‹ Histoire de Bicêtre (hospice-prison-asile) d'après des documents historiqueChapitre 66 sur 137 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les .'irrliives.

Dans le local des bureaux de la Direction de l'Hospicc, sont rangés par iirdre chronologiijuc, les vénérables in-iblios sur lesquels sont consigiu'S dii[iuis deux siècles et demi les noms di? ceux qui, à un titre (lui'lroiique, sont passés à Bicètre. Les plus .-uiciens registres, avonsnous dit déjà, ne remontent qu'à l'année 17 IG. Los inscriptions faites sans doute pour la première fois ne donnent que des renseignements très succincts, mais cependant nous pouvons établir d'une façon très précise la nature des placements des pensionnaires de Bicètre.

Jusqu'à la révolution, les Prisonniers, par lettres de cachet, sont envoyés par ordre du Roi, les EnfunU, par billet do l'Hotel-Dieu ou sentence de police, les Pauvres, par billot de bureau (administration de l'IIûpitai Général) ou par billet de M. le Procureur général. Les Enfauls (le la Correction, par le bureau de l'Hôpital Général, par arrêt du Parl(Mïient ou par ordre du Procureur général; les Insensés, par arrêt du Parlement, par sentence delà Prévôté de l'Hôtel du Roi, par sentence du Lieutenant criminel, par le Bureau, quelques-uns mônui par ordri' du Roi; les Aeeiujles et les Par(ilj/li(iHes,i)ar billet de l'Hôtel-Dieu et par le Bureau; les Vénériennes, par ordre de la Salpètrière, sauf retuui- après gui'u'ison, par ordre du Lieutenant général de police avec condition soit de liberté aiirès guérison, soit de retour en prison; les Vénériens, par ordre du Lieutenant général de police avec les mêmes conditions; les Mendiants, par billet du Bureau ; les Prisonniers de police siinplc sont amenés parles archives de l'hôpital; les (hités, les Soldais des j/ardes françaises en correction, lesCorrectioniiels, par ordre deM. Hérault; les Invalides envoyés disciplinaireniont, par ordre du Conseil des invalides.

A partir du 1"' jrvUvier 179£, les prisonniers ne figurent plus sur les

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registres des entrées do l'hospice. A cette date commence le [>reniier registre de la prison sur lequel on a relevé tous les existants au moment de la séparation des deux administrations. Ils sont au nombre de 32 dont 17 sont déposés au greffe du dépôt des condamnés à la Roquette, les quatre premiers se trouvent aux archives de la Préfecture de police, les 11 autres ont été brûlés pendant la Commune, en 1871.

Si nous avons pu étaldir la nature des placements des pensionnaires de Bicôtre, il ne nous a pas été aussi facile de rechercher à quelle époque véritable, cette maison a reçu pour la première fois, des Vénériens, des Enfants de la Correction, des Femmes gâtées ou des Prisonniers. L'absence de documents antérieurs à 1716 ne permet pas d'assigner une date exacte à la première admission d'administrés de ce genre (1).

D'après les registres existants, le premier Vénérien est entré le 27 octobre 1716. C'est un soldat du régiment de Touraine, reçu sur un billet de M. d'Argenson et sorti guéri le 17 décembre de la même année. On trouve pour la première fois en 1718, la réception d'un enfant de 14 ans, à la Correction, à cause de ses mauvais instincts et de son libertinage; en 1710, celle d'un prisonnier à la maison de Force; en 1722, l'admission d'une femme gâtée à la Miséricorde.

Les registres, qui semblent, au premier abord, tenus avec une perfection remarquable, présentent malheureusement de nom breuses lacunes. Des oublis d'inscriptions, volontaires ou non, se remarquent en beaucoup d'endroits et il n'est pas rare de trouver, aux livres des décès, les noms dind'ividus qui ne figurent pas sur les livres des entrées. Mainte inscription dénote la légèreté inconcevable avec laquelle l'administration laissait alors tenir les écritures par ses employés.

