‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 60 sur 137 · Arch. de Bicètre. Règlement de 1781, chap. v. art · texte numérisé non relu

Arch. de Bicètre. Règlement de 1781, chap. v. art

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du matin ; la soupe et le vin des pensionnaires à six heures et demie en été, à sept heures en hiver. Le dîner des pensionnaires était servi à dix heures et demie, leur souper à deux heures et demie de l'aprèsmidi, ainsi que les portions de viande et de légumes des autres malades. Les aliments étaient préparés à la cuisine générale de la maison. Ils étaient distribués aux insensés par une fille de service du bâtiment neuf, dans des sébilles de bois que l'hospice fournissait, ainsi que les cuillères en bois.

Tous les jours, après la distribution de la soupe, le gouverneur, accompagné des garçons de service, faisait une visite aux loges et aux dortoirs, s'assurait que rien n'y manquait, jugeait en même temps de l'état des malades et entendait leurs plaintes.

Le dimanche, les épileptiques, seuls, allaient à la messe dans la chapelle de l'emploi. Les autres aliénés n'y assistaient point.

Regardés comme des êtres inutiles et dangereux, à la moindre tentative d'évasion roués de coups, tués même par leurs gardiens, surveillés par une garde militaire de soixante hommes, recrutés et soldés par l'administration, ces malheureux étaient, pour la plupart, condamnés à une réclusion perpétuelle dans le quartier de Saint-Prix. On ne faisait alors aucune différence entre un fou et un criminel. Un indigent de l'hospice était-il rebelle à la discipline, avait-il commis quelque acte répréhensible, un prisonnier était-il d'un caractère trop indompté, on le mettait deux ou trois neures au carcan, puis on le faisait passer à Samt-Prix (1).

1. Les registres de la maison témoignent de ce fail (iiii, mieux i|ui' le raisonnement, démontre le peu de pitié ([n'inspiraient ces malheureux :

(Exirail du Registre des entrt'rs de Hieetre.^ 2 AOUT 1784.

Saint-Mcolas. — Claude Furcy Nitro, compagnon serrurier, 19 ans, de Paris, (jaleux.

Ordre de M. Delamotte,administrateur, portant de le recevoir pour \ être traité de la gale et ne rester '[w jusqu'à parfaite guérison.

12 Août 1784. — Passé à Saint-Joseph comme pauvre inlirme.

17 Septembre 1787. — Mis au carcan de cette maison depuis midi jusqu'à 2 heures,

par délibération du bureau tenu à la Pitié, pourvoi d'argent et d'effets par lui fait à

une fille do service de. la buanderie, et, condamné à yarder prison à Saint-Prix, jusqu'à

nouvel ordre.

22 Août 1789. — Sorti on vertu d'un ordre des administrateurs do l'hôpital général.

(Archives de Bicètre.)

La chaîne dont on faisait un si déplorable usage» loin de calmer les aliénés, les excitait et entretenait chez eux une agitation souvent poussée jusqu'au paroxysme de la fureur, d'autant plus que ce système de répression était appliqué sans discernement et avec une brutalité extrême.

Pinel parut. Nommé médecin en chef de la division des aliénés le 11 septembre 1793, malgré les préjugés, maigre les craintes, n'ayant pour auxiliaires que la bonté et la justice, il fit tomber les fers de ces pauvres gens. Il les rendit à une liberté relative, les assimilant aux autres malades et les traitant avec douceur et compassion (1).

Une amélioration inespérée suivit cette mesure, qu'on avait jusquelà regardée comme impossible et funeste. Les fous furieux qui, chaque mois, brisaient des centaines d'écuelles en bois, renoncèrent à leurs habitudes de violence et d'emportement; d'autres, qui déchiraient leurs vêtements et se complaisaient dans la plus sale nudité, devinrent propres et décents. Le calme et l'harmonie succédèrent au tumulte et au désordre. La seule précaution que Pinel crut devoir prendre fut de faire préparer un nombre égal de camisoles, de ces gilets en toile forte et à longues manches qui peuvent s'attacher derrière le dos de l'aliéné quand on veut le réduire à l'impuissance de mal faire (2).

A dater de cette époque commença la série des améliorations dans le traitement des insensés. Et cependant, de nombreux obstacles vinrent paralyser les efforts de l'homme courageux qui avait entrepris cette œuvre philanthropique. Il ne se laissa pas abattre cependant ; il se raidit contre les difficultés et les surmonta.

Il avait auprès de lui un Adèle collaborateur, un serviteur intelligent et zélé. Cet homme peu estimé, mais « d'un sens droit, d'un « tact tin, d'un caractère tendre et compatissant malgré sa sévérité « naturelle (iJ)», c'étaitJean-Baptiste Pussin, surveillant de l'emploi,

1. Son fils, Scipiou Pinel, dans un traité sur le Régime sanitaire des aliénés, a rapporté l'historique de ce grand fait accompli par l'illustre médecin. Nous l'avons leproduit ru entier à I'Appendick.

2. La camisole de force fut inventée en 1790 par un sieur Guilleret, tapissier de l'hospice de Bicètre.

Cette camisole qui depuis a été bien perfectionnée ne remplaçait seulement i[ur les cordes avec lesiiuelles on attachait les bras des malades. Les chaînes continuèrent à être employées jusqu'au 23 mai 1798, époque à laquelle on les supprima totalement.

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