‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 22 sur 137 · Mirabeau, — déjà cilé · texte numérisé non relu

Mirabeau, — déjà cilé

4. D'après un manuscrit dalaut de ISl.'i eommuiiique à l'auleur par un emnlové de Bicêtre. ' •' '

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A.ydes, Malesherbes fit, en 1770, la peinture suivante de ces terribles lieux :

— << Sire, il existe dans le château deBicêtre des cachots souterrains, creusés autrefois pour y enfermer quelques fameux criminels, qui après avoir été condamnés au dernier supplice, n'avaient obtenu leur grâce quVn dénonçant leurs complices, ces cachots sont tels qu'il semble qu'on se soit étudié à ne laisser aux prisonniers qu'on y enferme qu'un genre de vie qui leur fasse regretter la mort. On a voulu qu'une obscurité entière régnât dans ce séjour. Il fallait cependant y laisser entrer l'air, absolument nécessaire pour la vie ; on a imaginé de construire, sous terre, des piliers percés obliquement dans leur longueur et répondant par des tuyaux qui descendent dans le souterrain. C'est parce moyen qu'on a établi quelque communication avec l'air extérieur, sans laisser aucun

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accès à la lumière. Les malheureux qu'on enferme dans ces lieux humides et infects, sont attachés à la muraille par une lourde chaîne et on leur donne delà paille, de l'eau et du pain. Votre Majesté aura peine à croire qu'on ait eu la barbarie de « tenir plus d'un mois v, dans ce régime d'horreur, un homme '< qu'on soupçonnait de fraude. » Personne dans votre royaume, Sire, n'est assuré de ne pas voir sa liberté sacrifiée à une vengeance ; car personne n'est assez grand pour être à l'abri de la haine d'un ministre, ni assez petit pour n'être pas digne de celle d'un commis des fermes (1). »

l. Voir le Recueil de Lamoignon sur (a cour des Aydes (l'79, in-4''), à l'occasion du colporteur Monnerat, enfermé dans les cacliots de Bicêtre, victime d'un acte arbitraire.

HISTOIRE DR BICÊTRK

Le rapport de Malesherbes ne fut pas entendu.

C'est sur les fondations de ces //* ixuc lugubres, comblés pour toujours, que se trouve maintenant le jardin des convalescents et des malades de l'hospice.

Les cachots blancs servent aujourd'hui de caves pour la pharmacie de l'établissement. On y arrive au milieu des bonbonnes, des fioles et des tonneaux de médicaments... Après avoir descendu une vingtaine de marches, on entre dans un couloir souterrain recevant, à droite, le jour par de petits soupiraux percés à fleur de terre et l'on remarque, à

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gauche, de petits réduits de deux mètres carrés environ, sombres, humides. Ce sont les anciens cachots (Fig. 6). Certes, de même que dans les cachots noirs, celui qui y était enfermé devait subir une affreuse torture. Retenu au mur par des chaînes, n'ayant pour compagnie que les insectes, l'été ; la vermine, l'hiver; le prisonnier qui habitait le dernier de ces réduits ne devait plus garder au cœur grande espérance en entendant le bruit de trente-trois portes se fermer sur lui (1).

Les détentions étaient le plus souvent arbitrairement prolongées. « L'homme une fois arrêté, criminel ou non, devenait une sorte de bétail, moins que cela, une chose qu'on jetait dans un trou pèle-mèle avec des misérables, des fous furieux, de la vermine et des immondices. Des prisonniers qui aspiraient au jour de la délivrance fixé par le jugement même dont ils avaient été frappés, comptaient souvent plusieurs années avant de voir s'ouvrir pour eux les portes des geôles où ils croupissaient (2). »

Nous avons lu sur les registres d'écrou de Bicêtre, des ordres d'un lieutenant général de police contrebalançant ceux du roi (3). Il est vrai que ce lieutenant de triste mémoire s'appelait de Sartiue. Combien de fois, le cœur serré en feuilletant ces funèbres pages, n'avons-nous pas répété ces paroles de Michelet (4) :

(c Ah ! monsieur de Sartine, ah, madame de Pompadour, quel poids vous traînez ! Comme on voit, comment une fois dans l'injustice, on s'en va de mal en pis, comme la terreur qui pèse du tyran à l'esclave, retourne au tyran ! Ayant une fois tenu le prisonnier sans jugement, pour une faute légère, ii faui que la Pompadour, que Sartine le tiennent, le tiennent toujours, qu'ils scellent sur lui d'une pierre éternelle, l'enfer du silence. »

1. Un iiiiintre encore à Bicèlic un de ces rodnils i|iii conserve percé dans le mur, à un mètre et demi de hauteur environ, un esi)ace yrilié de 2o centim. carrés par lequel on passait aux luisonuiers le ]iain et l'eau. 11 est d'usage de dire aux visiteurs que c'est le cachot de Latude. Rien n'est plus faux, l.e sieur Henry Masers de Latudc était prisonnier, par lettre de cachet, aux cabanons. 11 n'a jamais été au cachot. Les registres des archives d(^ Bicêtre en font foi. — P. B.

2. Maxime Ducamp. — Paris, ses fondions, ses organes, su vie, iome IV, p. 190-97. (Hachette 1879.)

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