A la date du 5 février 1762, par exemple, le registre des décès mentionne la mortd'un « sieur Jean-EtienncMartinet » maître es arts en l'Université de Paris et enfant de choeur de l'Eglise de la Ville, garçon, 35 ans, de Paris, paroisse Saint-Sulpice, entré par ordn^ du Roy, le 22 janvier 1757. »

1. Dans laciiUection Jolyde Fleury à la Bililiollu'qur nationalo, n"' 1227-1229, il n'isl, fait iiKMition des hommes gàlâs à Saint-Eustache et des femmes gâtées à la Misériconlp qu'nn 1722. Cullericr lixe la date de réception des Yi^iéricns à Hicétrc à l'amiée 1001. .Xousn'avoiis pu contrôler cette assertion. Ce n'estqu'à partir de 1710 que nous pouYons citer, comme n'iiii'nis, les documi'uts qu'il nous a été permis de vérilier dans les Archives de Bicétre. P. B.

En marge, à gauche, est écrit : « Nota : Que le dit Martinet a été mis à mort mal à propos à cette date et qu'il n'est mort que le 8 avril 1762. »

En marge, à droite, on lit cette seconde note :

« Un particulier dont on iia pu savoir le nom, l'âge, le pays et la profession, mort à l'infirmerie de Saint-Roch le 5 février 1762. »

A la date du 24 juin 1762 :

Bâtiment neuf. — Denis Poncet, mendiant, entré le 6 avril 1762.

Mort au dortoir Saint-François le 24 juin 1762.

En marge : « nul. Ce n'est pas le dit Poncet qui est mort, c'est un autre dont on ne sait pas le noin. »

Quelquefois, un individu, sorti ou évadé de Bicêtre, est considéré comme mort, puis, un beau jour, est ramené par sa famille. L'administrateur s'aperçoit de l'erreur et la certifie simplement sans s'occuper de rechercher le nom de celui qu'il a laissé vivre. Tel est le cas du « sieur Antoine Levasseur, vigneron, garçon, 21 ans, de Belle Église près Senlis. Entré par ordre de police le 3 décembre 1765, mort à l'infirmerie Saint-Antoine, le 2 février 1766. »

En marge : « Nota. — Le dit Levasseur ci-à costé n'est pas mort ayant été ramené aujourd'hui 13 janvier 1767 par son père, a

On pourrait à l'envi multiplier les exemples de ces erreurs commises et si légèrement rectifiées. Nous bornerons à la suivante les citations à ce sujet :

Saint-Léger. — Joseph Dirat, tisserand, garçon, 56 ans, de Moranne en Gascogne. Ordre du Roi.

En marge : « Suivant les registres, le dit Dirat devrait être existant, cependant, il ne s'y trouve point en personne, dans aucun endroit, d'ijù il faut présumer qu'il est mort et qu'il a été enterré sous le nom d'un autre par méprise de la part de celui qui a donné le nom à la sacristie, ce qui se découvrira par la suite, lorsqu'il s'agira de celui sous le nom duquel il a été enterré, lequel sera marqué mort, quoique vivant et existant. —Ici fait le 27 mars 1760 ».

D'autres annotations nous apprennent le sort réservé aux malheureux que Tennui, la vieillesse ou la maladie poussaient à se détruire:

13 avril 1749. — Le nommé Etienne Grel, cordonnier, 24 ans, entré par ordre du Piocureur général du 8 janvier 1749 pour y être

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traité de la maladie vénérienne. Mort au dortoir Saint-Eustache le 13 avril 1749.

En marge : « Nota que le dit Etienne Grel n'a pas été enterré et que l'on en a fait un esquelelle. »

10 mars 1755. — Etienne Berrée, domestique 49 ans, entré par ordre du Roi, le 3 décembre 1751. Trouvé mort, pendu dans un cabanon où il était enfermé, le matin 10 mars 1755.

En marge : « Son corps a esté donné aux chirurgiens pour en faire esquelelle, ne pouvant être enterré au cimetière. » Au hasard, citons encore :

31 mai 1757. — Décès de Nicolas Valentin Chastaignier, gagnedeniers, 60 ans, entré par décision de l'Hôtel-Dieu, le 11 août 1750. Trouvé mort^ pendu dans la boutique des batteurs de laine de la manufacture.

