CHAPITRE VII
L'église (le BiciHre. — Chapelle déiliée à saint Louis et à saint Jean-Uaptiste. — L'Eglise placée sou? l'invocation île la décollation Je saint Jean-Baptiste. — Les cloches. — Le Christ de la Mission. — Service religieux avant et après la Révolution.
A l'époque où Bicètre devait servir à recueillir les soldats invalides, une chapelle, dédiée à saint Louis, roi de France, fut inaugurée solennellement (l),'le 25 août 1634. L'architecte était Lemercier, qui l'avait construite, dit-on, très à la hâte, avec des ais de bateaux. Une église remplaça la chapelle en 1670. De même que celle de la Salpètrière, elle fut construite par Levau, architecte du roi.
L'église de Bicètre était primitivement placée sous le patronage de saint Jean-Baptiste^ mais quand l'asile des vieillards devint aussi celui des condamnés, quand par une promiscuité épouvantable — ne le fut-elle que pour les murailles — Bicètre renferma dans son sein, à la fois les déshérités et les parias de la société, alors, comme si on eût voulu sanctionner cet accouplement étrange du crime et du malheur, l'église fut placée sous l'invocation de la décollalioii de saint Jean-Baptisfe. On célèbre encore chaque année la fête patronale à cette date, le 29 août. En 1743, un grand incendie qui causa à Bicètre 40 mille livres de dégâts, endommagea l'église. Ou profita des réparations devenues nécessaires pour l'agrandir, grâce aux libéralités de Mgr de Brissac, évèque de Condom qui la bénit et la consacra de nouveau l'année suivante (1744).
Bâtie en forme de croix, elle est vaste et convenable, mais elle n'offre rien de particulier au point de vue de l'art architectural ou de la décoration intérieure. Ce qui peut-être est le plus remarquable dans cet édifice, est entièrement caché aux yeux des visiteurs : ce sont les combles, aux poutres énormes, entièrement édifiés en bois de châtaignier.
i. Voir Ai'i'ENDiCE.
242 HISTOIRE DE ISICÈTRE
Au sommet de la branche principale de la croix formée par l'église, est placé le maître-autel. Il est en bois peint, imitant mal le marbre. Seule, la grille de la Sainte Table, en fer forgé, est très belle. Elle est antérieure à la révolution de 1830. A cette époque, elle fut enlevée, renfermée dans une cave, oubliée. Elle ne fut replacée qu'en 1850.
Les dalles du chœur sont en stuc.
Derrière l'autel, caché k tous les yeux , se trouve le lutrin, merveilleux objet d'art en fer forgé. Lui aussi, subit le sort de la grille et ne fut replacé et restauré qu'en 1850.
Le grand orgue, très beau, a sa légende. Ce fut un fabricant d'instruments de musique qui, se trouvant dans la misère la plus complète, infirme et âgé, fit don du buffet d'orgue à l'administration pour payer son admission à Bicètre, en 1818 (1).
Les sculptures sur bois ont dû être remarquables. Il t^st impossible de les bien juger aujourd'hui. Était-il administrateur, prêtre ou décorateur, celui qui ne trouva rien de mieux pour moderniser la chapelle que de vernir les boiseries qui la décorent; je ne sais ! Et pourtant cette mauvaise action fut faite, il y a quarante ans à peine. On ne peut donc à présent, ni distinguer les traits des personnages sculptés sur la chaire qui date du xviii" siècle, ni examiner la finesse des guirlandes entourant les colonnes qui supportent le grand orgue, tout a disparu sous une épaisse couche de vernis jaunâtre. La poussière s'amasse de jour en jour sur cet enduit, y reste impunément collée et efface de plus en plus la trace des lignes et des figures.
L'Église possède trois cloches, toutes les trois fort anciennes. Sur la première on lit cette inscription :
An 17M. — Ay élu bénite par M et nommée... En présence de M. Henri de
l.Cet administré s'appelait SfinwEics.vBT. Il était facteur d'orgues à Paris. Nous avons trouvé, dans les archives de la direction de l'hospice de Bicètre, une lettre dont nous extrayons le passage suivant : « l.e nommé Schweickart a l'honneur de présenter à l'administration une nouvelle proposition savoir, qu'ayant construit un orgue neuf assez considérable et de plus gramle valeur que n'a été celui de Bicètre primitivement, que cet orgue on peut le voir et Icntondro chet. lui, offre d'en faire la donation à l'hospice comme d'une dot qu'il y apporterait, moyennant que l'administration lui assurera sa retraite non comme bon pauvre mais comme employé de première classe de la maison et lui accordera une somme de 2.400 francs dont la plus grande partie sera employée au déplacement, transport et replacement de l'orgue, fournitures, travaux à faire, etc., — juin 1817. » L'administration passa un traité avec le sieur Schweickart dans les conditions demandées par lui et l'orgue fut installé et essayé pour la première fois par M. Forgest, organiste, le mercredi 14 octobre 1818.
