CHAPITRE VIII
Les petits ateliers des vieillards.
A gauche de la porte d'entrée, en prolongation du hâtiment de la consultation, on a construit, il y a quelques années à peine, un hall immense, divisé en une multitude de petites loges. Ce sont les petits ateliers. Là, dans un espace de un à deux mètres carrés réservé à chaque travailleur s'occupent aux métiers les plus divers plus de cent vieillards valides.
La création de ces atelier's, conséquence de la loi du 16 messidor an VII eut pour but, dès l'abord, d'éloigner le plus possible, pendant la journée, les administrés de leurs salles où leur présence continuelle était un obstacle à l'aération et au nettoyage des localités et une cause permanente d'encombrement et d'insalubrité ; de leur procurer un exercice salutaire et de les arracher à l'engourdissement et à l'ennui ; enfin, de les soustraire à tous les maux qui naissent de l'inaction, tout en leur permettant de se procu rer quelques ressources pécuniaires.
Le premier atelier fut installé, en 1802, dans une portion des bâtiments de l'église, alors abandonnée. Tailleurs, cordonniers, rubaniers, fabricants divers, s'y livrèrent à leur industrie. — Dans les sous-sols qui avaient déjà servi autrefois d'ateliers de tisserands, on rétablit les métiers et un certain nombre d'indigents purent y fabriquer delà toile avec le chanvre fourni par la filature.
Vers 1806, voulant rendre c es bâtiments à leur destination primitive, le Conseil général fit disposer, pour y recevoir des travailleurs, d'anciens hangars dépendant de la buanderie d'alors. Une partie de cet atelier, qui contenait 200 travailleurs, fut supprimée en 1837, pour faire place à la cantine organisée par l'administration, l'autre partie subsista jusqu'en 1883.
A cette époque, l'état de vêtu sté, la mauvaise disposition, l'exiguïté
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du lieu rendirent nécessaire la construction de nouveaux locaux mieux aménagés et plus salubres (J).
Aujourd'hui, cent vingt administrés valides travaillent pour leur compte, la plupart font des chevilles pour les cordonniers, des fossets pour l'administration de l'octroi, des tailles pour les boulangers, des épingles de blanchisseuses, d'autres râpent de la corne pour les tabletiers, liment le fer et le cuivre. L'industrie la plus en vogue est celle des enveloppes de pétards et des balles de terre glaise. Il y a même des échoppes d'écrivains publics.
Le propriétaire de l'une d'elles la tient avec un goût remarquable. Des gravures de journaux illustrés, des statuettes en simili-bronze ornent les parois de la loge qu'il habite. Au fond, dans un cadre en bois noir, est placée sous verre une feuille de papier vélin sur laquelle sont écrits en belle ronde ces vers :
Méprisez le malheur, bravez la maladie,
Ces tristes contingents que re(;rutentla vie !
Celui-là seul est fort qui luUo hardiment
Contre tous les écueils ! — En roule, s'il succombe,
La mort peut le frapper, mais son cœur constamment
Doit battre à l'unisson même un pied dans la tombe.
Et pour être plus fort, aimez, aimez toujours.
Le meilleur de la vie est le temps des amours;
Le reste ne vaut rien, puisqu'en quittant la terre
On n'emporte là-haut des plaisirs d'ici-bas
Que le pouvoir d'aimer sans crainte et sans mystère ;
L'amour est le seul bien qu'on n'y dédaigne pas.
Non loin, un concurrent a collé sur sa porte cet Avis au public •