En marge : « Nota que le dit Chastainier n'a pas été enterré et qu'il a esté donné au chirurgien pour en faire un squelette. »

31 mars 1758. — Décès de Louis Migeron, soldat du régiment des gardes suisses. Compagnie de Villars, Maladie vénérienne. (Même nota que pour le précédent.)

Quelquefois aussi les registres font mention de la mort de gens inconnus en ces termes :

« Le 22 février 1744, mort à l'infirmerie de Saint-Roch d'un insensé de Saint- Prix, dont on ne sait ni le nom, ni l'âge, ni le pays, ni le jour de son entrée, se disant le duc de Bourgogne. »

Ou bien :

« Un particulier qui a dit s'appeler Jésus de Nazareth, âgé àeSSeins, dont on n'a pu savoir les noms ainsi que le lieu de sa naissance, transféré de Nemours, en Gâtinais, à Bicêtre, de brigade en brigade de maréchaussée, entré par ordre du roi le 14 décembre 1750, mort aujourd'hui 14 février 1760 à l'infirmerie de Saint-Roch. »

Ou simplement :

« Un anonyme, garçon, fils de Anne Desfossés, mort le 23 novembre 1740. »

Les annotations des registres d'entrées ne sont pas moins curieuses que celles des registres de décès; nous trouvons par exemple :

A la date du 17 avril 1722. — Aliéné. « Le sieur Charles Deviart,

IIISTOinE DE lilCÉTHE I 7f»

prestre, âgé de 63 ans, de Metz en Lorraine, depuis 40 ans à Paris, venant de la communauté de Saint-François de Salles, envoyé de l'ordre de Mgr le Procureur général du l'" octobre 1721, comme insensé et cependant ne le paraissa*it pas. Reçu en cette maison le 17 avril 1722.

« Passé à la Maison de Force, le 30 juillet 1722. Mort le 5 novembre 1723, à Saint-Antoine. »

11 octobre 1723. — «Jean Lesueur, 19 ans, apprenti cordonnier de la Salpêtrière, envoyé par correction par l'ordre de M. de la Noizette, pour avoir volé du cuivre. Sera fouetté deux fois par jour jusqu'à nouvel ordre.

Sorti de l'ordre de M. delà Noizette, le 5 avril 1724. »

1" ociobre 1725. — Vénériens. — « Pierre Desgrez, 42 ans, de la paroisse de Saint-Sulpice, pour être traité de la maladie que produit la débauche des femmes, smva,nih'ûlei de M. de la Chapelle, en date du 29 septembre 1725. Mort le 27 novembre 1726. »

6 août 1734. — Aliéné. — « Paul Fel,!'"' violon de l'Opéra (insensé)^ entré le 6 août 1734, 26 ans, de Bordeaux. Ordre de M. de Sartine, lieutenant général de police, en date du 12 juillet 1760, portant de ne pas permettre audit Fel de sortir de cette maison sans son ordre, ledit ordre à la liasse des lettres particulières de ce magistrat.

Mort au dortoir Saint-François le 5 janvier 1772. «

Trente-huit ans de Bicétre ! . . .

Ce n'est pas du reste le seul exemple de longue détention au quartier Saint-Prix.

A la date du 10 décembre 1757 on lit:

Bâtiment neuf. — « Jean Etienne, 10 ans, de Montigny près d'Arras, imbécillité, entré par Bureau. Sortant de la classe de la corderie de la Pitié, où il a été reçu par Bureau le V^ octobre 1756. »

En marge : « Mis au carcan le 29 janvier 1789, pendant deux heures, ensuite enfermé aux cabanons l'espace de 15 jours, au pain et à l'eau, et enfin, remis au Bâtiment neuf, pour avoir volé de la viande à la cuisine où on l'employait à différents ouvrages. Mort le 7 octobre 1817.

Soixante ans de Bicètre ! . . . «

Beaucoup d'ordres, sans s'occuper si les individus attei nts d'aliénation mentale sont susceptibles ou non de guérison, portent de les tenir enfermés à Bicètre jusqu'à la fin de leurs jours.