HISTOIRI-: l)K IWC.ÈTliE 2i;{
Bessel, chevalier de la cluipelleMillin; Jean-Baptiste, Pierre Lamberl, correcteur des comptes; Alexandre, Jean.llemy, ecuyer, ancien échevin de la Ville de Paris, et Denys, Françuis,Ben(jist, conseiller au Cliastelel, tous quatre administrateurs de 1 hôpital géucral et commissaires de la maison de Bicêtre.
Louis Gaudiveau ma {sic) faite ;i Lieusaint.
Sur la seconde :
Anno Domini mdccxxxvii
Sur la troisième :
J'ai été brisée en 187]. — I). U. M. — J'appartenais en 1784 à Saint-Julien-le Pauvre, cachée en 93, Sainl-Juan-Baptiste de Bicêtrerne viten 181.4. 1.e23décembre 1877, M. J. Brugnot, premier aumi'miur, me rebénissail sous le nom de Marie- Jean-Baptiste.
Mocquant.écoiiome etMarie Francière furentmes parrain et marraine, SonEminence MgrCuibert étant archevêque deParis, M. de Nervaux directeur de l'Assistance publi(iue, Francière directeur de Bicôtre, F. Ilildebrand et F. Grouzet fondeurs à Paris (1).
Un christ énorme, taillé d'une pièce dans le chêne, fut d'abord, en 1816, élevé dans la cour du milieu de l'hospice, sur un piédestal de bois, entouré d'une grille. Il fut retiré en 1830, mis à l'endroit où se trouvent aujourd'hui les fonts baptismaux, puis, en 1850, placé en face de la chaire où on l'a laissé depuis (2).
1. Nous devons ces inscriptions à l'obligeance de M. Saintgeot qui a bien voulu nous guider dans le clocher de l'église et nouf faciliter le moyen de lire sur les cloches.
2. «Quand la Restauration fut cominencûo, la Mission puI lieu partout. De la SalpètriJi-e elle alla a Bicêtre et ça a duré deux mois. Chaque fois, la mission s'ouvrait, vers le soir, par des enfants de chœur chantant des cantiques en forme d'opéra. Il y eut, vers la lin, deux cérémonies extraordinaires : la première, ils avaient fermé l'église pour la préparer, on fit la procession du bainl-baorenicnt avec pompe et lautel était décoré de bouquets et de bougies au point que le feu y prit. Le prédicateur, dans son sermon, taisait agiter les esprits au point qu'ils se faisaient la guerre, les uns aux autres. Le clergé avait beau lui faire signe de se tempérer dans les différentes strophes de soQ sermon, il faisait jurer pardon à l'auditoire des fautes commises pendant la révolution et le sermon se terminait par un grand salut.
. *f l-'^™nt;''Çfnif're cérémonie eut lieu au cimetière qu'on avait nettoyé. Le jour de la cérémonie je Iusobli,'e de décharger moi-même le pain aux deux garerons, parce qu'on avait pris tout le inonde, on avait établi une chaire ornée et enjolivée. Il v avait plusieurs morts à entériner, la cérémonie a commencé, le prédicateur est monté en chaire, le sujet de son sermon était /■•histoire dune UUherme qui, par suite de ses péchés, était en purgatoire. Il apostropha trois fois cette Cai«en«e de repondre et un enfant de chœur caché sous la chaire répondit: «Je /»•«/«, je fjrule, je hrttle. ..Enfin il fit son histoire, on enterra les morts et chacun s'en alla après l'alfairo. On fit un christ d'une proportion colossale, il fut planté devant l'église. L archevêque de Pans y assistait avec la musique de la garde royale. Le prédicateur prononça son discours avec toute l'énergie qu'il put employer et un fou voyant cette croix plantée dit: « hli: voire bon Dieu, res( du bois'. » La cérémonie se termina k la satisfaction i;énérale. On avait mis des christs parlout, dans tous les dortoirs, les religieux faisaient des injures à ceux qui ne 1 étaient pas. M. Lelourneau prit une mesure où il était défendu de reprocher à ceux qui faisaient leurs adorations, comme ceux qui exerçaient n'avaient pas ledroitde trouver k redire à ceux qui n y allaient pas. Cet usage resta jusqu'en I83X omit disparaître les croix de mission. On renra la croi't et ou l'a mise aux fonts baptismaux. {Souvenirs du pi-re Rirhard.)
