachet. Dans chaque cabanon se trouvait un lit de sangle scellé dans le mur. Sur ce lit, un matelas, deux couvertures, un traversin. Dans la pièce, un seau pour recevoir l'eau; ù côté, une lunette d'aisances.

La porte était pleine, garnie d'une grosse serrure et de deux vci'rous en dehors. Au deux tiers de cette porte, était percé un petit guichet par lequel le prisonnier recevait ses vivres, après quoi le guichet était fermé par un verrou (2).

t. Apiicrt. — Ilagncs. /V/s'i;is. Criiiiim-h. Paris Ks:iO. (;iiill,cil, cililrur, pa-e 4 2. Archives de Bicètre. UèglcmeiU do 1781, chap. 1" art. I". ' "

48 HISTOIRE DE BICKTRE

L'aile appelée la Force (1) était parallèle au bâtiment vieux des cabanons. Elle se composait d'un rez-de-chaussée et de quatre étages. A droite de ce bâtiment^ au rez-de-chaussée, se trouvait la salle du Forl-Mahon, installée en 1780 par le lieutenant de police Le Noir; au premier étage, la salle de Force; au deuxième étage, la salle Saint-Léger. A gauche, au rez-de-chaussée, existait le grand atelier du Poli des glaces au-dessus duquel se trouvait le Dortoir des polisseurs, au troisième étage étaient les infirmeries, au nombre de cinq; au quatrième, les dortoirs des garçons de service.

Les trois salles appelées : Fort-Mahon, la Force et Saint-Léger, d'environ douze mètres de long sur dix mètres de large pouvaient contenir 70 prisonniers chacune. Les croisées étaient grillées et maillées avec des barreaux de fer. Chacune de ces trois salles était fermée par deux portes, l'une sur l'autre (2) ; une en barreaux de fer, l'autre une forte porte pleine, garnie d'une très grosse serrure et de deux verrous en dehors, avec un guichet fermant également au verrou. De chaque côté de la salle était disposé un lit de grosse charpente, fait en auge, dans lesquels les prisonniers couchaient, sur la paille, sans draps, avec de vieilles couvertures provenant des dortoirs des pauvres lorsqu'elles paraissaient ne plus pouvoir être utilisées par eux.

A l'entrée de la prison, au rez-de-chaussée, à droite se trouvait le o-reffe; au premier, le logement del'économe-directeur; au second, celui du brigadier en chef.

A vrai dire, il n'y avait qu'une Cour : la Cour royale, les autres étaient plutôt des couloirs. C'étaient : la Cour des suspects, la Cour de la cuisine, la Cour des chiens, la Cour des fers. La porte d'entrée était fermée par quatre doublettes en chêne boulonnées et munies d'énormes verrous à l'extérieur.

Une petite chapelle érigée en 1634, située dans la Cour royale servit à dire la messe dimanches et fêtes jusqu'en 1792. Les prisonniers des salles de Force, du Poli des glaces et des Infirmeries pouvaient l'entendre de leurs croisées. On sonnait, aux principaux points de la messe,

1. La Force. Aujourd'hui bâtiment de la 5" division S'' section. Les cabanons (bâtiment vieux) existent encore. Lugementdcs internes et reposants.

2. Archives de Bicêtre. Ûèglemenl de 1781, chap. II, art. 1".

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une cloche placée eu dehors de La chapellc,a(in-disait In reniement — « que ceux qui ne peuvent pas se mettre aux croisées puissent diriger ce leur intention (1) ». Outre cette chapelle, il y avait un autel au lond du corridor des cabanons oii l'on disait,de môme,régulièrement la messe dimanches et fêtes, à sept heures en été, à sept heures et demie i hiver. A ce moment, les gardes se transportaient dans les corridors, ouvraient tous les guichets afin que les prisonniers entendissent 1 office. Ils restaient dans les couloirs, pendant sa durée, pour faire observer le silence, puis à ïlte Missa est, ils refermaient les guichets et les portes des corridors (2). Cet autel fut démoli quelque temps après la chapelle.

Ce qu'il y avait de plus affreux à Bicêtre, c'étaient les cachots. Ils étaient de deux sortes : les cachots noirs, les cachots bhmcs.

Les cachots noirs, au nombre de huit, étaient creusés dans le sol. Entièrement en pierre de taille, on y descendait par un escalier voûté jusqu'à une profondeur de cinq mètres. L'escalier, étroit et rapide, était fermé au niveau du sol par une trappe. Pas d'air dans ces antres, à peine un peu de lumière filtrait-elle à travers le trou des piliers et des dalles formant les voûtes de cet enfer (3j. « Ou plutôt, dit uu témoin oculaire, ce n'était pas la lumière, c'était ce que Milton appelle « visible darkness n une visible obscurité (4). »

Le patient était attaché dans ces souterrains à des chaînes fortement scellées dans les murs latéraux. Bien souvent on l'y oubliait, on le laissait mourir, enterré vivant. Impossible à lui défaire entendre ses plaintes, impossible de pouvoir même espérer un secours d'un cachot voisin. Quand on démolit, en 1792, ces terribles caveaux, on constata que les murs de séparation avaient un mètre et demi d'épaisseur.

Dès que l'on tirait un prisonnier de ces cachots, l'air pur l'enivrait, il chancelait comme s'il avait bu. H fallait le mettre dans un lieu moins obscur. Ce n'était que par gradation de cachots qu'il pouvait échapper à la mort. Dans un mémoire qu'il adressa au roi, au nom de la cour des

1. Archives de Bicètre. — Règlement de 1781, chap. Il, art. 17.

2. Archives de Bicètre. — lièglement de 1781, chap. I", art. 13.

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