Exemple : 28 janvier 1752. — Bâtiment neuf. — « François Picard, 26 ans, de Drouilly en Picardie, manœuvre. Condamné par arrêt du Parlement à être conduit à l'Hôpital général pour y être enfermé le reste de ses jours et y être traité comme les autres insensés. »

Sorti le 10 août 1770, en vertu d'un arrêt du Parlement.

13aoûtl758. — Saint- Prix pour toute sa vie. — « JeanTellier, charpentier de son métier, garçon, 50 ans environ, qui n'a pu dire son pays. Insensé. Transféré de la Conciergerie en vertu d'un arrêt de la cour en la Tournelle, portant qu'il sera conduit à Bicêtre pour y être enfermé le reste de ses jours et y être traité comme les autres insensés.

Mort au dortoir de Saint-François le 24 septembre 1762. »

13 septembre 1758. — Saint-Prix pour toute sa vie. — « Claude Gibert, vigneron, marié, 42 ans.de Couloramiers-en-Brie. Insensé, Transféré de la Conciergerie à Bicêtre, en vertu d'un arrêt rendu en la Chambre des vacations du Parlement portant qu'il sera conduit à l'Hôpital général pour y être enfermé pendant sa vie et qu'il y sera traité comm e les autres insensés. Mort à l'infirmerie Saint-Roch, le 4 novembre 1758. »

A titre de curiosité nous citerons encore :

19 novembre 1762. — « Edouard Shée, âgé de 37 ans, irlandais de nation. Entré par Bureau pour la maladie vénérienne.

Nota : que M. de la Salle, prêtre, desservant cette maison de Bicêtre, a déclaré le 29 décembre 1762 que ledit Shée lui a déclaré en confession qu'il était prêtre et que s'il ne l'avait pas déclaré au Bureau en entrant c'était par honte et par respect pour son état.

Mort à Saint-Eustache le 29 décembre 1762. »

19 août 1756. — Force et Saint- Prix. — « Jean Milet, ditDucaudray, scieur de pierre, 21 ans, de Déville, ci-devant soldat au régiment des gardes françaises. Transféré de l'abbaye de Saint-Germain par ordre du lieutenant général de police portant de le recevoir jusqu'à nouvel ordre à Bicêtre, après avoir été fouetté, marqué et condamné au bannissement de Paris. Passé à Saint-Prix le 9 août 1760 étant fou au rapport du gouverneur de la Force. Évadé de Saint-Prix la nuit du 10 au II septembre 1760 6ie« qu'il fût enchaîné par le col et pur les pieds, ayant cassé un barreau de sa loge. )>

II juin 1776. — Saint-Prix. — « Le nommé d'Auspied, Philippe

HISTOIRE DE BinÈTRE 181

Antoine, Pasqual, lequel a dit être l'Infant d'Espagne, garçon épicier, apothicaire, de Paris, garçon, 29 ans, natif de Portisy en Espagne. Insensé. Transféré des prisons de Versailles par ordre du lieutenant de la prévôté de l'hôtel du roi en vertu d'une sentence de ladite prévoté portant de l'enfermer parmi les faibles d'esprit jusqu'à parfaite résipiscence. Remis le 27 mars 1778 au sieur Dufour, chirurgiea aidemajor de l'école royale militaire pour y être traité de sa maladie, conformément au procès-verbal qui en a été dressé, ce même jour, dans une maison appartenant au sieur Debosve, maître serrurier près les Invalides.

Ramené le 20 juillet 1778, étant toujours fou.

Mon à l'infirmerie de Saint-Roch le 12 mai 1782. «

6 mars 1783. — Saint-Prix. — « Louis Bourgeois, armurier, marié, 42 ans, d'Oucherie en Champagne. Insensé. Transféré des prisons de la Conciergerie, en vertu d'un arrêt du Parlement, pour être conduit à la maison de Force du château de Bicètre pour y être détenu, nourri, traité et médicamenté comme les autres insensés. Passé de Saint-Prix aux cabanons le 5 mars 1784, en attendant qu'il y ait place au travail du Grand Puits pour y être employé, suivant le désir de M. le Procureur général dont l'inlention est iVatlendre encore quelques années pour lui donner sa liberté parce qu'il serait dans le cas d'être condamné à une peine capitule. Repassé à Saint-Prix le 4 août 1784, ayant demandé à y rester. Passé aux cabanons le 4 janvier 1785. Evadé la nuit du 15 au 16 avril 1787 avec quatre autres prisonniers des fous, au moyen d'un trou souterrain qu'ils ont faità la cave du pavillon de Saint-Prix. «

Quelques-unes de ces inscriptions concernant les mendiants et les bons pauvres font mention des peines disciplinaires infligées contre ceux qui se sont l'endus coupables de détournements ou de vols.