244 HISTOIRE DE liirftTRE
Les boiseries qui entourent la chapelle datent de 1848, les vitraux sont modernes, les confessionnaux ont été placés en 1852.
A gauche en entrant, les fonts baptismaux commencés en 1850, sous l'administration de M. Herbet. ont été achevés en 1862, sous l'administration de M. Braux. La grille de fer forgé est assez belle. Les tableaux sont presque tous de mauvaises copies ou des œuvres de peintres de l'Ecole Toulousaine.
L'horloge, placée au-dessus de la porte principale, est un des plus vieux systèmes à cordes. Les pièces qui la composent sont arrêtées par des clapets en bois et non par des écrous. Elle se remonte toutes les quarante-huit heures et marche très mal.
Avant la Révolution, le service était assuré à Bicètre par plusieurs prêtres (5 en 1737 — 7 en 1789,) qui se partageaient le service de l'Eglise et des diverses chapelles de la maison. Ainsi que nous l'avons vu au cours des précédents chapitres, il y avait une chapelle dans l'emploi des vénériens, une à la Force, une aux cabanons, une au bâtiment neuf; pour les bons pauvres, deux : une à Saint-Pierre, et une dans l'emploi des grands et petits paralytiques.
La chapelle des cabanons avait pour ornement un tableau représentant un prisonnier remettant un placet au Dauphin, fils de Louis XV. Ce prince avait visité Bicètre, et, sur son ordre, quelques prisonniers avaient été libérés, d'aucuns avaient vu commuer leurs peines, le régime de tous avait été amélioré. Lorsque le Dauphin fut atteint de la maladie qui devait l'emporter, les prisonniers ouvrirent entre eux une souscription pour offrir un ex-voto à la Vierge et se consacrèrent solennellement à elle le l" décembre 1765 pour demander la guérison du prince (1).
L'office était célébré dimanches et fêtes avec solennité dans l'église. Tout le clergé se réunissait avec 24 enfants de choeur, choisis parmi les jeunes détenus de la correction. Ils étaient habillés de noir les jours ordinaires, de rouge les jours de fête carillonnée. Dans ces derniers jours, le personnel des bureaux était tenu d'assister à la messe, les
1. Voir Appendice : Relation de la cérémonie faite à Bicètre par les prisonniers le 1=' décembre 1763, etc.. (Manuscrit. Bibl. Carnavalet).
Il isToïKi-: i)K iiiciViKh:
employés inférieurs devaient s'y rendre tous les dimanches (1). Le clergé était alors régi par un recteur qui habitait la Salpètrière et dont l'autorité s'exerçait surlos trois maisons de Bicètre, Salpètrière et Scipion.
Longtemps, le curé de Gentilly s'arrogea des droits curiaux sur Bicètre. Il venait officier processionnellement le jour de la Saint-Jean- Baptiste, dans l'église et prélevait une dîme de plusieurs douzaines de cierges. Un arrêt du Parlement en 1741 vint lui enlever ses droits. Le curé de Gentilly dut se contenter de recevoir les cierges et dès lors, les prêtres de Bicètre tinrent, comme dans les paroisses, les registres des décès, des mariages et des naissances. Ces registres, conservés jusqu'à l'année 18S3, sont, pendant la période de 1750 à 1811, assez mal tenus, beaucoup de pages sont restées en blanc, Les derniers livres sont mieux rédigés. Ils sont tous aujourd'hui déposés dans les archives de la Direction de l'hospice.
La constitution civile du clergé trouva en 1792 une énorme résistance de la part des ecclésiastiques. Des sept prêtres de la maison, un seul prêta le serment exigé, ses confrères le persécutèrent, quelque temps après il fut tué. Pendant la période révolutionnaire les prêtres quittèrent la maison et l'église fut fermée (2j. Elle fut rendue entièrement au culte en 1805. A partir de cette époque, le service du culte fut assuré par trois, puis deux et en dernier lieu, par un aumènier. Les prêtres résidaient dans la maison, présidaient aux offices. Un conseil de chapelle composé du directeur, de l'économe et du premier aumùnier réglait les recettes et les dépenses afférentes à la chapelle. Ses délibérations étaient soumises cà l'administration.
Depuis 1883, époque de la suppression des aumôniers dans les hôpitaux et hospices civils de Paris, dont l'initiative est due à M. Bourneville, alors conseiller municipal, un vicaire de Gentilly vient dire la messe chaque dimanche.