‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 50 sur 137 · I-^I [lins ])a,s: AjiEf.nT · texte numérisé non relu

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Foissy fut admis à Bicétre le IS septembre de la même année.

A peine arrivé dans cette maison, il chercha et parvint à captiver la bienveiilanc(^ de ses chefs. Dans son cabanon, il composa de,s ouvrages. Un de ses amis les plaçait à Paris et à la cour. Les principaux

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furent : l'État militaire de France; l'Etat de la marine; l'Etat dn clergé; la Balance du commerce et les Changes, l'Etat des finances sous Necker et Calonne, etc., etc.

Son ami les lui payait à volonté. Pendant douze ans, il s'occupa de ces divers objets, qui lui rapportèrent beaucoup d'argent en même temps que son ami arrivait à une fortune assez considérable.

Les cinq dernières années avant la Révolution, il s'était lié avec Mazersde Latude, « si connu par ses mémoires et l'échelle ingénieuse « avec laquelle il s'était évadé de la Bastille, et qui, depuis, a été déposée « au Muséum. Confrères en Archimède, ils avaient de concert présenté « au gouvernement, lors du siège de Gibraltar, un projet de batteries « flottantes incombustibles..., une pompe foulante et aspirante qui a « mérité le suffrage de l'Académie française et a valu la liberté à Lace tude. »

Le but du prisonnier était d'obtenir sa liberté. Pendant douze ans, son ami \o. leurra d'espérance. Enfin la Révolution amena l'abolition des ordres du roi : lettres de cachet, lettres de grâce, etc., et toutes les maisons de force furent ouvertes. On n'accorda à Foissy qu'une liberté provisoire, d'abord la liberté des cours de la maison, puis enfin, on lui permit de prendre un appartement à Paris, à charge de rentrer tous les soirs àBicêtre.

Devenu libre ou à peu près, il composa d'autres ouvrages, voyagea de 1791 à 1792 à Bordeaux, Nantes, la Rochelle, Lyon, Marseille, mais vécut en quelque sorte ignoré. Ses livres lui rapportaient de neuf à dix mille livres. Enfin, sur les instances d'un nommé Proly, chef de l'administration des subsistances, Foissy se décida à entrer dans l'administration. Mais Proly fut guillotiné, et Foissy, incarcéré comme suspect, resta onze mois à Bicètre. La chute de Robespierre le sauva encore une fois. Désireux de se faire oublier, il prit un logement ignoré, derrière les Gobelins. 11 y coulait des jours paisibles, employés à la philosophie, à la culture de son jardin et à ses ouvrages, entouré de la considération de ses voisins et de l'estime générale. Il fut même nommé capitaine de son quartier. Plus de trois ans s'étaient passés dans cette douce sécurité lorsque, le !<"' ventôse an V, il fut arrêté sur des dénonciations aussi absurdes que ridicules, conduit au bureau central, et seize jours après à Bicètre, comme un homme couvert de tous

IllSTOIIiK l)K HICKTHK I fit

les crimes, que la loi ne pouvait atteindre à la vérité, pour y être incarcéré, non seulement pour y finir la peine qu'il avait commencée à subir, mais même recommencer le temps qu'il avait passé dehors. Pendant deux ans il réclama du titre XIX : des moyens d'assurer ht liberté des citoyens.

Le ministre de la Justice lui fit l'étrancre réponse suivante :

« Le Ministre de la Justice au citoyen concierge de la maison dite de Bicêlre << \ous voudrez bien, citoyen, prévenir le nommé Foissy que j'ai reçu sa p('tition. Vous lui ferez observer qu'il n'est pas fondé à se plaindre de l'exécution des lettres qui ont commué la peine prononcée contre lui en celle d'une détention perpétuelle, puisqu'elle est à son avantage. Le jugement portant condamnation à mort su])sisterait en son entier, il serait irrévocable et devrait être exécuté si l'on considérait les lettres de commutation comme annulées. « Salut et fraternité.

'< L.VMBHETII >..

Malgré cette lettre, Foissy ne se découragea pas. L'année suivante, il écrit à Cambacérès :

« Au citoyen Ministre de la .lustice.

< Citoyen Ministre,

« Une détention (jui dure depuis vingt et un ans contre le texte précis des lois, et qui est une mort continuelle ijui' l'humanité réprouve, est l'objet de lu présente réclamation.

« J'ai été condamné à mort, le 10 mars 1779, par le |)arlement d'Aix qui, avec l'intention d'être juste, s'est égaré. A peine l'arrél était-il rendu que son erreur a été reconnue. Je me voyais à l'instant de recouvrer ma liberté, mais les manœuvres de mes ennemis l'ont empêché, et toute la faveur dont ils n'ont pu me priver s'est bornée à la commutation de ma peine en une prison perpétuelle.

<< La révolution qui est survenue a semblé venir à mon secours. Un des premiers bienfaits de la loi, qui a voulu qu'eu aucun cas la peine ne fût perpétuelle. est que la détention qui remplacerait la peine de mort ne pût exci'der vingt ans.

« Cette sage disposition a été deimis fixée invariableini'iit par le Cdde pénal, articles 8, il, 19 et 22 du titre prrniier, etc. •■

A cette lettre, Cambacérès répondit par une fin de non-recevoir de même que son prédécesseur :

Bureau Ci-iminel. N" 2199. D. D. Liberté. — Égalité.

« Le Ministre de la Justice au concierge de la maistui de Bicétre.

<•< Vous informerez, citoyen, le nomnii' Fuissy, détenu dans la maison confiée ;\

HISTOIRE DE BIGÈTRE

votre garde, que j'ai reçu la pétition du o de ce mois, et que je pense comme mon prédécesseur, qu'aucune des dispositions du Code pénal réclamées par lui n'est applicable au cas où il se trouve. Les lettres qui lui ont commué sa peine ne pourraient être attaquées sans faire revivre le jugement dont elles ont pris la place.

<< Salut et fraternité.

^< Cambacérès ».

Sous le Consulat, le malheureux réclamait encore et espérait toujours.

Qu'est-il advenu de ses réclamations'? Les a-t-on écoutées? Foissy est-il mort à Bicètre? C'est ce qu'il nous est, hélas, impossible de savoir, le registre des entrées est muet sur sa sortie ou son décès. La marge de droite du livre, où sont d'habitude notées ces indications, est complèkvneiit blanche. Voici le relevé de son écrou :

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