10 décembre 1753. — Saint-Mayeul. — « Claude de Launay (bossu), horloger, garçon, 29 ans.

Condamné par le bureau de Bicêtre à être enfermé dans ladite maison et préalablement attaché une fois seulement pendant quatre heures pour vol d'effets à la sacristie. Passé aux cachots le 25 juillet 1754. Repassé des cachots à Saint-Léger le 8 octobre 1754 pour y rester le reste de ses jours. Sorti le 30 mai 1756, par ordre du bureau et remis à ses père et mère. »

iSI HISTOIRE DE niCÉTRE

A la date du IG décembre 1782, on lit en marge de l'inscription de l'admission d'un sieur Noël, maître d'école, reçu comme bon pauvre, le nota suivant : « Consigné pendant trois mois, en vertu d'un procèsverbal de la municipalité d'Ivry du 21 août 1790, fait contre ledit Noël pour avoir arraché un décret sanctionné par le roi concernant la vente de 400 millions de domaines nationaux.

Enfin, nous relevons encore le 17 février 1783. Saint-Guillaume. — Charles Sellier, compagnon maçon, marié, 62 ans, de Paris, Ordre de MM. de la Motte et de Bourges, administrateurs portant de le recevoir comme bon pauvre.

En marge : « Mis au cachot le 21 novembre 1785, ayant été trouvé, saisi par le suisse, porteur d'une quantité de missives etplacets adressés par le chevalier de Béhague, prisonnier des cabanons, tant au roi qu'à la reine, aux ministres et aux magistrats. Sorti le 28 novembre 1785. »

De loin en loin quelques noms attirent notre attention ; des Louis de Bourbon, Louis de Beaurepaire, Claude et Jean de Chatillon, de Montcharmont, de Montaigu sont admis comme bons pauvres. Leur admission cependant n'offre rien d'intéressant.

Les registres enfin nous apprennent encore que si la majorité des pensionnaires couchaient dans les lits à quatre, six ou huit personnes, quelques privilégiés pouvaient s'oiïrir le luxe d'un lit seul, moyennant paiement. Le prix de la pension annuelle pour les bons pauvres était de cent à deux cent francs par an.

Bien souvent, les pauvres valides ou les prisonniers furent victimes d'abus de pouvoir incroyables. Pour peupler les colonies, on avait en 1669, choisi les jeunes filles et les garçons de l'Hôpital général; en 1719, pour pousser à la hausse, pour faire croire que l'on colonise, Law demande de nouveau aux directeurs de l'Hôpital général que l'on cède pour le Mississipi quelques centaines de filles de la Salpêtrière se chargeant, dit-il, de lesdoter.Le gouvernement, à grand bruit,sur les places, procède à l'envoi aux îles. — A cette époque des quantités de prisonniers n'obtiennent leur liberté qu'au prix de suivre ces enleveurs patentés que l'on appelait alors les bandouillers du Mississipi (1). Nous relevons en effet sur les registres de Bicêtre, de 1719 à 1723,

i. Michelet. — Hisluifc île Fratice . Tome XV, page 212.

HISTOIRE V)E RICÈTHK

de nombreuses inscriptions avec cette mention : sorti pour aller aux colonies ou, bien: embarqué pour les îles.

L'année 1792 enregistre un fait à la gloire des pensionnaires de Bicêtre que nous ne saurions passer sous silence. Alors que la Patrie en danger appelait sous les drapeaux tous ceux qui, jeunes ou vieux, faibles ou forts, étaient en état de p orter les armes, une cinquantaine de Bons pauvres, quittant l'hospice, s'enrôlèrent pour marcher aux frontières, à la défense du territoire.

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